Par Minotaure
La vie de Lou Salomé est connue en France par l'ouvrage de Peters : Ma sceur, mon épouse.
Elle a été célèbre par le rayonnement réfléchi de trois astres: Nietzsche, Rilke, Freud.
Elle a également inauguré un certain style de vie indépendante et libre, que la femme traditionnelle ignorait.
Elle fut et une inspiratrice, accoucheuse des oeuvres de l'esprit, et une « emmerdeuse », meurtrière d'amours propres masculins.
Sa vie fut tumultueuse et témoigne d'une belle lucidité : à plusieurs reprises, tout en menant une quête amoureuse fort libre (du philosophe au garde forestier...) , Lou sut reconnaître des hommes hors du commun et se les attacher, réservant toutefois une part d'elle-même.
Il y avait de la vierge sage chez cette lady Chatterley.
Que fut exactement son lien avec le pasteur Gillot ? En 1878. elle avait 17 ans. Sa passion pour Gillot ne l'empêchera pas, en 1880 de partir avec sa mère pour Zurich où l'université était ouverte aux femmes.
Ennuis de santé, cures inutiles, voyages.
A Rome, Lou devient l'amie de Malvida von Meysenbug qui l'introduit dans l'intelligentsia allemande. Commence ainsi la première des trois grandes aventures spirituelles, littéraires et plus ou moins amoureuses qui resteront le capital romanesque de Lou von Salomé aux yeux de la postérité : ses amitiés pour Nietzsche, Rilke, Freud.
Vraies passions ou exaltations littéraires, excitations d'intelligence ?. (« De quelles étoiles sommes nous tombés pour nous rencontrer ? » lui dira Nietzsche)
A Andreas, forte personnalité, grand connaisseur des langues orientales, qu'elle épousa en 1887, on sait que Lou imposa un mariage blanc.
Lou sut, en peu d'années, passer d'un milieu certes privilégié et cultivé de Pétersbourg, et de l'amour exclusif pour son père, à cette altitude européenne où s'attachèrent à elle quelques-uns des hommes les plus fascinants de son temps.
On rêve sur le fabuleux « tableau de chasse » de la belle amazone, devenue écrivain, psychanalyste, voyageuse, amoureuse glaciale et allumeuse.
Extrait de " Lou Salomé, génie de la vie " de François Guery
Destin de Lou
Son destin fut paradoxalement celui d'une amoureuse et d'une séductrice. Elle qui semble ne pas connaître l'attachement ni la dépendance; orpheline de Dieu qui n'aspire qu'à l'intimité supérieure d'une figure toute-puissante et méprise le contact des créatures, elle s'est attachée au cours de sa vie longue et fulgurante maintes figures éminentes ou effacées, fortes ou faibles, mises sous sa dépendance par une passion jamais assez forte pour exercer sur elle une contagion décisive. C'est comme « aimée », non comme amoureuse elle-même, qu'elle a gardé un nom dans l'histoire de la littérature : muse et inspiratrice, femme fatale dévastatrice et parfois meurtrière puisque c'est en se donnant la mort que beaucoup de ses victimes réagirent à sa froideur.
Il y a dans sa position de femme amoureuse un décalage fatal : alors qu'en elle c'est une femme désirable que ses soupirants ont poursuivie, elle n'a cherché à travers eux que quelque chose qui les dépassait, les niait et avait le pouvoir de les écraser : la vie même en tant qu'elle domine les vivants et les maîtrise.
Aussi évita-t-elle constamment la situation de réciprocité amoureuse, préférant le départ, la rupture à toute installation dans la passion partagée.
Elle-même a résumé cette position d'ardente attente de la vie, seul objet méritant une passion plus forte qu'elle-même, dans une déclaration qui clôt le récit de ses années de jeunesse:
« La "Vie", c'était un bien aimé, attendu, empoigné de toute ma force. Pourtant il n'y avait pas là une puissance, une direction, une détermination dont on pût se croire exaucé. Plutôt une existence semblable à moi et identiquement insaisissable. Quand, où finit Éros? Est-ce que cela n'appartient pas au registre des « expériences d'amour »? Engloutissant toute joie, tout malheur possible, espoir et besoin, toute la ferveur de ma juvénilité montait vers la "vie", état sans objet, plein de sentiment, qui s'épanchait en vers comme le font les états d'amour. »
Ces vers, les voici:
C'est son ami, certes, qu'on aime
Comme je t'aime, vie-énigme
Qu'en toi j'aie chanté ou pleuré
Que tu m'aies donné heur ou peine
Je t'aime avec tes cruautés
Et s'il te faut m'anéantir
Je m'arracherai de ton bras
Comme l'ami du sein ami.
Je t'étreins de toute ma force
Permets que tes flammes m'embrasent
Et que, dans l'ardeur du combat
Je creuse encor mieux ton énigme.
Millénaire à être, à penser!
Pour cela enlace-moi bien
Si tu n'as plus d'heur à m'offrir
Soit! Tu as toujours tes tourments.
C'est ce poème juvénile que Lou offrit à Nietzsche pour lui exprimer les sentiments qui l'agitaient face à sa passion mal dissimulée, et qui contient aussi bien la déclaration de l'objet de son amour que le refus opposé à son désir de possession.
Ne croirait-on pas entendre la déclaration d'amour passionné et sans objet individualisé du Chérubin de Mozart qui s'exprime, mieux qu'en vers, en lyrisme musical?
Bibliographie
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