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Xavier Forneret

Xavier Forneret
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Xavier Forneret

Ah non, pardon, c'est pas lui, c'est le suivant, encore que ...!!!

 

 

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Xavier Forneret n'aurait pas été connu (mais l'est-il vraiment ?) si la curiosité légendaire d'André Breton pour les excentriques n'avait croisé sa route. En effet, Forneret figure parmi ces “petits romantiques” qui vont à la soupe populaire de la célébrité posthume. Les surréalistes, à la suite d'André Breton, comme des petits moutons, l'ont tiré quelque temps de la misère éditoriale.
De son vivant, faute d'éditeur, c'est lui qui publia ses oeuvres à ses propres frais, et Charles Monselet fut le seul critique contemporain à déceler la valeur de sa production. Il dépensa une fortune en éditant à compte d'auteur pour essayer de faire jouer ses drames tragiques, et de faire lire sa prose souvent extraordinaire.

 

Ce romantique est passé complètement inaperçu au XIXè siècle.

Sa vie nous est mal connue, ses oeuvres sont oubliées, introuvables et souvent d'une inégalité déconcertante, très peu d'articles ou d'études lui ont été consacrés et il n'existe sur lui aucun travail d'ensemble qui soit satisfaisant.
Même André Breton, dans la note de présentation de son Anthologie de l'humour noir, se demandait comment le même homme pouvait passer du sublime au plus médiocre.

Forneret fut tout près de faire une littérature de terroir, mais il aimait trop déconcerter et déplaire, et ne put s'en contenter.
Les personnes qui désiraient le lire étaient priées de s'inscrire sur liste, chez l'imprimeur.
Leur “candidature” devait, en effet, recevoir l'approbation de l'auteur.

Ayant hérité de son père c'était un rentier fortuné qui jouait du violon toute la nuit afin de bercer le sommeil de la France profonde.
Ce“franc-tireur” du romantisme collectionnait les bizarreries. Il aurait volontiers placé des boîtes aux lettres à l'entrée des cimetières, pour le courrier de l'au-delà...
Naturellement, cet excentrique ne s'habillait pas comme tout le monde, et cela renforçait les soupçons de ses contemporains.

S'étant lui-même surnommé "l'Homme noir", il aimait à dormir dans un cercueil d'ébène.

Ainsi, grâce à André Breton, Forneret s'est-il retrouvé entre Swift et Kafka, et dans le voisinnage de De Quincey. Rien de moins.
Considéré comme le précurseur de Lautréamont, Forneret occupe une place spéciale parmi les "Petits Romantiques", due à son humour que l'on peut déjà qualifier de "noir".
De la même génération que Nerval et Musset, Xavier naquit à Beaune, le 16 août 1809, quelques semaines après la victoire de Wagram.

Il composa d'abord des mélodrames et donna dans le mauvais genre romantique : coups de poignard et grands sentiments.
L'une de ses pièces "L'homme noir" fut représenté une seule fois, en 1837, à Dijon.
Il écrivit également de la poésie, des aphorismes du genre “Cimetière veut dire : allons nous reposer”, et les "Contes et Récits" rééditées aux éditions José Corti.
C'est là qu'il est le meilleur sans doute.

Apparemment, il se déplaça très peu durant son existence.

Par ailleurs il déplorait que les femmes fussent "contraintes de manger, même des fraises dans du lait". Il n'aimait sans doute que les purs esprits...
Il se sépare rapidement de sa cousine Jeanne avant d'avoir deux fils avec une certaine Emilie. Il composa un poème pour le premier : "A mon fils naturel".
Forneret écrivit toute sa vie reclu du monde grouillant de bruits et d'humains, avant de mourir en 1884.

 
“Nous sommes tous des malades incurables parce que nous sommes tous du monde,” avait écrit Monsieur Xavier.

Xavier Forneret
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Xavier Forneret

Les oeuvres de Forneret comprennent : Sans titre. Encore un an sans titre. Broussailles de la pensée. Vapeurs, ni vers ni prose. Et la lune donnait et la rosée tombait. Rien, Quelque chose. Temps perdu. Pour me consoler.

 

A titre d'exemple, voici un premier texte de Xavier Forneret extrait de « Quelque chose du cœur ».


- Ah !seul ! bien seul ! tout seul ! Je vais rentrer chez moi je vais me jeter dans un fauteuil. Midi sonne. Je ne veux rien manger, rien boire je ne veux pas de la lumière du jour. Fermez partout allumez des bougies, des cierges, si vous voulez ; apportez-moi un cercueil plein ouvrez-le sortez-en ce qu'il contient approchez-le de moi, touchez-moi avec tâchez de m'effrayer si vous pouvez ; coupez mes cheveux ; rasez ma tête, pincez ma chair, cassez mes os ; étouffez-moi, arra-chez-moi les ongles faites-moi croire au diable ; mettez-moi dans sa chaudière ; écri¬vez sur moi et contre moi toute sorte de choses horribles avec une plume de fer, rouge de feu, et trempée dans une encre de plomb chaud ; étendez-moi entre deux draps de bois ; pressez-moi ensuite avec des cordes.

Dites-moi
Que je n'ai pas d'honneur ;
Que je trompe deux fois dans un mot ;
Que Dieu ne prendra jamais pitié de moi ;
Que toutes mes nuits seront ardentes, et mes journées sèches ;
Que mon corps périra jeune, malgré tout ;
Qu'à peine on saura quand je serai mort ;
Qu'on passera froid et impassible près de moi dans la terre, sans croire qu'il y avait quelque chose de bon dans mon sang.

Dites
Que mes dents tomberont comme une pluie dans ma bouche, et qu'après je vivrai des mois entouré de pain de mer ;
Que j'aurai sur les yeux un voile de poussière de verre qui entrera dans eux, s'y épanchera, les arrosera, pour ainsi dire, jusqu'à ce qu'ils soient bien pleurans, bien gonflés, bien souffrans, bien perdus.

Dites enfin
Que je ne sais pas sentir un baiser de femme, et que je n'en recevrai jamais.
Dites tout cela ; que tout cela arrive ; mais, Dieu bon, qu'Elle me comprenne avec courage, en m'aimant comme je l'aime !

Ah ! maintenant, il me semble que je respire un peu !

 


Xavier Forneret, extrait de « Quelque chose du cœur ».
(Contes et Récits, édition José Corti)

 

 

Xavier Forneret

 Lettre à Dieu

 

 

 

Voici un second texte plus connu, "la Lettre à Dieu" ecrite en 1846, année charnière dans la vie littéraire de Xavier Forneret. Il a alors 37 ans, et ses grandes oeuvres frénétiques, lesquelles n'ont suscité en leur temps qu'indifférence ou sarcasme, sont déjà derrière lui : Rêves Il, que l'on s'accorde à regarder comme sa dernière incursion dans le domaine de l'imaginaire, date de cette même année ; la Lettre à Dieu, située exactement à la croisée des chemins, constitue donc la première oeuvre de sa seconde manière.
Sous peine de conserver à ce texte un caractère inintelligible, il est indispensable de retracer brièvement les circonstances ayant présidé à sa naissance:
Xavier Forneret vit à cette époque retiré en sa propriété familiale de Mimande, près Chaudenay-sur-Dheune, en compagnie de sa maîtresse Jeanne Sarrey, une jeune Dijonnaise brodeuse de son état qu'il semble avoir rencontrée vers le commencement de 1845. Au bout de quelques mois d'un bonheur sans nuages, ne s'avise-t-il pas d'intercepter une lettre prouvant irrécusablement qu'il n'est pas le premier dans l'existence de la demoiselle ? Celle-ci devient dès lors l'objet de tracasseries et d'exigences continuelles : Au cours d'un voyage à Chagny, il l'entraîne dans une chapelle et la somme de jurer à genoux qu'elle l'a aimé avant de le connaître ! Elle jure debout, ce qui paraît le satisfaire momentanément. Peu de temps après, la découverte qu'elle est enceinte d'un enfant qui ne doit rien, vérification faite des dates, aux oeuvres de Forneret, aggrave encore sa situation. L'orage qui couvait éclate le 27 avril 1846 : le goût étrange d'une salade assaisonnée par sa maîtresse fait germer dans l'esprit de Forneret l'idée d'une tentative d'empoisonnement.
Jeanne Sarrey n'a d'autre recours que la fuite ; elle se réfugie, après diverses péripéties, au couvent du Bon-Pasteur, à Mâcon, mais ne s'y trouve pas depuis quinze jours que le furieux publie sa Lettre à Dieu, dont il lui adresse aussitôt un exemplaire, de même qu'à la Supérieure et a l'Aumônier du couvent. Blessée des accusations contenues dans l'écrit, Jeanne Sarrey quitte alors sa Boîte de Pénitence, ce dont profite Forneret pour la faire jeter en prison. Cette sordide affaire trouvera son épilogue dans une ordonnance de non-lieu rendue en faveur de Jeanne vers la fin de l'an 1846, suivie immédiatement d'une demande de sa part de 20.000 F de dommages et intérêts qui subira, le 6 mars 1847, un sort similaire.
Outre l'exaltation de la foi du charbonnier coutumière au littérateur beaunois, ce sont donc les échos de ces événements que nous percevons dans la Lettre à Dieu : Est-ce à dire qu'elle ne soit qu'un tissu de fades bondieuseries et de rancoeurs mal éteintes ? Si l'en s'en tient au seul signifié, certainement. Mais au delà de ces lèvres mouillées d'eau bénite passe encore parfois, tordue par l'invective, tendue en son outrance jusqu'au jour où se fêle le sens, une voix unique, et qui nous restitue le meilleur Forneret !

 

 

Lettre à DIEU

 

Oh ! le Mensonge, le Mensonge, ruine du Coeur ! ! !

 


Oh! oui, t'écrire à toi, mon Dieu, en trempant ma plume dans l'âme que tu m'as soufflée !...
Oh ! oui, t'écrire pour te prier, t'adorer, te remercier, te demander pardon de toutes les fautes que l'Homme commet, à commencer par celle de se croire pur et sans péchés ; pour verser des larmes dans ton sein infini !...

La Prière ! rosée douce aux brûlures de cette vie si enivrante et si fausse, si pleine de creux dorés qui sont autant de gouffres, où viennent tomber et râler, une à une, les feuilles parfumées de nos illusions, qui lorsqu'elles sont détachées de l'arbre vert des Espérances, ces feuilles, forment autant de gouttes de sang qui vont mordre le Cœur, jusqu'à sa moëlle de tendresse et d'affection.
Mais ce que tu ne permets pas, Grand Dieu, c'est que ta religion s'émousse sur le marbre de la Face Humaine ! Oh ! non ! tu donnes au contraire ta Majesté rafraîchissante dans Tout, au plus Indigne, au plus Coupable, au plus Endurci !
Oh ! merci mille fois, pour mes souffrances de chaque jour, du pansement paternel que ta Main Suprême verse sur mon être aux abois dans ce monde troué de Vices, portant un long manteau de Masques, où chaque figure fait une grimace, jusqu'à ce qu'elle ait pris une prise d'argent dans la tabatière de la Friponnerie de haut ou de bas étage !
Pardon, mon Dieu, pardon de parler ainsi ! je ne suis plus à genoux, comme j ai voulu y être en commençant cette lettre ; à genoux pour t'invoquer pour les Autres, au lieu de m'ériger en Censeur.
Pardon pour les Petits Enfants qui ne travaillent pas, ne te prient pas, tuent les êtres du Printemps et des arbres, et qui n'aiment ni n'écoutent leur mère !
Pardon pour les Vieillards qui oublient leur jeunesse, et qu'on a été indulgent pour eux ; pour eux dont la canne conductrice doit plutôt leur servir encore pour appuyer Autrui, que pour s'appuyer eux-mêmes, car c'est un sceptre d'Expérience, de Lumières et de Raison !
Pardon pour les Jeunes Gens qui montrent d'abord leurs belles dents à l'Amour de la Terre, mais qui les laissent se carier ensuite au souffle de débauches charnelles et avinées ; et cela lorsque dans des repaires d'orgies, la magnificence de ton Soleil qui frappe Tout de ses rayons ; lorsque la tiédeur languissante des nuits de ton Eté vert et rose qui fait mourir à demi ; lorsqu'enfin l'innocence de ta Lune qui blanchit si purement l'Ame, pénètrent solennellement pour tracer en caractères divins, et dire à Chacun si ignorant des Choses Célestes !

Toujours Dieu ! Dieu toujours et tu ne sais que rire, Quoi ! Dieu te tient le livre et tu ne veux pas lire!...

Pardon pour Ceux qui n'aiment pas voir le Chagrin, la Misère, le Désespoir, l'Agonie, pour y apporter quelqu'adoucissement, crainte de laisser quelque chose de leurs joies ou de leurs richesses aux épines de ces tortures de l'Existence Humaine!
Indulgence, mon Dieu, pour tous ceux des Ministres de ton Culte qui trop souvent n'en portent que le nom et la soutane. Relève-les, lorsqu'ils s'abîment en se heurtant dans les vanités de leurs Cérémonies Religieuses, dans le luxe sans frein, jaillissant de toutes parts dans leurs temples, comme s'il y fallait plus que ton Image et des dalles, pour se prosterner et adorer !...
Pardon pour la justice ou passionnée, ou indifférente, ou dormeuse, qui possède dans ses enceintes un CHRIST, un Christ à qui elle tourne le dos !
Pardon pour les Lâches qui ne te prient que lorsqu'ils sont plongés dans les flammes du Malheur - qui, lorsqu'ils étaient en pleine mer du Bonheur, ne songeaient pas d'où leur venait ce vent des Anges qui gonflait leurs jours de Calme et de Délices ! - Quant à moi, tu le sais, mon Dieu, pour les félicités, comme pour les rudes épreuves que tu as daigné répandre sur ma vie, j'ai toujours incliné humblement mon esprit et mon coeur vers ton Immense lumière, pour te remercier d'avoir permis à l'un et à l'autre d'y prendre feu !
Oh ! mais pardonneras-tu, Grand Maître du Ciel et de la Terre, à l'Être qui brise un autre Être poussé par l'Orgueil, la Vanité, l'Égoïsme travestis en Amour ? Lui gardes-tu quelques fleurs de ton Paradis, quelque coin de ton Trône à Celui qui se laisse caresser sa tête de Serpent sans montrer son venin, mais qui le coule à petits bruits, à petits flots, sans en verser une goutte à côté d'un coeur généreux, bienfaisant, affectueux.

N'auras-tu pas horreur, Seigneur de Bonté, que fort d'un Passé à triple gangrène, On s'en serve avec effronterie, pour Tromper, en prononçant devant TOI un Faux Serment qui devrait former avec toutes les lettres dont il se compose et en sortant par les bouches infâmes, autant de pointes aiguës qui après en avoir mutilé les lèvres, mis la poitrine à nu, iraient se planter à la place du Coeur, pour y dessiner ces mots:

« VIDE DE DIEU, VIDE D'AMOUR!»

Qu'ensuite il ferait bon voir le Parjure pétrifié au lieu tenu par son Sacrilège, mais pétrifié par degrés, souffrant horriblement, et n'exhalant sa dernière souffrance qu'au dernier regard jeté par le dernier de tous les Humains qui passeraient devant lui en procession, un à un pour l'édification du Monde ! Non ! pas un châtiment éternel, car il semble, mon Dieu, que le plus profond de tes Mépris, ce doit être le NÉANT.

Rendre martyr, c'est en quelque sorte demander si on l'est ; ANÉANTIR, c'est l'absence de toute question, de tout souci, de toute préoccupation ; c'est la poussière qu'on foule sans en regarder le grain.
Oh, oui ! le Néant ! le Néant...
Mon Dieu, que dis-je, en présence de ta Charité et de ton amour ?
Ah ! qu'il faut ressentir terriblement tous les coups portés sur moi, étendu que je suis sur une affreuse roue morale, pour oser me plaindre à TOI, au point d'être assez fou pour t'indiquer un châtiment à clouer au Corps d'un de tes Pécheurs ! Mais tu me regardes, comme tu regardes Tout, et tu vois qu'on a tiré de l'Enfer par ordre de Satan, une créature à forme féminine qui, en faisant son tour de Turpitudes, de Mensonges et d'infamies au Monde, est entrée dans ma maison (d'un père, pour Elle qui se mourait de corps) non pas en me disant: « J'ai péché, je ne vous connaissais pas, je ne crains pas une confession générale ; elle seule peut au contraire débarrasser la Conscience pour réédifier la Vertu. Écoutez ! Consolez-moi ! J'ai souffert ! Soyez Noble, Généreux, Grand ! - Tenez voilà des Larmes, et puis encore des Larmes ! C'est de la fange qui sort de moi, c'est vrai ; mais aussi c'est une Purification, car elles ne coulaient pas, refoulées ou plutôt étouffées qu'elles étaient par les pensées de Perdition que je me plaisais à caresser, Je vous aime, voyez-vous, je vous aime, car je ne redoute pas de vous perdre si vous me trouvez assez impure pour ne pas vouloir de moi comme amante. Mais Frère, Frère, je ne vous tromperai pas, je vous avouerai Tout, je m'humilierai (Toute) (Entière) à vos pieds ! Et alors, Frère, ne me relèverez-vous pas en me pressant la main ?... » Oh ! je la lui eusse serrée des dix doigts d'une Amitié de Bronze ! !

Non, non ! au lieu de cela, mon Dieu, cette créature odieusement contrefaite de vices, recouverts d'un poison musqué, a Rêvé mon adoration, son bien-être, sa vie de quiétude et de luxe, et a cherché à m'enfoncer son Hypocrisie dans ma Vérité de sentiments... Mais, Seigneur, tu n'as pas permis qu'elle y entrât jusqu'à la garde, m'ayant toujours envoyé pour me défendre une défiance qui si elle me faisait saigner, devait toujours au moins m'empêcher de mourir moralement !

En vue de Toi, mon Divin Maître, j'ai, encore, en père, jeté, Elle aidant, la grande Pécheresse dans une de tes saintes Boîtes de Pénitence. Puisse-t-elle t'arriver, par là, couverte des fruits de la Prière pour être une fleur du Repentir !

 

 

XAVIER FORNERET.

En mon pavillon de Mimande, ce 21 juin 1846.

 

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