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Pierre Klossowski

Pierre Klossowski
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Pierre Klossowski

Traducteur, essayiste, peintre, cineaste, mais avant tout selon ses propres mots « fabricant de simulacres », l'oeuvre de Pierre Klossowski a de quoi dérouter.
Moins connu que son frère Balthus, son influence sur l'expression contemporaine est pourtant indéniable.
On entre dans sa pensée comme dans un labyrinthe et on traverse son univers de fausse-porte en trompe-l'oeil où tout semble fait pour nous égarer.
Depuis les "souffles" du Baphomet jusqu'aux protagonistes incertains du "souffleur", le principe d'unicité du moi est mis à mal.

Toute l'oeuvre de Pierre Klossowski est une pratique du simulacre, non pas du mensonge car il n'est pas question de Vérité ici, mais bien plutôt de sortir de cet a priori ancestral selon laquelle une chose est vrai ou fausse.

 

"Pour le souffle qui n'est que transparent espace jusqu'à estimer comme intérieur à lui même tout ce qui lui advient, il ne crée dans son intention sans objet que des extériorités supposées non moins que cette intention même.
Un autre souffle vient-il à sa rencontre, voilà qu'ils se supposent mutuellement, mais chacun selon une intensité variable d'intention"


Pierre Klossowski in "Le Baphomet"

 

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Dans sa trilogie romanesque "Les lois de l'hospitalité" placée sous le signe de "Roberte" l'auteur y pratique l'adultération de l'épouse par l'époux,  une manière de nous inviter à partager son monde de perversion.

Pierre Klossowski
Pierre Klossowski

Extrait

LES LOIS DE L'HOSPITALITÉ

 

 

Le maître de céans n'ayant de souci plus urgent que celui de faire rayonner sa joie sur n'importe qui, au soir, viendra manger à sa table et se reposer sous son toit des fatigues de la route, attend avec anxiété sur le seuil de sa maison l'étranger qu'il verra poindre à l'horizon comme un libérateur. Et du plus loin qu'il le verra venir, le maître se hâtera de lui crier : « Entre vite, car j'ai peur de mon bonheur. » C'est pourquoi d'avance le maître saura gré à quiconque, loin de considérer l'hospitalité comme un accident dans l'âme de celui et de celle qui l'offrent, la tiendra pour l'essence même de l'hôte et de l'hôtesse, l'étranger lui-même venant en tiers partager cette essence à titre d'invité. Car le maître de céans recherche avec l'étranger qu'il reçoit une relation non plus accidentelle, mais essentielle. L'un et l'autre ne sont d'abord que des substances isolées, sans communication l'une avec l'autre, qui ne soit toujours qu'accidentelle :
toi qui te crois loin de chez toi chez quelqu'un que tu crois être chez soi, tu n'apportes que les accidents de ta substance, en tant qu'ils font de toi un étranger, à celui qui te reçoit dans tout ce qui ne fait de lui-même qu'un hôte accidentel. Mais parce que le maître de céans invite ici l'étranger à remonter à la source de toutes substances au delà de tout accident, voici comment il inaugure une relation substantielle entre lui et l'étranger, qui en vérité sera un rapport non plus relatif, mais absolu, comme si, le maître étant confondu avec l'étranger, sa relation avec toi qui viens d'entrer n'était plus qu'une relation de soi à soi-même. Dans ce but l'hôte s'actualise dans l'invité, ou si tu veux, il actualise une possibilité de l'invité, autant que toi, l'invité, une possibilité de l'hôte. La délectation la plus éminente de l'hôte a pour objet l'actualisation dans la maîtresse de céans de l'essence inactuelle de l'hôtesse. Or à qui incombe ce devoir sinon à l'invité ?
Est-ce à dire que le maître de céans s'attendrait à une trahison de la part de la maîtresse de céans? Or il semble que l'essence de l'hôtesse, telle que se la représente l'hôte, serait en ce sens, indéterminée et contradictoire. Car ou bien l'essence de l'hôtesse est constituée par sa fidélité à l'hôte, et alors elle échapperait d'autant plus à lui qu'il voudrait justement la connaître dans l'état contraire de la trahison; elle ne saurait le trahir pour lui être fidèle; ou bien l'essence de l'hôtesse est vraiment constituée par l'infidélité, et alors l'hôte n'aura plus aucune part à l'essence de l'hôtesse qui serait susceptible d'appartenir, accidentellement, en tant que maîtresse de céans, à l'un des invités. La notion de maîtresse de céans, est prise sous la raison d'existence; elle n'est une hôtesse que sous la raison de l'essence: cette essence est donc limitée par son actualisation dans l'existence en tant que maîtresse de céans.
Et la trahison n'a donc ici d'autre fonction que de rompre cette limitation. Si l'essence de l'hôtesse est dans la fidélité à l'hôte, cela permet à l'hôte de faire surgir aux yeux de l'invité l'hôtesse, essentielle dans la maîtresse de céans existante; car l'hôte en tant qu'hôte doit jouer sous risque de perdre, puisqu'il compte sur elle pour la stricte application des lois de l'hospitalité et qu'elle ne saurait se dérober à son essence, faite de fidélité à l'hôte de peur que, dans les bras de l'inactuel invité venu pour l'actualiser en tant qu'hôtesse, la maîtresse de céans n'existât que traîtreusement. Si l'essence de l'hôtesse était dans l'infidélité, l'hôte aura beau jouer, il aura perdu d'avance. Mais l'hôte veut connaître le risque de perdre et il estime que perdant plutôt que gagnant d'avance, il saisira coûte que coûte l'essence de l'hôtesse dans l'infidélité de la maîtresse de céans. Car ce qu'il veut, c'est la posséder infidèle, en tant qu'hôtesse remplissant fidèlement ses devoirs.
Il désire donc actualiser par l'invité quelque chose en puissance chez la maîtresse de céans : une hôtesse actuelle par rapport à cet invité, inactuelle maîtresse de céans par rapport à l'hôte. Si l'essence de l'hôtesse demeure ainsi indéterminée, parce ce qu'il semble à l'hôte qu'il lui échapperait quelque chose de l'hôtesse au cas où cette essence ne serait que pure fidélité de la maîtresse de céans, l'essence de l'hôte se propose comme un hommage de sa curiosité à l'essence de l'hôtesse. Or, cette curiosité, en tant qu'une puissance de l'âme hospitalière, ne peut avoir d'existence propre que dans ce qui paraîtrait à l'hôtesse, si elle était naïve, du soupçon ou de la jalousie. L'hôte n'est ni soupçonneux ni jaloux, parce qu'il est curieux essentiellement de, cela même qui, dans la vie courante, en ferait un maître de céans soupçonneux, jaloux, insupportable.
Que l'invité ne se trouble point; qu'il n'aille donc pas croire qu'il puisse jamais constituer la cause d'une jalousie ou d'un soupçon qui n'ont pas même de sujet propre qui les éprouverait. En réalité l'invité est tout le contraire; car c'est de l'absence de cause d'une jalousie et d'un soupçon qui ne sont autrement déterminés que par cette absence, que l'invité va sortir de sa relation accidentelle d'étranger pour jouir d'une relation essentielle avec l'hôtesse dont il partage l'essence avec l'hôte. Essence de l'hôte, l'hospitalité, loin de se restreindre aux mouvements de la jalousie et du soupçon, aspire à convertir en présence l'absence de cause de ces mouvements, et à s'actualiser dans cette cause.
Que l'invité comprenne bien son rôle : qu'il stimule donc sans crainte la curiosité de l'hôte par cette jalousie et ce soupçon, dignes du maître de céans, mais indignes de l'hôte; ce dernier y engage loyalement l'invité; que dans ce concours, ils rivalisent l'un et l'autre de subtilité; à l'hôte de mettre à l'épreuve la discrétion de l'invité; à l'invité de mettre à l'épreuve la curiosité de l'hôte : le terme de générosité n'est pas de mise; car tout est générosité et tout est avarice; mais que l'invité veille à ce que cette jalousie ou ce soupçon de l'hôte ne réabsorbent entièrement sa curiosité; car c'est de cette curiosité que dépendra pour l'invité de faire valoir son prestige ". Si la curiosité de l'hôte aspire à s'actualiser dans la cause absente, comment espère-t-il convertir cette absence en présence, si ce n'est qu'il attend la visitation d'un ange?
Sollicité par la piété de l'hôte, l'ange est susceptible de se couvrir du nom d'un invité - est-ce toi? - que l'hôte croit fortuit. Dans quelle mesure l'ange actualisera-t-il dans la maîtresse de céans l'essence de l'hôtesse telle que l'hôte incline à se la représenter, alors que cette essence n'est connue que de celui qui au delà de l'être, connaît? En inclinant l'hôte tant et plus, car l'invité, fût-il ou non un ange, n'est qu'inclination de l'hôte : sache, cher invité, que ni l'hôte ni toi, ni l'hôtesse elle-même ne connaissent encore l'essence de l'hôtesse; surprise par toi, elle cherchera à se retrouver dans l'hôte qui dès lors ne la retiendra plus : mais qui, la sachant dans tes bras, s'estimera plus riche que jamais de son trésor.
Pour que la curiosité de l'hôte n'en vienne à se dégrader dans la jalousie et le soupçon, à toi, l'invité, de discerner l'essence de l'hôtesse dans la maîtresse de céans, à toi de la précipiter dans l'existence : ou bien l'hôtesse ne reste qu'un phantasme, et tu demeures étranger dans cette maison, si tu laisses à l'hôte l'essence inactualisée de l'hôtesse; ou bien tu es cet ange et tu donnes par ta présence l'actualité à l'hôtesse : tu auras plein pouvoir sur elle autant que sur l'hôte. Ne vois-tu pas, cher invité, que ton intérêt supérieur est d'amener la curiosité de l'hôte au point où la maîtresse de céans mise hors d'elle-même s'actualisera tout entière dans une existence que toi, l'invité, tu seras seul à déterminer, et non plus la curiosité de l'hôte? Dès lors l'hôte aura cessé d'être le maître chez lui : il aura entièrement satisfait à sa mission. A son tour il sera devenu l'invité.

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Roberte

Roberte

Pierre Klossowski

Jean-Pol Madou:

 

 

Né en 1905 à Paris, Pierre Klossowski a conçu dans les marges de la modernité l'une des oeuvres les plus étranges et déconcertantes que notre époque ait vues naître.


Familier au cours de sa jeunesse de Rilke et de Gide, traducteur de textes aussi fondamentaux et variés que ceux de Virgile, Suétone, Tertullien, Hamann, Nietzsche, Kafka, Klee, Heidegger et Wittgenstein, exégète de saint Augustin, Sade et Fourier, Klossowski n'a cessé d'explorer et d'exploiter, au carrefour de la théologie scolastique, de la pensée nietzschéenne, de la fiction romanesque et de la pratique picturale, toutes les ressources d'une obsession, d'un « signe unique » appelé à s'incarner dans une physionomie féminine.
 

Evoluant, tantôt comme Roberte dans l'espace de la conjugalité bourgeoise, tantôt comme Diane-Artémis, la Vierge Sagittaire, dans l'espace du mythe gréco-romain, la physionomie féminine, soumise à toutes les violences et les humiliations que lui inflige la « virilité maudite », déjoue ironiquement la pensée de l'Eternel Retour que Nietzsche prophétisa comme l'événement décisif dont le monde moderne aurait à affronter la terreur éliminatrice.
 

« Romancier », « philosophe », « peintre », Klossowski se définit avant tout comme un « monomane » et un « fabricant de simulacres ». Étrange monomanie cependant que celle qui capte dans le miroir d'une écriture ironique, toute teintée d'archaïsmes, la polyphonie de la modernité.
 

 

Pierre Klossowski

Jacques Henric:

 

 

Pierre Klossowski (né à Paris en 1905) est un de ces destins singuliers qui auront traversé le xxe siècle en lui imprimant une marque discrète mais ineffaçable.


Écrivain d'abord - un des plus profonds et des plus subversifs de sa génération -, Klossowski décide, vers le début des années soixante-dix, d'abandonner définitivement l'écriture pour se consacrer tout entier au développement d'une oeuvre graphique amorcée en 1953 par l'illustration de son récit Roberte ce soir.
 

L'exemple est sans précédent d'un écrivain faisant ainsi le saut irréversible, de l'écrit à l'image.
Aventure intellectuelle risquée pour le frère de Balthus, mais aventure réussie puisque l'oeuvre peint de Pierre Klossowski, au cours de la dernière décennie, a pris sa place aux côtés des oeuvres des plus grands artistes de notre époque.

 

 

Pierre Klossowski

Jean Decottignies:

 

Fascinée tout à la fois par le marquis de Sade et le professeur Nietzsche, ces deux pourfendeurs du savoir métaphysique, l'oeuvre de Pierre Klossowski se singularise cependant par une évidente nostalgie à l'égard de ce savoir. Elle est, à ce titre, exemplaire et opportune à notre époque /.../ L'écriture et la connaissance : tel en serait le thème, si la connaissance ne se révélait, au bout du compte, comme un horizon purement problématique. Ce que nous livre, sous l'aspect de cette quête, l'oeuvre de Klossowski, c'est, à proprement parler, une expérience : « le phénomène de la pensée ».
 

 

Pierre Klossowski
Pierre Klossowski

Hervé Carn

 

Ecrivain français. Né à Paris dans une famille d'artistes d'origine polonaise le 9 août 1905, il fréquente tôt peintres et écrivains dont Bonnard, Rilke et Gide. II est lié ensuite à certains groupes philosophiques et psychanalytiques. On retiendra surtout sa participation aux côtés de Georges Bataille au « Collège de Sociologie », et à son revers clandestin, la revue Acéphale.
Contrairement aux écrivains pour lesquels le travail d'écriture consiste en une évolution permanente, en une recherche où l'écriture même peut à son tour être objet d'écriture, Klossowski s'est limité au travail de quelques thèmes, à leur confrontation avec des instances qui sont tour à tour la technique romanesque, la traduction (Virgile et Nietzsche entre autres), une langue à la syntaxe rigoureuse, les nécessités technologiques des activités plastique et cinématographique.
Pierre Klossowski s'est expliqué sur ses propres rapports à son oeuvre : elle est une somme d'instants d'une réflexion autonome. Plus qu'un écrivain, il pense être un scripteur qui donne à voir, par un système de signes, quelques intensités d'une pensée commune. Le monde de Klossowski, tel celui des grands utopistes, est un « déjà-là », et rarement avant la sienne, une oeuvre ne s'était posée pareillement comme indice. Il nomme théophanie cette vaste création où l'auteur-démiurge organise tous les méandres de son développement; l'oeuvre est un ensemble de digressions dans une théologie à rebours où le centre vacant est occupé par celui qui s'en montre digne.
D'où l'attirance de Klossowski pour Sade (Sade mon prochain, 1947) ou pour les théologiens (Hamman, 1948). D'ou aussi l'abondance des procédés d'écriture qui posent le livre comme une scène avec tous les effets de cette clôture les travestissements, les commentaires, les préconstitutions de puzzles ténébreux.
La Vocation suspendue (1950) est éloquente à ce sujet: ce roman est une succession d'impacts sur des personnages d'un livre que le lecteur ne peut découvrir.
Ce thème de l'oeuvre à venir, du texte qui se dérobe, est repris dans le triptyque des Lois de l'hospitalité (1965) qui réunit trois livres parus dans le désordre. Dans son importante postface, Klossowski souligne la présence dans son oeuvre et dans sa vie de ce qu'il nomme le « signe unique », le nom de Roberte qui porte sa pensée entière, dont la peau même peut être comparée à l'oeuvre de l'écrivain. Le corps de Roberte, fût-il révélé dans un simple dégantement, sera offert aux regards de son mari, des autres personnages et du lecteur lors de tableaux vivants qui sont des moments où la souveraineté peut à tout instant basculer. Les Lois recouvrent successivement La Révocation de l'Edit de Nantes (1959), entrecroisement des journaux intimes des époux Octave et Roberte, puis Roberte ce soir (1953), pièce représentée par leur neveu Antoine, et enfin Le Souffleur (1960), assomption romanesque de ce qui précède avec deux progrès notables: l'apparence réaliste du récit, et l'indécision où l'auteur nous plonge quant à l'identité du narrateur. Est-ce Théodore Lacaze ou K., ou un autre personnage, ou la parole elle-même ? Cette suite est en fait la généalogie d'un sourire, celui de l'écrivain qui, dominant son art, montre un monde, simulacre de monde réel, par l'épuisement de son propre désir.
Il n'est pas surprenant alors que Pierre Klossowski se soit intéressé au mythe de Diane et d'Actéon dans Le Bain de Diane (1956), que certains considèrent comme son oeuvre la plus accomplie. Après en avoir tracé savamment la genèse, l'auteur nous permet de mieux distinguer en quoi ce mythe est fondateur de notre propre culture ainsi que de ses préoccupations : tout est dans la métamorphose, dans le regard de côté d'Actéon qui n'est plus homme et pas encore cerf, vers Diane et sa purification.
Mais le roman le plus abouti, où les obsessions de Klossowski s'allient le mieux avec sa langue retenue et les situations les plus baroques, où il réussit à fondre ses diverses conceptions - comme celle de « l'éternel retour », dont il a traqué le fonctionnement subtil dans Nietzsche et le cercle vicieux (1969) - est sans nul doute Le Baphomet (1965), où les ingrédients du récit klossowskien nous sont livrés dans la plus grande harmonie : image obsédante, gnose, temps circulaire et climat sulfureux.
La variété et la richesse de sa culture, la discrétion brûlante de son projet, l'acuité de son regard critique (Un si funeste désir, 1963) font de Pierre Klossowski l'un des écrivains les plus présents et nécessaires, parce que ce qu'il nous offre tient dans ce don rare de « l'hilarité du sérieux » (M. Blanchot).

 

 

Les Barres Parrallèles

Les Barres Parrallèles

Pierre Klossowski

«Toute l'oeuvre de Klossowski tend vers un but unique: assurer la perte de l'identité personnelle, dissoudre le moi», écrivait Deleuze dans Logique du sens.

Pierre Klossowski

Pour Maurice Blanchot : « Il s'agit d'une oeuvre principalement littéraire (...). Elle apporte à la littérature ce qui, depuis Lautréamont et peut-être depuis toujours, lui manque : je le nommerai l'hilarité du sérieux, un humour qui va beaucoup plus loin que les promesses de ce mot, une force qui n'est pas seulement parodique ou de dérision, mais qui appelle l'éclat du rire et désigne dans le rire le but ou le sens ultime d'une théologie". »

Pierre Klossowski

Selon Georges Bataille : « Le monde où se déplacent la pensée et les désirs de Pierre Klossowski est certes l'un des plus singuliers où il nous soit possible d'entrer (...). Son lecteur est invité, s'il a l'intention d'y pénétrer, à s'armer de l'endurance et des équipements de l'explorateur. Mais l'explorateur a l'espoir et l'intention de quitter le monde qui nous est connu, d'atteindre enfin une contrée où les limites que nous donnons à nos passions sont enfreintes, où d'autres limites leur sont opposées. »

Pierre Klossowski
3 Versions de Diane & Actéon

3 Versions de Diane & Actéon

Pierre Klossowski

Citations

 

 

 

 

« Il est en tout homme un fond inéchangeable »

 

 

« S'éprouvant lui-même comme une énigme, mais conscient de la présence en son âme de forces et d'énergies qui constituent une totalité irréductible, dont il conçoit l'impossibilité de se communiquer jamais à une catégorie d'hommes à tout jamais exclus de la compréhension de certains phénomènes de l'âme. »

 

 

« Comment rendre compte d'un fond de sensibilité irréductible, autrement que par des actes qui la trahissent ? »

 

 

« La communication vide le geste unique de sa singularité »

 

 

« Nul contenu d'expérience ne se peut communiquer jamais qu'en vertu des ornières conceptuelles que le code des signes quotidiens a creusées dans les esprits ; et, inversement, le code des signes quotidiens censure tout contenu d'expériences. »

 

 

 

« Ce n’est jamais la réalité que l’on appréhende mais une vue de l’esprit »

 

 

« L'effort que j'ai tenté depuis des années c'était de passer derrière notre vie pour la regarder. J'ai donc voulu saisir la vie en me tenant hors de la vie, d'où elle a un tout autre aspect. »

 

 

On pourrait lui appliquer les termes qu'il eut pour décrire Octave
« Ce qui le rend contradictoire, c'est le terrain qu'il a choisi pour défendre sa notion de valeur : la sensualité du regard (...). Son besoin de communiquer procède de l'expérience propre, de quelque chose en soi inéchangeable (...). Il ne jouit et ne semble jouir lui-même de ce qu'il possède que par le regard d'autrui. »

 

 

« Ma véritable ambition n'est rien d'autre que de trouver des complices. »

 

 

 

« C'est la vision qui exige que je dise tout ce que me donne la vision. »

 

 

« L'âme n'est pas éternelle mais immortelle du fait de son origine divine. Parce qu'elle est une créature, elle est limitée et passible (...). Souffle quant à sa nature, l'âme est un spiritus quant à l'opération (...). Aujourd'hui nous ne sommes pas même capables de nous représenter ce que signifie l'âme. Par contrecoup, notre vie charnelle s'en trouve faussée. »
(…)
« L'âme est toujours habitée par quelque puissance, bonne ou mauvaise. Ce n'est pas lorsque les âmes sont habitées qu'elles sont malades, c'est lorsqu'elles ne sont plus habitées. La maladie du monde moderne, c'est que les âmes ne sont plus habitables et qu'elles en souffrent ! C'est de croire pouvoir réduire à rien les puissances maléfiques sous prétexte qu'il n'y a plus d'être surnaturel. Faux calcul ! Dès lors qu'un être existe, existe une surnature. »

 

 

« Le terme de simulacre, avant que je puisse l'invoquer pour mon propre compte, prête on ne peut plus à confusion »

 

 

« En tant qu'objet de contemplation, le simulacre (pictural ou plastique) " ne reproduit pas le visible, mais rend visible ", comme dit Klee, c'est-à-dire exprime matériellement une action morale, spirituelle. Ce qui revient à dire qu'il simule une agitation invisible. »

 

 

« Le simulacre constitue le signe d'un état instantané et ne peut établir l'échange entre un esprit et un autre ni permettre le passage d'une pensée à une autre (...). Le simulacre a l'avantage de ne pas prétendre fixer ce qu'il représente d'une expérience et ce qu'il en dit ; loin d'exclure la contradiction, il l'implique naturellement. »

 

 

« Le simulacre au sens imitatif est actualisation de quelque chose d'incommunicable en soi ou d'irreprésentable : proprement le phantasme dans sa contrainte obsessionnelles »

 

 

« Le stéréotype a une fonction d'interprétation occultante. Mais si on l'accentue jusqu'à la démesure, il en vient à opérer lui-même la critique de son interprétation occultante. »

 

 

« Le simulacre ne simule efficacement la contrainte du phantasme qu'en exagérant les schèmes stéréotypes : renchérir sur le stéréotype et l'accentuer, c'est accuser l'obsession dont il constitue la réplique. »

 

 

« L'économie totale de l'univers sans intention est créatrice d'êtres intentionnels. L'espèce " homme " est une création de cette sorte - pur hasard - en qui l'intensité des forces s'est renversée en intention : encore de la morale. Ramener l'intention humaine à l'intensité des forces, génératrices de phantasmes, telle est la fonction du simulacre. »

 

 

 

« Mes tableaux, comme mes textes, sont d'ordre dramaturgique (...). Et même si, dans mes ouvrages spéculatifs sur Sade ou sur Nietzsche, l'ordre de la morale, de la réflexion et de la métaphysique prédomine, je considère que la dramaturgie n'en est pas absente. En effet, les antinomies qu'ils incarnent respectivement, ne me touchent qu'en tant qu'elles constituent leurs physionomies. Les idées n'ont pour moi d'importance qu'au prix d'une expérience, soit d'une destinée. Finalement, pour moi, la vision la plus authentique de ce que je fais, c'est ce que je montre, et non ce que je fais lire. »

 

 

« Nonobstant qu'il eût toujours marqué la plus grande répugnance pour le mode instrumental qui s'offrait ici, il se disait qu'il avait eu tort de lui dénier toute efficacité spirituelle. Ces ustensiles, en vertu de leur fonction servile n'opéraient qu'avec d'autant plus de justice que lui-même, souffle créé et donc imparfait, ne s'élevait point à une impartialité assez sereine pour négliger absolument leur service. Bien plus : le mode ustensilaire était largement corrigé par la présence d'un objet sacré à lui seul propre à conférer son caractère emblématique à toute l'opération. Machinalement, ces appareils accomplissaient un rite.»

("Le Baphomet")

 

 

« Le pathos est le premier producteur, le premier fabricant et le premier consommateur. »

 

 

 

« Les normes économiques sont au même titre que les arts et les institutions morales ou religieuses, au même titre que les formes de la connaissance, un mode d'expression des forces impulsionnelles. »

 

 

 

« Rien n'existe en dehors des impulsions essentiellement génératrices de phantasmes. »

 

 

« La sérénité n'est qu'une sorte d'armistice d'impulsions inconciliables. »

 

 

« Il semble qu'il n'y ait jamais de conscience ni d'inconscience - ni de vouloir ni de non-vouloir - mais que, selon un système de fluctuations désignantes, il n'y a dans le suppôt qu'une discontinuité de mutisme et de déclarations".

 

 

 

« Nous ne sommes qu'une succession d'états discontinus par rapport au code des signes quotidiens, et sur laquelle la fixité du langage nous trompe (...). La faute fondamentale consiste toujours en ceci - à savoir qu'au lieu de comprendre l'état conscient en tant qu'instrument et singularité de la vie dans son ensemble, nous le posons en tant que critérium, en tant que l'état de valeur suprême de la vie : c'est là la perspective fautive du a parte adtotum. »

("Nietzsche ou le cercle vicieux)

 

 

 

« Comment restituer au singulier, à l'inéchangeable, au mutisme, les attributs de la puissance donc de la santé, de la souveraineté - dès lors que le langage, la communication, l'échange ont attribué à la conformité grégaire ce qui est sain, puissant, souverain  »

 

 

« Il y a donc deux puissances : celle niveleuse de la pensée grégaire et celle érective des cas particuliers. »

 

 

« La généralité de l'entendement ? Pure abstraction d'une superstition grégaire. »

 

 

«La journée qui s'est ensuivie, comment l'ai-je vécue ? Tout autre y verra un tissu d'anachronismes. Je ne puis la repenser dans un ordre relatif et retoucher son incohérence. Mais quiconque se remémore la journée la plus banale supporte bien le hasard sans explication. Les lieux, les faits, les personnes rien de plus arbitraire, une pure question d'humeur ! La familiarité, le bizarre - une façon d'interpréter ! »

 

 

 

« Le fond de l’existence est inintelligible et insignifiant  Nous ne rencontrons jamais que des cas singuliers, des idiosyncrasies qui ne permettent d’établir entre elles aucune identité »

 

 

« On touche là à la question de l'arbitraire, du hasard et de la nécessité. Soit à la question du jeu. C'est une nécessité de jouer. Mais en jouant, on fait la preuve du contraire. S'il n'y avait pas de contraire, on ne pourrait pas jouer. On commence à jouer parce qu'on croit qu'il y a un hasard. Et puis, on entre dans un ordre auquel on ne peut plus échapper. »

 

 

« Votre grand tort à nos yeux, Madame, c'est que vous servez deux maîtres parce que vous ne croyez à l'un qu'autant qu'il vous est utile de desservir l'autre, ne croyant à la vérité d'aucun des deux. »

 

 

« Un objet vivant, source de sensations, ou bien sera la monnaie et supprimera les fonctions neutralisantes de l'argent ou bien fondera la valeur de l'échange à partir de l'émotion procurée. »

 

 

« Aussi bien est-ce surestimer l’influence de la lecture que de croire, comme le fait la censure, que tel livre serait ’corrupteur, mais c’est sous-estimer un auteur que de le supposer pur de semblable intention ».

 

 

 

Pierre Klossowski

Bibliographie

1905 : naissance à Paris, le 9 août.
1930 : traduction (avec Pierre Jean Jouve) des Poèmes de la folie de Hölderlin (éd. Fourcade, repris chez Gallimard en 1963).
1947 : Sade, mon prochain, essai (Seuil, réédité modifié et augmenté du "Philosophe scélérat", Seuil, 1967).
1948 : traduction des Méditations bibliques de Hamann (Minuit).
1950 : La Vocation suspendue, roman (extraits dans Les Temps modernes, puis Gallimard).
1954 : Roberte ce soir, roman (Minuit) ; traduction du Gai Savoir de Nietzsche (Club français du livre, puis Gallimard, 1967). Etude de Georges Bataille sur P. K. dans Critique (février).
1956 : Le Bain de Diane, essai (J.-J. Pauvert, puis Gallimard, 1980). Première exposition privée, cour de Rohan à Paris, à l'initiative de Giacometti et de Masson.
1959 : La Révocation de l'édit de Nantes, roman (Minuit). Traduction de la Vie des douze Césars de Suétone (Club français du livre), du Journal de Paul Klee (Grasset) et des Minutes du procès de Gilles de Rais, avec Georges Bataille (Club français du livre, puis J.-J. Pauvert, 1965).
1960 : Le Souffleur ou le Théâtre de société (J.-J. Pauvert).
1961 : traduction du Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein (Gallimard).
1963 : Un si funeste désir, recueil d'essais littéraires (Gallimard).
1964 : traduction de L'Enéide de Virgile (Gallimard, puis André Dimanche, 1989). Article de Michel Foucault dans L'Express et dans la NRF (mars), "La Prose d'Actéon".
1965 : Les Lois de l'hospitalité, reprise, avec préface et postface, des trois précédents romans (Gallimard, "Le Chemin"). Le Baphomet, roman (Mercure de France).
1967 : exposition au Cadran solaire à Paris. Désormais, presque chaque année, P. K. exposera à Paris, mais aussi à Genève, Rome, Milan, Turin, Anvers, Mexico...
1968 : Origines culturelles et mythiques d'un certain comportement des Dames romaines, essai (Fata Morgana).
1969 : Nietzsche et le cercle vicieux, essai (Mercure de France). Gilles Deleuze reprend son essai sur Klossowski, "P. K. ou Les Corps langages", paru dans Critique, dans La Logique du sens (Minuit).
1970 : La Monnaie vivante, essai, avec des photographies de Pierre Zucca. Avec ce photographe, P. K. réalisera deux films, en 1975 et 1979, autour de la figure de Roberte. Numéro de L'Arc (no 43) consacré à P. K. (dirigé par R. Micha).
1971 : traduction du Nietzsche de Martin Heidegger (Gallimard).
1974 : Les Derniers Travaux de Gulliver suivi de Sade et Fourier, essais (Fata Morgana).
1978 : L'Hypothèse du tableau volé, film de Raul Ruiz d'après P. K.
1984 : La Ressemblance, recueil d'articles et d'entretiens avec Alain Arnaud (André Dimanche)
1990 : première grande rétrospective au CNAC, à Paris. Parution de l'essai d'Alain Arnaud, meilleure introduction à l'ensemble de l'œuvre de P. K. (Seuil, "Les Contemporains").
1994 : L'Adolescent immortel, théâtre (Lettres vives) et Le Secret pouvoir du sens, entretiens avec Alain Jouffroy (Ecritures).
2001 : Tableaux vivants. Essais critiques 1936-1983 (Le Promeneur).

 

Pierre Klossowski
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