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Elisabeth Nietzsche

à gauche, Lisbeth à 14 ans, le jour de sa confirmation.

à gauche, Lisbeth à 14 ans, le jour de sa confirmation.

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La petite soeur

 

Nietzsche avait deux ans lorsque sa soeur Elisabeth vint au monde dans la demeure familiale au presbytère de Roecken.
Convaincue d'appartenir à une lignée aristocratique dès son plus jeune âge, Elisabeth manifesta toute sa vie un profond mépris pour les gens du peuple.

 

le père décéda à 36 ans alors que les enfants avaient respectivement 3 et 5 ans, d'une maladie neurologique (probablement une tumeur cérébrale) qu'Elisabeth ne voulu jamais reconnaître.
 

Son esprit falsificateur inventa une mort accidentelle, le père aurait trébuché sur une marche de pierre.
Plus tard, elle aura la même attitude envers la maladie de son frère.
le jeune Friedrich était flatté par l'adoration de sa soeur, mais l'obtention d'une bourse d'étude pour aller étudier au collège militaire de Pforta sépara les deux enfants.

 

Elisabeth restait néanmoins la confidente de son frère et ne tolera pas les sentiments qu'eut son frère pour une jeune berlinoise  en classe de terminale. Attitude que l'on retrouvera plus tard à l'occasion de de la rencontre avec Lou Salomé.
 

Des maux de tête insupportables amenèrent Friedrich à consulter un médecin qui diagnostica une maladie vénérienne. Le traitement l'aurait provisoirement soulagé mais la maladie ( probablement la syphilis ) continuera son évolution.
 

Nommé au poste universitaire de professeur de philologie à Bâle, Friedrich invita sa soeur à venir s'instaler avec lui. C'est là qu'elle fut le témoin des crises douloureuses de son frère.

 

 

1868, Nietzsche rencontre Wagner. cette relation avec le grand homme fit passer Lisbeth au second plan. Elle qui espérait tirer une gloire personnelle de cette nouvelle paternité, vit avec déconvenue la brouille qui sépara définitivement les deux hommes en 1876.

 

Entre-temps, la guerre de 1870 décida Friedrich à apporter son soutien aux côté des allemand, bien que sa nouvelle nationalité suisse eut pu l'en dispenser.
 

Evacué pour raison de santé, il rentra à Naumbourg, chez sa mère et sa soeur, puis reprit son poste à Bâle.
le désaccord politique entre friedrich et sa soeur date de cette époque, lui venait de comprendre les ambitions allemandes de conquête et s'éloignait de cet esprit patriotique auquel il avait adhéré. Lisbeth, tout au contraire s'enfermait dans des convictions nationalistes dont elle ne sortira plus.

 

La rupture idéologique consommée, Nietzsche commença à remettre en question sa vocation de philologue et envisagea d'abandonner son poste et la pension qui allait avec, au grand dam de sa soeur qui voyait décliner son espoir de devenir un jour la soeur d'un grand professeur.
 

Nietzsche nourissait des projets de création d'un théâtre, aidé de Wagner mais intervint la rupture avec le maître, accusé de s'abaisser à l'antisémitisme, rupture qui amoindrissait encore plus les prétentions de Lisbeth à devenir une "grande dame"

 

 

Les symptômes de son frère ne cessaient de l'inquiéter, non pour lui-même, mais surtout pour les conséquences que pourraient avoir la mort de son frère sur son propre destin.

 

Nietzche pris alors une année sabbatique pour fuir en Italie à la recherche d'un climat plus favorable à sa santé, sans Elisabeth qui restait à Bayreuth, accompagnée de Malwida von Meysenbug, et put ainsi rester dans le giron Wagnerien, assistant aux représentations et même aux répétitions des oeuvres du maître.
 

Rassurée de se voir capable de voler de ses propres ailes dans le "grand monde", elle fit la rencontre de celui qui allait devenir plus tard son mari, Bernard Förster, fervent patriote et admirateur de Wagner, rêvant de "rescussiter l'Esprit Allemand Authentique".
 

Nous verrons plus tard que les ambitions d'Elisabeth suivront celles de son Bernard Förster de mari, "le frère ayant tout fait pour se retrouver seul."
 

En Italie, Nietzsche rencontre Paul Rée, un ancien élève dont il apprécie les pamphlets anti-chrétien, et sa critique du zèle patriotique.

Elisabeth verra d'un très mauvais oeil cette nouvelle amitié qui la séparait encore plus de son frère et confortée par les raisonnements spécieux de Bernard Förster, en déduisit que ce Rée était certainement juif.
 

Nietzsche ne fit aucun cas des avertissements de sa soeur et c'est à cette époque qu'il écrivit "Humain, trop humain", un livre composé de cent trente huit aphorismes, tous plus irrespectueux les uns que les autres.
 

Elisabeth, craignant pour sa propre réputation dans le milieu Wagnérien, tenta d'empêcher la publication de ce recueil mais en vain.
 

Quant à Wagner il déclara que ce livre "marquait le début d'un déséquilibre mental.
 

Ainsi, friedrich était banni, Elisabeth ne l'était pas.

 

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Elisabeth et Lou Salomé

Elisabeth Nietzsche

 

 

 

La jeune russe

 

 

 

Rée avait une jeune amie russe venue de Saint-Petersbourg rendre visite à Malwida: Lou Salomé.
Rée était amoureux mais Lou déclinait systématiquement toute les propositions de relation autre qu'amicale. Son refus de toute relation sentimentale s'exprima de manière significative dans un rêve qu'elle fit et qui la mettait en scène, vivant avec deux hommes dans le même appartement (une vaste bibliothèque) avec trois chambres. Elle en parla à Rée qui ne trouva comme solution à cette proposition de ménage à trois, que de faire appel à son ami Nietzsche, lequel ne s'opposa pas au projet.

 

La rencontre avec Lou se fit dans une chapelle et les premiers mots de Nietzsche (« De quelles étoiles sommes nous tombés pour nous rencontrer ici ? ») troublèrent Lou qui ressentit dès lors pour le philosophe un mélange d'attirance et de répulsion.
 

Nietzsche, tombé amoureux, et dans l'impossibilité de se retrouver seul avec Lou pour lui avouer sa flamme, ne trouva d'autre solution que de faire appel à sa soeur afin qu'elle organise une entrevue.
 

C'était sans compter sur la féroce jalousie d'Elisabeth. Mais c'est grâce à l'intervention de la mère de Rée qu'un rendez-vous fut pris en Suisse entre Lou et sa mère et les deux messieurs pour une excursion touristique du lac Orta et, pour les plus courageux l'ascencion du Monte Sacro. Nietzsche et Lou finirent par se retouver seuls et ce qu'il se passa entre eux et que personne ne connait et que Lou prétendra avoir oublié, bouleversa Nietzsche qui apparut rayonnant de bonheur à sa descente du Monte Sacro.
 

 

Débordant de vie et de projets, Nietzsche retrouva Lou à Lucerne, cette fois pour demander sa main, et Lou refusa, restant sur ses projets de "Trinité". Nietzsche n'eut d'autre choix que d'accepter et pour célébrer leur accord, imagina l'incroyable photoque l'on connait: "Lou, un fouet à la main dans une charrette attelée à Rée et Nietzsche."

 

Suite à cet épisode, le petit groupe se disperse, Lou est acceuillie dans la famille de Rée, au grand désespoir de Nietzsche qui fait des pieds et des mains auprès de sa soeur pour faire venir Lou à Bayreuth.
 

Les deux femmes se rencontrèrent donc lors du festival de Bayreuth de l'été 1882 pour la première de "Parsifal", dans une atmosphère de grand-messe Wagnerienne, que Nietzsche était ravi d'éviter.
 

Les sentiments de haine et de jalousie qu'il était facile de prévoir entre Lou et Elisabeth, furent immédiats. Lou, que tous les hommes regardaient y compris celui qu'Elisabeth s'était promis d'épouser, devenait sa pire ennemie. Comme cela était prévu, Lou et Elisabeth rejoignirent néanmoins Nietzsche à Tautenburg. Les médisances d'Elisabeth pour éloigner son frère de la jeune russe furent vaines. Lou passa le plus clair de son séjour avec Nietzsche, laissant Elisabeth ruminer sa vengeance.
 

Avant de partir, Lou laissa à Nietzsche un poème d'adieu intitulé "prière à la vie" et rejoignit Paul Rée pour une vie commune quoique chaste.
de son côté, Elisabeth répandait les rumeurs les plus ignobles envers sa rivale allant jusqu'à tenter de la faire expulser par la police prussienne, pendant que Rée détournait les dernières lettres de Friedrich adressée à Lou.
Nietzsche se retrouvait le plus seul des hommes comme l'avait souhaité sa soeur qui pouvait maintenant diriger son énergie vers un autre homme, Bernard Forster.

 

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Bernard Forster et Elisabeth

 

Elisabeth Nietzsche

 

 

Bernard Forster

 

 

 

De son côté, Bernard Forster ne chomait pas: pétition antisémite auprès de Bismarck, activités racistes inspirées des délires Wagnériens. Cela lui couta son poste d'enseignant tant sa férocité à l'égard des juifs dépassait ce qui était acceptable.
 

L'idée de faire migrer des colons en vue de préserver la race aryenne venait de Wagner. Bernard Forster, au chomage sauta sur l'occasion: il quitta l'Allemagne en 1883 pour le Paraguay, laissant Elisabeth à Hambourg qui poursuivait son projet de mariage ( Nietzsche y était opposé ) par une abondance de courriers et un soutient financier.
 

Bernard Forster, rentré en Allemagne en 1885 céda à cet entêtement et épousa Elisabeth le 22 mai. Nietzsche refusa d'y assister ("Il ne peut être question de réconciliation avec une oie antisémite vengeresse")
 

Le jeune couple entreprit aussitôt un tournée de conférences pour recruter des volontaires et des fonds pour la prochaine expédition. les résultats furent décevants mais cela ne suffit pas à les décourager et ils embarquèrent de Hambourg pour le Paraguay le 15 février 1886 au bord du vapeur "Uruguay" avec leur petit groupe de pionniers aryens pour fonder leur "Nouvelle Allemagne".

 

 

 

Mais Elisabeth s'aperçut assez rapidement de l'insuffisance des fonds et dut faire appel à la générosité des proches, famille et amis, y compris Nietzsche qui refusa catégoriquement. Les sommes récoltées ne suffirent pas et le couple dut se résigner à en passer des opérations douteuses pour ne pas dire de véritables escroqueries. Si Elisabeth ne s'embarassait pas de scrupules, habituée qu'elle était au mensonge et à la manipulation, il n'en allait pas de même pour son mari qui jugeait ces procédés proches selon lui de la manière "juive" d'accéder à la propriété.
Car cet argent devait servir à l'achat des terres de la future "Nueva Germania". Et malgré tous ces efforts, le couple dut encore accepter un "arrangement" avec le gouvernement Paraguayen pour acheter les 600 km2  du "Campo Casaccia".

 

 

 


1887: Bernard Forster part vers le nord fonder la capitale de "nueva germania", modestement appelée "Forsterröde", pendant qu'Elisabeth s'occupait à la construction de sa demeure qu'elle voulait grandiose.
 

Dans les annèes qui suivirent, Forster donna des signes de fatigue, il devint irascible et déprimé. La vie au Paraguay s'avérait plus difficile que prévue. Les maladies, les soucis financiers, les dettes en particulier, l'impossibilité de retourner en Allemagne ( Forster risquait un procès pour avoir traité un ministre de "sale juif" ), tout concourait à progressivement épuiser les Forster et leurs colons.
 

1888: Elisabeth se servit d'une arme nouvelle qui allait devenir célèbre en allemagne, la Propagande. Pour attirer de nouveaux colons, elle fit publier un article "Un Dimanche en Nueva Germania", où elle présentait la colonnie comme un nouveau paradis. En réalité la situation se dégradait. Les colons desespéraient de voir un jour la "nueva germania" telle qu'on la leur avait promise et Forster passait du délire ( Il projetait maintenant de devenir Président de la République Paraguayenne ) à l'abattement: suite au départ d'une quarantaine de familles de colons désabusés qui réclamaient remboursement, il fallait trouver 70 nouvelles familles en moins d'un an pour honorer le contrat passé avec le gouvernement lors de l'achat des terres.
 

Il délaissa alors la colonnie et Elisabeth, logeant dans un hotel minable à la recherche de prêteurs éventuels, en réalité surtout occupé à s'ennivrer plus que de raison.
 

Tomba alors cette nouvelle terrifiante: Friedrich venait d'être interné à Turin, le 3 janvier 1889. On ne sait pas si Elisabeth fut réellement affectée par cette annonce, mais ce qui était sûr, c'est que sa vie prenait un tournant innatendu. Le mari perdu dans un hotel de la région, le frère interné, Elisabeth ne savait s'il lui fallait rester et mener à bout ses projets, ou bien rentrer à Hambourg s'occuper de son frère .C'était son avenir qui était en jeu.
 

Le destin choisira à sa place lorsque le 2 juin elle reçut une lettre de son mari: "Je vais mal. Quand les choses vont-elles s'arranger ?"
Le lendemain matin, la femme de ménage découvre son corps mort dans sa chambre. Un suicide par empoisonnement qu'Elisabeth s'empressera de camoufler en "attaque nerveuse", de peur que cette mort ne donne raison à tous ceux qui prédisaient l'échec de la colonnie.

 

En l'espace de six mois toute la vie d'Elisabeth était à refaire.
 

L'année suivante, en 1890, elle dut capituler devant le montant des dettes accumulées. La colonnie fut rachetée et passa sous contrôle non-allemand.

Elisabeth Nietzsche

Elisabeth apres la mort de son mari

 

 

.... A suivre ....

Elisabeth Nietzsche

Ce billet est le résumé (maladroit) de l'excellent livre de DIANE CHAUVELOT : Élisabeth NIETZSCHE, de la sottise à la trahison, dont voici l'avant propos:

 

Précaution oratoire
Ce livre n'est pas d'un philosophe.
Ce n'est donc pas une étude de Nietzsche.

Il s'agit de l'invraisemblable et admirable histoire de sa soeur qui n'a eu sur lui aucune influence puisqu'il était déjà dément quand elle l'a pris en main.

En fait, elle ne s'est intéressée qu'à l'oeuvre déjà écrite : pour elle, un produit dont elle a voulu assurer la promotion et la rentabilité.

Et nous allons voir qu'elle y a parfaitement réussi en son temps, brouillant fâcheusement les pistes du vrai Nietzsche pour ceux qui ont voulu le retrouver.

Il ne s'agit donc pas d'une étude philosophique - et particulièrement nietzschéenne - mais d'une tentative de règlement de compte avec la connerie triomphante.

 

 

 

 

INTRODUCTION
Le sentiment dominant, net, massif, que déclenche la connaissance des actes de cette Elisabeth-là, c'est l'indignation.

 

Il n'est de petits mensonges, de petites vilenies qu'elle n'ait utilisés, depuis les cachotteries de son âge tendre jusqu'aux vraies dissimulations, aux franches tromperies de son âge adulte qui ne soient devenus des exploitations de la confiance des autres à son avantage, des détournements caractérisés, des calomnies orales et écrites, jusqu'aux faux et usages de faux qui n'aient conduit cette anti-hérôine à la gloire, à la fortune, et jusqu'aux obsèques nationales.
Et pourtant, qu'en reste-t-il, alors qu'elle devrait être connue comme le loup blanc ?

 

C'est que sa prodigieuse ascension a pris ses racines dans le terreau fécond en sottises, en mensonges, en malversations et en horreur qu'ont été la naissance et l'épanouissement du national-socialisme allemand, qui faisait sur un plan national ce qu'elle tentait sur son plan individuel. Le terreau et la plante vénéneuse se sont reconnus et soutenus l'un l'autre, mais l'écrasement de l'un dans la défaite et la honte ont effacé aussi le souvenir de la vieille dame glorieuse qui le représentait et l'illustrait.
 

Ainsi, la communauté humaine a-t-elle oublié Elisabeth Fôrster-Nietzsche, meilleure solution pour effacer l'humiliation d'avoir été à ce point grugée par une femme seule, sotte et sans culture ?
Elle représente en effet le type même de l'exemple à soigneusement dissimuler, tant elle illustre l'inverse de tout ce qu'on nous a appris comme bases nécessaires à une civilisation vivable.
Elle est le triomphe sans bavures de la malhonnêteté sur la bonne foi, de la sottise sur la finesse intellectuelle, de l'inculture globale et ridicule sur l'avancée contemporaine de la philosophie - celle de son frère en l'occurrence aux dires duquel elle n'a jamais compris un mot - mais qu'elle a essorée jusqu'à la trame, n'en exploitant que la trame justement, à savoir, des choses écrites pour elle sans intérêt, mais commercialement intéressantes et politiquement miraculeusement bien venues pour peu qu'elles soient manipulées à bon escient.

 

Une seule vertu est à lui reconnaître : son invincible capacité de travail lui permettant, et ce au delà de son quatrième âge, de mener à bien plusieurs de ses coupables activités à la fois, les conduisant toutes à leur terme, à n'importe quel prix, celui-ci étant bien entendu à payer par les autres.
 

Bref, elle illustre tous les travers et les défauts qui font horreur aux honnêtes gens, allant jusqu'à risquer de les détourner de ses seuls atouts positifs, le travail et l'efficacité, valeurs qui sont devenues tout à fait actuelles, mais où, bien souvent, la performance remplace la compétence.
 

 

 

Bien des auteurs ont dressé l'oreille à propos de cette Elisabeth : on a même eu l'audace de la soupçonner d'être une "soeur abusive". Mais cette audace est à la vérité ce qu'un pipi de chat est à un cyclone tropical.
 

H.F. Peters est tombé sur la jalousie et la méchanceté d'Elisabeth Nietzsche lorsqu'il a étudié les rapports du philosophe avec Lou Andreas-Salomé dans "Ma soeur, mon épouse" bibliographie de Lou Andreas-Salomé.
On y voit la vulgarité et la violence transparaître dans les discours d'Elisabeth tant elle détestait Paul Rée - l'ami - et haïssait Lou - l'amie.
Après cette recherche de Lou, H.F. Peters s'est attaché à ce rapport curieux entre le philosophe et sa soeur et a publié "Nietzsche et sa soeur Elisabeth", en anglais "Zarathustra's Sister", ce qui la situe mieux.

 

Plus récemment, Ben Macintyre, avec son "Elisabeth Nietzsche ou la folie aryenne", a retracé en la pistant à la trace, sur place, cette odyssée paraguayenne de la soeur de Zarathoustra qui s'est close sur le suicide du mari, le malheureux Bernard Forster, et le retour de la veuve sans ressources au pays natal, vers son frère aliéné.
Cette documentation nous permet de reprendre l'aventure de cette vie de femme dans son axe pour en découvrir la structure, encore que soit en général bien gratuite et inutile cette formule de diagnostic après-coup de gens disparus depuis longtemps. Mais la discordance est tellement béante entre cette femme de modeste extraction, de modeste formation, de modestes moyens apparents et l'extraordinaire explosion qu'a été son évolution qu'il faut bien admettre qu'une force subtile et puissante, une force venant de l'inconscient l'a conduite et poussée bien au delà de la compréhension qu'elle en pouvait avoir, jusqu'à devenir, même dénuée de tout talent, la plus grande dame de son pays en son temps. Quelle force venant de l'inconscient peut-on évoquer si ce n'est l'hystérie, une hystérie sans manifestations spectaculaires, une hystérie privée, une hystérie moderne, ne laissant place à aucun scrupule, féroce et mortifère, comme nous sommes amenés à la rencontrer aujourd'hui.

 

Car cette ascension vers la fortune et la gloire, l'apaisement de cette ambition sans cesse renaissante de ses cendres, bien plus exigeante qu'elle ne pouvait se l'avouer à elle-même, qui la poussait à haïr toute femme remarquée parce que remarquable - par son talent, par sa beauté, par sa richesse, par sa condition, par n'importe quoi puisqu'elle-même n'avait rien de remarquable, cette ambition est paradoxalement arrivée à totale satisfaction après des années d'effort, de mensonges, de travail en deux tentatives tout à fait différentes, encore que toutes deux appuyées sur un homme. Un homme dont elle fait un maître dans un premier temps pour l'exploiter dans un deuxième, selon le schéma fort clair que nous en a laissé Lacan.

 

 

La première tentative, la première page de sa vie, est ce que Macintyre a appelé "la folie aryenne". C'est la mise en acte des élucubrations de Bernard Forster, combien originales et pleines de promesses aux oreilles de la jeune fille Nietzsche, orpheline d'un père pasteur, élucubrations racistes essentiellement antisémites d'un garçon sans envergure mais exalté par l'extrême-droite dans un pays où la droite était déjà extrême. Ses tentatives de prosélytisme restaient confuses et sans effet quand Elisabeth a vu ce qu'une volonté claire et déterminée - la sienne - pouvait obtenir à la mise en pratique de cette idéologie qui restait littéraire dans les mains fines et fragiles de Bernard Fôrster. Elle a commencé par se faire épouser par cet hésitant et à le contraindre à s'exiler avec elle : si elle n'était rien en Allemagne, et lui non plus, tous les deux seraient un couple exemplaire à tenter l'aventure de fonder dans une jungle perdue une "Nouvelle Allemagne" où, là, ils seraient les rois.
 

Mais il n'a pu suivre et s'est suicidé.
Elle avait mal choisi le maître destiné au rôle d'escalier - mais comment choisir, un homme peut être faible et inconstant ?
Après cet échec, après la fuite qui l'a ramenée en Allemagne, elle retrouve son frère - un homme, un autre homme -, mais il est fou.

 

Elle va s'en emparer pour tenter sa deuxième tentative de réussite, tentative qui ne sera en rien contrariée par le frère impliqué puisqu'il reste, dément, enfermé dans une chambre et qu'on n'entend de lui que quelques rugissements animaux. L'homme de cette aventure là restera virtuel et admirable, il ne laissera disponible de lui que des écrits jusque là négligés dont Elisabeth va s'emparer par tous les moyens et utiliser à toutes ses fins.

 

Elisabeth Nietzsche

 

Diane CHAUVELOT, médecin, psychiatre et psychanalyste, fut une des élèves les plus proches de Jacques Lacan. Elle a donc été membre de l'Ecole Freudienne, de sa fondation à sa dissolution, puis co-fondatrice des Cartels Constituants. Elle s'est tournée vers l'écriture après un long coma qui a ponctué et enrichi sa carrière.

 

 

 

 

 

 

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T
Inquiétant personnage que cette Lisbeth ! Je comprends maintenant en quoi "coquine" est loin d'être approprié à un si méchant caractère. Ses projets de "nueva Germania" avec Forster... quel délire, ç'est à devenir fou... pas surprenant qu'il se soit suicidé.  <br /> C'est le genre de femme en qui on ne peut avoir confiance... c'est le moins qu'on puisse dire. Le livre de Diane Chauvelot permet, j'imagine, d'approfondir sur les causes de sa personnalité diabolique. <br /> Lou, au contraire, m'a l'air d'être une très charmante et intelligente femme.<br />      
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S
A suivre..
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