Par Minotaure
" les mots nous barrent la route " déclare Nietzsche dans Aurore
"Nous mettons un mot là où débute notre ignorance"
(Fragments posthumes)
pour Nietzsche, le language est déjà interprétation, les mots ne sont jamais des "vérités"
Il s'agit de construire un nouveau langage
Voici donc quelques mot-clés du vocabulaire Nietzschéen:
Vérité
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La réflexion nietzschéenne remet en cause la légitimité de la notion de vérité et montre que la compréhension de la philosophie comme recherche de la vérité repose sur des présupposés qui n'ont jamais été interrogés.
Pourquoi vouloir la vérité ?
Pourquoi ne pas préférer l'erreur ?
Cette vénération quasi-religieuse de la vérité, suppose une préférence fondamentale qui n'est pas reconnue pour telle, encore moins justifiée.
Dans ces conditions, il apparaît donc que la vérité est une valeur, et non pas une essence objective.
Nietzsche montre de la sorte que la problématique des valeurs est plus profonde que celle de la vérité, et justifie du même coup la nécessité d'une réforme radicale du questionnement philosophique :
« La question des valeurs est plus fondamentale que la question de la certitude : cette dernière ne devient sérieuse qu'à condition que la question de la valeur ait déjà trouvé réponse ».
Connaissance
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Nietzsche repense le statut de la connaissance dans la perspective de l'interprétation.
Loin de livrer une authentique objectivité, le connaître est ramené à un type particulier de déformation, de falsification interprétative.
Fondamentalement, il représente donc une forme inconsciente d'activité artistique.
" La connaissance est falsification de ce qui est polymorphe et non dénombrable en le réduisant à l'identique, à l'analogue, au dénombrable. Donc la vie n'est possible que grâce à un tel appareil de falsification ».
Affect
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C'est un des traits caractéristiques de la réflexion de Nietzsche que la critique du primat de la raison et la reconnaissance du privilège de la sensibilité.
Mais Nietzsche ne se contente pas d'inverser la hiérarchisation traditionnelle de ce couple :
simultanément, il radicalise le statut de la sensibilité pour constituer une théorie de l'affectivité entièrement renouvelée.
C'est ce mouvement qu'exprime la notion d'affect, plus profonde que la simple passion, et caractérisée, à un premier niveau, par son degré de vivacité :
les affects sont « les plus violentes puissances naturelles »
Le terme d'affect est à rapprocher de ceux d'instinct et de pulsion, dont il ne se distingue en fait que pour souligner la dimension intrinsèquement passionnelle de ces processus infra-conscients - on pourrait dire aussi bien qu'il insiste sur la dimension inconsciente de l'affectivité.
Ressentiment
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Le ressentiment est un affect : plus précisément, une forme de haine rentrée, caractérisée par l'impuissance, et s'exprimant comme volonté de vengeance, avec cette spécificité toutefois qu'elle ne se traduit pas par une lutte frontale mais par la recherche d'un dédommagement imaginaire.
le ressentiment est l'affect d'une volonté vaincue qui cherche à se venger, c'est-à-dire qu'il est le symptôme d'une vie décroissante, qui ne s'est pas épanouie.
Cette vengeance s'exprimera par des valeurs créées pour lutter contre les forts, en dévalorisant leur puissance (le fort devient le méchant par opposition au bon).
Ainsi, selon Nietzsche, la pitié, l'altruisme, toutes les valeurs humanitaires, sont en fait des valeurs par lesquelles on se nie soi-même pour se donner l'apparence de la bonté morale et se persuader de sa supériorité ;
mais sous ces valeurs illusoires fermente une haine impuissante qui se cherche un moyen de vengeance et de domination.
Le christianisme, l'anarchisme, le socialisme, etc. sont des exemples de morales du ressentiment.
Le nihilisme
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« Ma préoccupation la plus intime a toujours été la décadence »
(Considérations inactuelles)
dit Nietzsche, et c'est le spectacle de celle-ci qui l'amène à dénoncer cette maladie mortelle des temps modernes, qu'il nomme "nihilisme" .
Remarque énigmatique du Gai Savoir:
« Le dernier terme serait le nihilisme, mais le premier, ne serait-ce pas également le nihilisme? »
Celui-ci désigne, de façon très générale la crise qui affecte notre civilisation et qui se traduit par la perte des instincts de vie, la victoire et la domination des faibles sur les forts.
Le nihilisme désigne tout d'abord le moment socratique où la vie devient réactive et la pensée active.
Mais il signifie également l'inversion des valeur vitales par le christianisme, qui transforme en affirmation de puissance la souffrance et la lassitude d'une vie diminuée.
À la perte du vouloir vivre, correspond alors sa sublimation dans les valeurs morales et religieuses considérées comme supérieures à la vie: renoncement, abnégation, humilité, pitié, etc.
Le nihilisme est donc d'abord et essentiellement la vie dépréciant la vie.
Mais, paradoxalement, le nihilisme « désigne aussi chez Nietzsche le "pessimisme" radical consistant à dénoncer ces mêmes valeurs traditionnelles.
Cette deuxième forme de nihilisme, symbolisée par le thème de la mort de Dieu, est la révélation la plus terrible du néant de toutes les formes de l'idéalité et du suprasensible.
Mais elle n'est, en fin de compte que la conséquence logique de la première son approfondissement.
Elle se manifeste lorsque l'homme prend conscience que ces idéaux ne sont que les symptômes d'une vie décadente et morbide et qu'ils n'ont d'autre fonction que de masquer le néant que la négation de la vie creuse au coeur de l'homme.
Tel est ce que Nietzsche appelle «le nihilisme psychologique», la perte de tout sens:
« Que signifie le nihilisme ? Que les valeurs supérieures se déprécient, les fins manquent, il n'est pas de réponse à cette question : à quoi bon ? »
La vie et le devenir de l'homme se révèlent alors absurdes et sans but. C'est bien cet appel du vide et du néant qu'exprime aux yeux de Nietzsche le pessimisme de Schopenhauer.
Esprit libre
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« On appelle esprit libre celui qui pense autrement qu'on ne s'y attend de sa part en raison de son origine, de son milieu, de son état et de sa fonction, ou en raison des opinions régnantes de son temps. Il est l'exception, les esprits asservis sont la règle »
Humain, trop humain (I, § 225).
La liberté d'esprit constitue la première grande détermination du concept de philosophe tel que Nietzsche le repense.
Elle traduit son caractère « inactuel » et son courage : sa capacité à affronter l'inconnu en un questionnement authentique et radical.
Le surhumain
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Le surhumain ne doit pas être compris au sens d'une étape prochaine dans l'évolution.
« La question n'est pas de savoir quelle espèce succédera dans l'histoire des êtres à celle des hommes. L'homme est une fin. Mais la question est de savoir quel type d'homme on doit vouloir. »
Zarathoustra enseigne aux hommes « le sens de leur être » : créer, à partir de leur volonté de puissance, un homme qui, simultanément, dépasse l'homme et accomplit sa vérité.
Le Surhomme est alors cet homme supérieur dont le vouloir affranchi de tout ressentiment, de toute culpabilité, de toute négation, assume pleinement le sens de la vie sous toutes ses formes et la justifie même dans ce qu'elle a de plus ambigu et de plus effrayant.
Dur envers les autres et envers lui-même, libre d'esprit et de coeur, il affronte alors la vérité avec lucidité.
Son bonheur est de se vaincre lui-même.
« Tous les dieux sont morts. Ce que nous voulons aujourd'hui, c'est que le surhomme vive. »
Volonté de puissance
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« l'essence la plus intime de l'être est la volonté de puissance. »
Notion centrale de la pensée de Nietzsche, la volonté de puissance n'est pas une forme de volonté au sens qu'a classiquement ce terme dans la tradition philosophique.
Pas davantage la volonté de puissance ne signifie-t-elle le désir de domination, ni l'aspiration au pouvoir :
une telle lecture, relevant de la psychologie empirique la plus plate, interpréterait de manière réductrice la puissance comme pouvoir ou autorité politique, formes subalternes de la puissance véritable, qui est bien davantage maîtrise de soi.
Elle indiquerait généalogiquement l'exact contraire de ce que pense Nietzsche :
l'aspiration au pouvoir (que l'on n'a pas et n'est pas) traduit en effet à ses yeux une forme de faiblesse et de manque, quand la formule de volonté de puissance veut signifier la force surabondante.
Éternel retour
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L'éternel retour, sans nul doute la pensée la plus difficile de l'univers de réflexion nietzschéen, est presque toujours qualifiée par Nietzsche de « doctrine », c'est-à-dire désignée comme l'objet d'un enseignement, celui de Zarathoustra.
Nietzsche la présente comme la forme la plus haute d'affirmation qui puisse se concevoir
La première difficulté tient à la multiplicité des modes de présentation de cette pensée puisque Nietzsche l'introduit tantôt sous une la forme d'un raisonnement d'allure scientifique (à la manière d'une doctrine cosmologique), tantôt sous forme d'expérience, personnelle ou proposée au lecteur.
La première formulation, représentée principalement dans les textes posthumes de l'époque du Gai Savoir, conteste l'hypothèse d'un état final de l'univers en se fondant sur l'infinité du temps et le caractère fini de la quantité des forces : de sorte que tous les états de la réalité doivent se répéter,
« et ainsi de celui qui l'engendra comme celui qui en va naître et ainsi de suite en avant et en arrière ! Tout a été là d'innombrables fois en ce sens que la situation d'ensemble de toutes les forces revient toujours. »
(FP du Gai Savoir, 11 [202]).
Le paragraphe 341 du Gai Savoir constitue un bon exemple en revanche du second mode de présentation, comme mise en place d'une expérience aboutissant à une question : il interroge le lecteur sur ce que serait sa réaction face à la révélation du fait que sa vie se répétera éternellement à l'identique.
Il s'agit donc d'en étudier les effets sur celui qui est soumis à un choix, et le texte envisage deux attitudes possibles :
le désespoir d'une part, l'ivresse et l'enthousiasme d'autre part.
LE POIDS FORMIDABLE.
- Que serait-ce si, de jour ou de nuit, un démon te suivait une fois dans la plus solitaire de tes solitudes et te disait : « Cette vie, telle que tu la vis actuellement, telle que tu l'as vécue, il faudra que tu la revives encore une fois, et une quantité innombrable de fois; et il n'y aura en elle rien de nouveau, au contraire ! il faut que chaque douleur et chaque joie, chaque pensée et chaque soupir, tout l'infiniment grand et l'infiniment petit de ta vie reviennent pour toi, et tout cela dans la même suite et le même ordre - et aussi cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et aussi cet instant et moi-même. L'éternel sablier de l'existence sera retourné toujours à nouveau - et toi avec lui, poussière des poussières ! » - Ne te jetterais-tu pas contre terre en grinçant des dents et ne maudirais-tu pas le démon qui parlerait ainsi? Ou bien as-tu déjà vécu un instant prodigieux où
tu lui répondrais: «Tu es un Dieu, et jamais je n'ai entendu chose plus divine ! » Si cette pensée prenait de la force sur toi, tel que tu es, elle te transformerait peut-être, mais peut-être t'anéantirait-elle aussi; la question «veux-tu cela encore une fois et une quantité innombrable de fois», cette question, en tout et pour tout, pèserait sur toutes tes actions d'un poids formidable ! Ou alors combien il te faudrait aimer la vie, que tu t'aimes toi-même pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation ! -
Le Gai Savoir § 341
Je me suis servi pour ce billet du livre de Patrick Wotling: Le Vocabulaire de Nietzsche
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