FRANZ OVERBECK
le théologien
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Franz Overbeck, 1837-1905 ; depuis le début de 1870, professeur de théologie à Bâle. Son pamphlet "Du caractère chrétien de la théologie actuelle" parut en 1873, en même temps donc que le David Strauss de Nietzsche. Ami très intime de Nietzsche, il prit soin de ce dernier lorsque celui-ci souffrit d'une crise nerveuse à Turin.
Franz Overbeck (1837-1905) enseigna l'histoire de l'Eglise à l'Université de Bâle.
Son amitié fidèle et sûre, ainsi que celle de son épouse, constitua pour Nietzsche une aide précieuse.
Après que celui-ci eut définitivement quitté Bâle et toutes ses activités, il se chargea de la gestion des ressources limitées du philosophe et lui fournit les livres dont il avait besoin.
En 1889, après l'effondrement de Nietzsche, il alla le chercher à Turin.
Comme Nietzsche, Overbeck était un fervent wagnérien ; il fréquenta le couple Wagner et entretint une correspondance avec le compositeur.
à propos de son texte de "Souvenirs sur Friedrich Nietzsche":
OVERBECK a connu dans son amitié avec Nietzsche l'apogée de son existence, et, avec l'âge, il s'est essayé à rendre compte du "problème Nietzsche", ainsi qu'il l'appelait. Il en résulta pour lui un conflit douloureux entre le désir affectif d'approuver sans réserve tout ce qui touchait à son ami et la retenue dépassionnée du critique qu'il a été par nature et par profession, ainsi qu'on s'accorde à le reconnaître. En outre, la relation d'Overbeck avec Nietzsche plonge ses racines dans les années soixante-dix, époque où ils se côtoyaient intimement, et où ne s'exprimait pas tant en Nietzsche le "créateur", encore à venir, que l'impitoyable "intempestif". Overbeck n'a donc mis en relief de manière prépondérante que le Nietzsche sceptique et destructeur, pour n'être jamais parvenu à dissiper complètement le doute qui planait sur sa foi, pourtant bien réelle, dans la puissance créatrice de Nietzsche. Voilà la raison essentielle qui l'a retenu de parler publiquement de Nietzsche de son vivant. "Nietzsche était mon ami, proclamait-il, il ne faut donc pas attendre de moi que je le juge". Mais, à sa table de travail, il s'est entretenu avec luimême au sujet de Nietzsche. Alors s'exprima spontanément le besoin, au coeur du tourbillon croissant de la gloire et des mises en accusation, de fixer son regard sur le Nietzsche qu'il connaissait et dont il avait partagé l'existence, son Nietzsche, qu'il aimait. Il fallut que nous lui fassions remarquer qu'il n'avait pas le droit de nous priver du jugement qu'il portait sur son ami pour qu'il consente à autoriser des tiers, après sa mort, à écouter ces dialogues avec lui-même.
CARL ALBRECHT BERNOULLI.
PAUL DEUSSEN
le disciple de Schopenhauer
Paul Deussen, 1845-1919; historien de la philosophie, spécialiste de l'Inde, fondateur de la Société Schopenhauer. Il écrivit "les Éléments de la métaphysique"
Paul Deussen fut le condisciple de Nietzsche, lors de ses années de collège à Pforta ils furent liés par une de ces amitiés intenses qui rythmèrent la vie du philosophe: Lorsque Nietzsche quitta le collège, ils échangèrent une correspondance régulière.
Bien des années lus tard, en 1901, Deussen choisit de publier les lettres que Nietzsche lui avait envoyées, les complétant du récit de leur amitié. Témoignage unique sur la jeunesse de Nietzsche, la vie d'un collège allemand au XIXe siècle et le statut déjà particulier d'un personnage exceptionnel, l'ouvrage de Deussen offre aussi le roman d'une amitié, et de la séparation progressive, mais essentielle, entre l'indéfectible partisan de Schopenhauer que fut Deussen et le philosophe Nietzsche.
L'évocation d'une dernière rencontre, en 1887, avec un Nietzsche déjà guetté par la folie ajoute à la force de ce récit.
MALWIDA VON MEYSENBUG
Malwida von Meysenbug, 1816-1903. Elle était la fille du conseiller Rivalier (d'origine huguenote), conseiller au cabinet de l'électorat de Hesse et fait baron de Meysenbug en 1825 par le prince-électeur. Après 1843, Malwida se détacha des idées de sa famille et lutta pour l'émancipation de la femme. Grâce à son fiancé, l'écrivain Althaus, entra en contact avec le mouvement démocratique d'avant la révolution de mars 1848. Après la rupture de ses fiançailles, elle entra à la Frauenhochschule Frôbel à Hambourg, où elle demeura jusqu'à ce que l'on dût, sous la pression du mouvement réactionnaire, en fermer les portes. Elle traduisit en allemand les Mémoires d Alexander Herzen. Nietzsche appelait l'amour qu'elle portait à sa fille adoptive, Olga Herzen, "une des plus délicieuses révélations de caritas."
Amie de Richard Wagner et adepte fervente de la philosophie de Schopenhauer, Malwida von Meysenbug se lia tout naturellement d'amitié avec le jeune auteur de La Naissance de la tragédie lorsqu'elle fit sa connaissance à Bayreuth en 1872. De retour en Italie, qu'elle avait élue comme seconde patrie, elle débuta avec lui une relation épistolaire qui ne prit fin qu'avec l'effondrement psychique de Nietzsche en janvier 1889. Elle compta ainsi parmi les rares personnes qui conservèrent au philosophe leur amitié après que celui-ci eut rompu radicalement avec les conceptions philosophiques et esthétiques auxquelles elles restaient attachées : Malwida ne cessa jusqu'au bout de rechercher un réconfort aux souffrances et à la terrible solitude morale de Nietzsche.
CARL VON GERSDORFF
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Baron Carl von Gersdorff, 1844-1904; pair majorataire et chambellan prussien. Depuis Schulpforta, ami de Nietzsche. Il se suicida.
Carl von Gersdorff, avec qui, depuis Pforta, Nietzsche a partagé tant de choses, et à qui il écrivait en décembre 1875:
Toi mon vieil et fidèle ami Gersdorff, nous avons, ma foi, partagé jusqu'à présent l'un et l'autre un bon bout de notre jeunesse, de notre expérience, de notre éducation: inclination, haine, aspiration, espoir, nous savons que nous nous réjouissons l'un l'autre du fond du cœur, même simplement d'être assis l'un à côté de l'autre, je crois que nous n'avons aucun besoin de promesse ou de vœu, car nous avons une foi très ferme l'un dans l'autre. Tu m'aides, là où cela t'est possible, je le sais d'expérience; et je pense à propos de tout ce qui me réjouit: «comme Gersdorff se réjouira de cela!» Car, pour tout te dire, tu as le don magnifique de la joie partagée ; je pense que ce don est encore plus rare et plus noble que celui de la compassion (à Carl von Gersdorff, le 13 décembre 1875)
ERWIN ROHDE
l'helléniste
1865, l'année où Nietzsche se bat en duel et reçoit une estafilade au nez est aussi l'année de l'amitié avec Carl von Gersdorff et Erwin Rohde.
Erwin Rohde, 1845-1898; philologue classique comme Nietzsche ; professeur à Kiel, Tübingen, Heidelberg. OEuvre principale : Psyché, culte de l'âme et croyance en l'immortalité chez les Grecs (1890-1894). I1 fut wagnérien avec toutefois des réserves. Humain, trop humain l'éloigna de Nietzsche, mais Rohde continua à s'intéresser à l'oeuvre de son ami. En 1889, il reçut de Turin un billet de Nietzsche signé « Dionysos ».
PAUL REE
l'élève
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Paul Rée, 1849-1901 ; fils d'un propriétaire de terres seigneuriales en Prusse occidentale. Pour répondre au désir de son père, fit d'abord des études de droit. Dès le début de la guerre de 1870-1871, combattit comme volontaire; fut blessé près de Gravelotte. Fit ensuite des études de philosophie, obtint son doctorat à Leipzig en 1875. Fit la connaissance de Nietzsche à Bâle au printemps 1873. Il assista, en compagnie de Gersdorff, aux cours de Nietzsche sur la Philosophie avant Platon. En 1882, il rompit avec Nietzsche.
En 1877, paraissait « un petit livre clair, propret et avisé, un petit livre d'une sagesse vieillotte » intitulé "L'origine des sentiments moraux".
Du moins est-ce ainsi que l'un de ses lecteurs, au reste peu nombreux, nommé Friedrich Nietzsche, le définissait une fois devenu lui-même généalogiste de la morale. Qui pouvait deviner alors que ce « petit livre » contenait la dynamite qui allait permettre d'écrire le « Livre pour les esprits libres » ?
Qui pouvait discerner dans la sobriété de ce petit traité de « psychologie morale » la trame où devait se tisser l'Evangile de Zarathoustra ? Le lecteur averti de Nietzsche devait pouvoir disposer un siècle plus tard de ce texte où se prépare une révolution philosophique, si discrètement il est vrai qu'il n'est peut-être pas trop de cette distance et de ce retard pour le goûter pleinement, dût-il paraître encore plus vieillot, et d'une clarté si aveuglante qu'elle pourrait passer pour « platitude » ou provocation!
L'auteur du « petit livre » promis à de si grands effets était Paul Rée, Allemand de descendance française, fils d'un propriétaire terrien de Prusse-Occidentale. Il était alors âgé de vingt-huit ans, et, après des études de droit, s'était voué exclusivement à la philosophie, consacrant sa thèse de doctorat à Aristote. Il s'était signalé par une première publication, en 1875, des Observations psychologiques, marquant ses débuts dans le genre de l'aphorisme moral - genre assurément intempestif au sens nietzschéen - en Allemagne.
Que penser d'un La Rochefoucauld opposant aux grandes manoeuvres du Logos les petites machineries de la « psychologie » morales ?
Le sort de Rée devait se lier d'emblée à celui de Nietzsche - son aîné de cinq ans, déjà auteur réputé et scandaleux de L'origine de la tragédie et des premières Considérations intempestives, mais aussi digne professeur à Bâle, entamant de façon foudroyante une carrière universitaire prometteuse.
PETER GAST
(HEINRICH KOSELITZ)
le musicien
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Peter Gast est musicien et compositeur; c'est avec lui que Nietzsche échange le plus de propos sur la musique : sur celle de Wagner évidemment, mais aussi sur des oeuvres anciennes ou modernes que le hasard lui fait découvrir pendant ses séjours à Génes, à Turin ou sur la Riviera française. « La vie sans musique - écrit-il à Gast - n'est qu'une erreur, une besogne éreintante, un exil ». Et dans la même lettre : « toujours après une soirée musicale (j'ai entendu quatre fois Carmen) ma matinée abonde en jugements fermes et en des idées »
Il fut aussi l'unique ami auquel le philosophe confia régulièrement ses projets, révéla en particulier l'existence de Zarathoustra et de la grande oeuvre qu'il laisserait inachevée, Innocence du devenir ou Volonté de Puissance.
Leur correspondance est la plus importante que Nietzsche ait entretenue avec un ami. Elle s'étend de mai 1876 à janvier 1889, de la dernière année où Nietzsche rencontre Wagner aux jours tragiques où son esprit sombre. Elle est contemporaine des ouvrages de la maturité, que Peter Gast fut le premier à connaître, ayant écrit sous la dictée de Nietzsche, ou remis au net leur manuscrit, ou corrigé leurs épreuves.
FRIEDRICH WILHELM RITZSCHL
le professeur de philologie
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Le professeur de philologie à l'université de Leipzig
Le seul de ses maître à avoir fait impression sur Nietzsche, par sa rigueur critique, sa flamme intellectuelle, son besoin d'orienter vers l'affranchissement les jeunes esprits. Il décide Nietzsche à devenir philologue et non théologien. Et lorsque, écoeuré des intrigues nouées contre lui, il quitte Bonn pour Leipzig, Nietzsche est du petit groupe d'élèves qui suivent leur maître dans la capitale saxonne.
GUSTAV KRUG
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Gustav Krug, 1843-1902; camarade d'école de Nietzsche, originaire de Naumbourg. Dans la maison de son père, un ami personnel des Mendelssohn-Bartholdy, Nietzsche connut ses premières expériences musicales. Krug fut plus tard président de l'Association Wagner de Cologne. Il s'adonna lui-même à la composition.
HEINRICH ROMUNDT
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Heinrich Romundt, 1845-1919; comme Deussen et Rohde, camarade d'étude de Nietzsche. Également ami de Rée qu'il avait connu à l'époque de ses études à Leipzig. Philosophe kantien. Depuis 1872, privat-docent à Bâle, abandonna plus tard ce poste.
MARIE BAUMGARTNER-KOECHLIN
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Marie Baumgartner-Koechlin, Alsacienne, mère d'Adolf Baumgartner, un élève de Nietzsche, plus tard professeur d'histoire à Bâle. Elle traduisit en français Schopenhauer, l'éducateur et Richard Wagner à Bayreuth.
JACOB BURCKHARDT
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A Bâle, Friedrich Nietzsche frequente Jacob Burckhardt, un des plus célèbres historien d'art de son temps dont les cours où les livres sur la renaissance ou la civilisation grecque influencèrent plusieurs générations d'érudits.
Il écrivit un livre: "Frédéric Nietzsche en Suisse", dans lequel il relate sa relation avec Nietzsche:
Extrait (il parle de lui à la 3ème personne pour citer une lettre de Nietzsche):
"Un grand historien du siècle dernier, un solitaire, un vieillard, qui menait une vie laborieuse sur les bords du Rhin, dans cette ville de Bâle chère aux humanistes, reçut le dimanche 6 janvier 1889 une lettre datée de Turin le 5. En la parcourant, dès la première phrase, il fut saisi d'une sorte d'effroi. Les caractères lumineux, passionnés, qui couvraient les feuillets, tremblaient devant ses yeux. Il dut faire un effort et relire, phrase après phrase:
« Maintenant je préférerais de beaucoup être professeur à l'Université de Bâle que d'être Dieu le Père mais je n'ai pas osé tout sacrifier à mon égoïsme, pour renoncer au devoir de créer un monde. Mais vous voyez, il faut faire des sacrifices partout et toujours. - J'ai loué une petite chambre d'étudiant qui se trouve en face de ce palais Carignan, dans lequel je suis né, car je suis Victor Emmanuel, ma chambre me permet d'entendre, en travaillant, une musique admirable, jouée juste en dessous de ma demeure dans la galerie Subalpina. Je paie 25 francs ; je vais acheter moi-même en ville mon thé et tout le reste, je souffre seulement de mes bottines déchirées, mais à vrai dire je remercie sans cesse le ciel pour ce vieux monde, en présence duquel les hommes n'ont pas voulu être suffisamment simples et silencieux.
« Etant condamné à entretenir la prochaine éternité par de mauvais paradoxes, j'écris sous des conditions qui ne laissent rien à désirer et qui ne me fatiguent guère. Le bureau de poste est à cinq pas, et je mets moi-même ces lettres à la boîte, après les avoir adressées à la grande presse.
« J'ai des rapports étroits avec le feuilleton du « Figaro » et pour vous donner un exemple de ma candeur, écoutez mes deux premiers paradoxes : N'exagérez pas le cas Prado. Je suis Prado moi-même et aussi son père, et je vous confie que je suis également Lesseps. Je voudrais donner une nouvelle conception aux Parisiens que j'aime tant, je voudrais qu'ils comprissent le criminel honnête... Deuxième paradoxe : , en quittant ce monde, je salue les immortels, Monsieur Daudet en fait partie. Voyez-vous, ce qui est gênant, c'est que j'incarne à moi tout seul chaque personnage historique. C'est la même chose pour les enfants que j'ai engendrés, et voici pourquoi je suis à me demander si tous ceux qui entreront dans le règne de Dieu ne sont pas depuis toujours d'essence divine.
« Au cours de cet automne, à deux reprises, habillé aussi modestement qu'il se pouvait, j'ai assisté à mon propre enterrement, la première fois sous la forme du Comte Robilant mon fils, en tant que je suis Charles Albert (c'est-à-dire ma nature inférieure), mais n'oubliez pas que j'ai été Antonelli tout entier. Cher ami, vous devriez contempler mon édifice ; comme j'ai peu d'expérience dans les questions de la construction, vous êtes appelé à prononcer toute opinion critique, je vous serais reconnaissant, sans promettre toutefois de pouvoir appliquer vos avis. Nous, les artistes, nous n'apprenons rien des autres. Aujourd'hui j'ai assisté à une opérette, géniale et mauresque, je me suis rendu compte qu'il y a deux pôles décisifs : Moscou et Rome.
« Vous voyez donc, l'on ne peut nier mon talent à comprendre les paysages. Enfin réfléchissez aux belles conversations que nous pourrions avoir : Turin n'est pas éloigné, il s'y trouve même du vin de la Valteline. Au point de vue vestimentaire, nous nous en tiendrons au négligé.
« Je vous aime de tout coeur.
Frédéric Nietzsche »."