Par Minotaure
FRANCES FARMER
un destin broyé par Hollywood
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Le cinéma Hollywoodien n'a pas toujours été une qu'une usine à rêve.
Pour certains il aura plutôt été un enfer dont on ne sort plus.
Témoin l'histoire de cette actrice aujourd'hui méconnu et à qui Hollywood ne pardonna pas son esprit indépendant.
19 septembre 1914
Naissance, à Seattle (Etat de Washington), de Frances Farmer, fille d'Ernest Farmer et de Lillian, née van Ornum.
Durant et après la guerre, la situation financière de la famille Farmer s'altère gravement.
Le père avocat, néglige ses affaires et a de fréquentes disputes avec Lillian Farmer, femme autoritaire et dominatrice.
Il se met à boire, et quitte finalement les siens en 1919.
Automne 1929
Frances entre au Lycée de West Seattle.
1931
Elle suit les cours de «creative writing» de Belle McKenzie et publie un essai : «Dieu est mort» dans la revue «National Scholastic», pour lequel elle remporte un prix. Scandale local : Frances est dénoncée dans les églises comme un symbole du paganisme.
1932
Divorce d'Ernest et Lillian Farmer.
Frances entre à l'Université de Washington avec l'intention de devenir reporter.
Déçue par le conservatisme de l'Ecole de Journalisme, elle change d'orientation.
Elle prend part aux activités de la section théâtrale locale, et après quelques figurations et petits rôles, fait sa première apparition dans «Oncle Vania».
1935
Frances remporte son premier succès critique dans «Alien Corn» de Sidney Howard.
A la même époque, 4000 citoyens de Seattle, regroupés au sein des «American Vigilantes», dénoncent un «complot communiste» contre l'Etat de Washington et opèrent des descentes dans les librairies et organisation de gauche.
Vive protestation sur le campus. Frances est choisie par le journal communiste «The Voice of Action» pour un voyage à Moscou.
Scandale considérable, exploité par Lillian Farmer, qui lance une campagne de presse pour dénoncer l'emprise du «communisme international» sur sa fille.
Mai 1935
De retour aux Etats-Unis, Frances se déclare enthousiasmée par le théâtre russe et décide de rester à New York pour y mener une carrière d'actrice. Elle engage un imprésario et tourne un essai pour la Paramount, qui la prend sous contrat.
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Février 1936
Epouse l'acteur Leif Erickson.
Partenaire de Bing Crosby dans RHYTHM ON THE RANGE. Au vu des rushes de ce film, Howard Hawks s'enthousiasme pour elle. Il l'engage pour tenir un double rôle dans LE VANDALE et déclarera plus tard :
«C'est sans doute l'actrice la plus douée avec laquelle j'ai jamais travaillé».
Frances devient alors, après Carole Lombard, Claudette Colbert et Marlene Dietrich, une des stars les plus en vue de la Paramount.
Elle conserve cependant une totale indépendance à l'égard d'Hollywood, refuse obstinément les contraintes du vedettariat, fait scandale lors de la première, à Seattle, du VANDALE.
Le studio s'inquiète de son comportement: Frances s'abstient de tout maquillage lorsqu'elle ne tourne pas, s'habille n'importe comment, refuse de donner des interviews, participe à des réunions pacifistes, soutient les Loyalistes espagnols et milite pour les ouvriers agricoles de San Joaquin Valley (Californie)...
eté 1937
La presse de la côte Est lui consacre des articles élogieux.
Elle fréquente les milieux théâtraux new-yorkais et se voit offrir par Harold Clurman, directeur du Group Theatre, le rôle féminin principal de «Golden Boy» de Clifford Odets.
Elle remporte un succès considérable dans cette pièce, qui marquera une date-clé dans l'histoire du théâtre américain.
1939
Retourne à New York. Après avoir essuyé deux échecs successifs dans «Quiet City» d'Irwin Shaw et «Thunder Rock» de Robert Ardrey, elle décide de s'éloigner du Group Theatre.
Odets s'efforce de la retenir et a avec elle une brève et orageuse liaison.
Au terme de celle-ci, Frances renonce à apparaître dans l'adaptation de «Cinquième Colonne» de Hemingway.
La communauté théâtrale ne lui pardonnera pas cette «trahison», et l'accusera plus tard d'avoir causé la faillite du Group Theatre.
1940
Retourne à Hollywood pour reprendre sa carrière cinématographique.
1941
Commence un roman autobiographique « God's Peculiar Care».
Premiers troubles psychiques, dus au surmenage, à l'alcool et à la consommation régulière de Benzedrine (drogue qui est alors en vente libre et renommée pour ses vertus diététiques).
1942
Le 19 octobre, elle est arrêtée pour non-respect du couvre-feu (elle roulait pleins phares dans une zone «code»).
Après une vive altercation avec la police, qui l'accuse de conduire en état d'ébriété, elle est condamnée à 6 mois de prison avec sursis.
Dans l'impossibilité de travailler à Hollywood, elle part au Mexique où elle participe à une production indépendante HOSTAGES. Le tournage débute dans des conditions désastreuses ; Frances quitte le plateau et retourne à Hollywood.
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1943
Pour se rétablir, elle accepte le premier rôle qui lui est offert, dans un film de la Monogram: I ESCAPED FROM THE GESTAPO, réalisé par Harold Young, avec Dean Jagger et John Carradine.
Le 13 janvier, elle a une violente dispute avec sa coiffeuse, Edna Burge, qu'elle frappe. Sur plainte de cette dernière, la police fait irruption dans sa chambre. Arrestation mouvementée.
Frances se débat, insulte les policiers... Elle perd le bénéfice du sursis, et doit purger ses 180 jours de prison.
Devant la violence de sa réaction, un psychiatre, le Dr. Leonard, diagnostique une psychose maniaco-dépressive et recommande l'internement.
Frances est admise au sanatorium de La Crescenta (San Fernando Valley) et soumise pendant plusieurs mois à des injections d'insuline.
Lillian Farmer la fait libérer et la recueille chez elle. Lorsque Frances lui annonce qu'elle compte arrêter sa carrière, Lillian s'alarme et a avec sa fille une violente altercation.
Persuadée que son «enfant» a perdu la raison, elle entreprend des démarches en vue d'un nouvel internement.
Demande accordée - en l'absence d'avocat - par un juge dévot, membre des «Vigilantes», et par un psychiatre célèbre pour avoir fait enfermer de nombreux gauchistes et «indésirables»...
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24 mars 1944:
Frances est internée à l'Hôpital psychiatrique de Steilacoom, où elle est soumise pendant trois mois à des «soins» intensifs (électrochocs, hydrothérapie).
24 juillet 1944 :
Elle est relâchée et confiée à la garde de sa mère. Les journalistes, convoqués pour une conférence de presse, trouvent l'actrice sereine, coopérative et disposée, selon toute apparence, à reprendre son métier.
Mais Frances fugue par deux fois et se fait arrêter pour vagabondage.
Janvier 1945
Suite à une nouvelle fugue, elle est ramenée chez sa mère, qui prend prétexte d'une visite faite, à son insu, chez des amis, pour alerter la police.
Frances est réinternée à Steilacoom. Elle y restera cinq ans, au pavillon des «incurables», dans une atmosphère concentrationnaire :
hygiène inexistante, promiscuité, sévices, viols répétés...
"J'ai été violée par des plantons, rongée par des rats et empoisonnée par la nourriture avariée. J'ai été enchaînée en cellules, enfermée dans des camisoles de force et à moitié noyées dans des bains glacés".
1948
Un des plus célèbres neurologues américains, le psychiatre Walter Freeman, se rend à Steilacoom pour y démontrer un nouveau traitement de la schizophrénie, dont il est l'inventeur :
la lobotomie «transorbitale»
(opération qui consiste à sectionner les nerfs reliant le cortex au thalamus en introduisant une aiguille d'acier entre le globe oculaire et la paupière du patient).
Il examine Frances en grand secret...
Ceux qui approcheront la malade dans les semaines suivantes s'émerveilleront de sa docilité. Frances la rebelle est morte...
23 mars 1950
Frances, jugée apte à mener une vie «normale», regagne sa maison natale.
1954-1958
Elle est engagée comme femme de ménage dans un hôtel.
Elle tentera un comeback et tournera encore quelques films et une emission télévisée sans grande consistance.
1965
Licenciée après plusieurs incidents (apparition à l'antenne en état d'ébriété, pertes de mémoire, etc.). Elle passe les dernières années de sa vie dans un pavillon de banlieue, en compagnie d'une amie, et enregistre avec une journaliste plusieurs heures d'entretiens qui serviront de base à son autobiographie posthume, «Will There Really Be a Morning ?».
1er août 1970
Frances Farmer meurt d'un cancer de l'oesophage.
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L'histoire de Frances Farmer est, avec celle de Judy Garland et de Marilyn Monroe, une des grandes tragédies d'Hollywood. La plus obscure, et pourtant la plus révélatrice : l'histoire d'une vocation bafouée ; d'un combat acharné contre l'hypocrisie ; et finalement d'une revanche secrète de la dignité.
La chronique d'Hollywood regorge de déviants, de rebelles, de martyrs oubliés. Aucun n'eut le courage et l'endurance de Frances Farmer que l'Amérique conservatrice, les grands studios et l'establishment psychiatrique conspirèrent à briser...
En 1982, le film Frances, réalisé par Graeme Clifford, raconte le calvaire et la déchéance de Frances Farmer. Le rôle-titre est interprété par Jessica Lange.
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témoignage de Jessica Lange:
" Frances n'était pas folle, elle était en avance sur son temps. Elle représentait une menace parce qu'elle était profondément sincère et indépendante. C'était une femme très compliquée. Elle avait une vitalité, une énergie et une honnêteté considérables. Ces attributs furent encore magnifiés par sa beauté naturelle et son intelligence. Elle dérangeait beaucoup de gens, qui devinrent extrêmement vindicatifs à son égard parce qu'ils ne pouvaient ni la comprendre ni la contrôler.
Pour être fidèle à la diversité de son caractère, j'ai fait l'effort le plus soutenu et le plus intense de toute ma carrière. Je n'ai jamais autant travaillé ;j'en suis sortie épuisée, mais comblée d'avoir eu cette chance... "
p.s. :en ce qui concerne les traitements subits lors de son internement (viols, lobotomie...) il est à noter que Jean Ratcliffe, auteur de l’ouvrage choc qui décrit les sévices subis par Frances a finalement admis avoir exagéré certains détails. Tout ceci est donc à prendre avec des pincettes.
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