L'adaptation théatrale est de Catherine CAMUS et François CHAUMETTE
La mise en scène est signée Christophe Chaumette.
Interprêtation : Robert Angebaud.
Sur cet extrait, Robert ANGEBAUD interprète à merveille le personnage de Jean-Baptiste Clamence dans sa profession de "juge-pénitent" qu'il exerce à Amsterdam au "Mexico-City", un bar où il attend le voyageur perdu dans la brume du Zuyderzee pour lui asséner sa curieuse "confession" jusqu'au moment où nous tous comprenons que c'est en réalité un miroir que Clamence nous tend:
"Je m'accuse, en long et en large... je fabrique un portrait qui est celui de tous et de personne... Quand le portrait est terminé, comme ce soir, je le montre, plein de désolation « Voilà, hélas ! ce que je suis. » Le réquisitoire est achevé.
Mais, du même coup, le portrait que je tends à mes contemporains devient un miroir."
"Dès lors, puisque nous sommes tous juges, nous sommes tous coupables les uns devant les autres, tous christs à notre vilaine manière, un à un crucifiés, et toujours sans savoir. Nous le serions du moins, si moi, Clamence, n'avais trouvé l'issue, la seule solution, la vérité enfin...
Non, je m'arrête, cher ami, ne craignez rien ! Je vais d'ailleurs vous quitter, nous voici à ma porte. Dans la solitude, la fatigue aidant, que voulez-vous, on se prend volontiers pour un prophète. Après tout, c'est bien là ce que je suis, réfugié dans un désert de pierres, de brumes et d'eaux pourries, prophète vide pour temps médiocres, Elie sans messie, bourré de fièvre et d'alcool, le dos collé à cette porte moisie, le doigt levé vers un ciel bas, couvrant d'imprécations des hommes sans loi qui ne peuvent supporter aucun jugement. Car ils ne peuvent le supporter, très cher, et c'est toute la question. Celui qui adhère à une loi ne craint pas le jugement qui le replace dans un ordre auquel il croit. Mais le plus haut des tourments humains est d'être jugé sans loi. Nous sommes pourtant dans ce tourment. Privés de leur frein naturel, les juges, déchaînés au hasard, mettent les bouchées doubles. Alors, n'est-ce pas, il faut bien essayer d'aller plus vite qu'eux ? Et c'est le grand branle-bas. Les prophètes et les guérisseurs se multiplient, ils se dépêchent pour arriver avec une bonne loi, ou une organisation impeccable, avant que la terre ne soit déserte. Heureusement, je suis arrivé, moi ! Je suis la fin et le commencement, j'annonce la loi. Bref, je suis juge-pénitent."