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Les Présocratiques (2)

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l'École ionienne inclut à la fois les philosophes de l'École milésienne et les philosophes ioniens tels que Héraclite.
 

L’école Ionienne considérait le monde comme une série successive d’altération de la matière. Ce fut aussi l’apport des sciences dans la réflexion des hommes avec leurs logiques et leur rationalité.

 

L'École milésienne est une école fondée au VIe siècle av. J.-C. et représentée principalement par trois philosophes de la ville ionienne de Milet, sur la côte de l'Anatolie : Thalès, Anaximandre et Anaximène.
Outre la géométrie et l'astronomie, les penseurs de cette école ont apporté de nouvelles idées sur la cosmogonie (formation de l'univers), la physique et la biologie, à tel point que ce sont les philosophes de cette école qui étaient originellement appelés les Physiciens.

 

La philosophie des Milésiens était principalement axée sur la physique, et leurs études sur la nature proposent une approche méthodologique novatrice qu'on estime être un progrès décisif dans l'histoire de la pensée occidentale. Ils utilisaient en effet, non plus simplement des mythes (fables mettant en scène des divinités), mais aussi des concepts plus rationnels (les quatre éléments, le sec et l'humide, le chaud et le froid, etc.) pour expliquer les phénomènes naturels.

Il s'agit donc des premières enquêtes « scientifiques » en Occident.

 

 

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Nous avons déjà vu Thalès de Milet figurer parmi les sept Sages.


Il nous intéresse à un autre titre, puisqu'il passe pour être le fondateur de l'école Ionienne.
 

La vie de Thalès paraît s'être écoulée du dernier tiers du VIIè jusqu'au milieu du VIè siècle mais de lui aucun document authentique ne nous est parvenu.
 

Nous savons qu'il accordait à l'eau la place de l'élément principal dans la nature.
 

Encore tout imprégné de la cosmologie traditionnelle, Thalès a le mérite de partir, pour expliquer l'univers, de l'eau, primordiale et primitive, qui par un processus physique, engendre la terre, l'air, le feu, ces deux derniers n'étant que des exhalaisons de l'eau, dont la terre, de son côté, est le dépôt résiduel.
 

Ainsi, plus préoccupé de découvrir l'origine des choses que d'en discerner les diverses manifestations, il n'en pose pas moins un principe d'explication de la nature.
 

A ses yeux, les météores, comme l'univers entier, semblent admettre l'eau pour origine unique.
Le monde des choses est au milieu de l'eau et s'en nourrit. Les astres flottent sur les eaux d'en haut.

 

Sa préoccupation de remplacer l'explication mythique par une explication physique, sa manière de raisonner en arithmétique et en géométrie font de lui un des précurseurs de la science grecque.

 

 

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610-547 av. J.-C.

 


Autre grand philosophe, Anaximandre était lui aussi contemporain de Thalès. Il semble qu'il ait également beaucoup voyagé. Il se rendit sur la mer noire, dans les îles de la mer Egée, dans la Grèce continentale et bien entendu en Égypte et à Babylone.
 

Il était issu d'une famille aisée et tout comme Thalès, il étudia les mathématiques et l'astronomie. Il réalisa d'ailleurs une horloge solaire, une sphère céleste mais aussi une carte de la terre.
 

Dans le domaine scientifique, il poursuivit l'oeuvre de Thalès, dont il fut le disciple. Malheureusement son ouvrage « De la nature » - le plus ancien ouvrage rédigé en prose (peso) - fut détruit très tôt.
 

Seule une phrase fut conservée, dans laquelle il exprime son opinion sur l'infini et sur la façon dont il le concevait. Plus précisément, comme nous l'indique Théophraste, Anaximandre désignait par le terme infini la matière, Il entendait par là la matière qui n'avait cependant aucun lien direct avec l'air, l'eau et les autres éléments, c'est à dire l'amorphe, soit la matière avec laquelle tout le reste se forma, et d'une manière plus générale le monde.
 

Selon Anaximandre, l'infini est inaltérable, il ne peut se perdre et n'a pas de fin. On assiste bien entendu à des changements et à des chocs entre les éléments de la nature, mais rien ne se perd. Tout ce qui se perd aujourd'hui se recréera demain.


Anaximandre est d'ailleurs le premier à avoir utilisé le terme « d'origine », qui domina depuis en philosophie.

 

 

Anaximandre pense que la terre fut créée suite à l'assèchement de l'élément liquide, qui domina au départ.
 

Il décrète également que la terre est de forme cylindrique et est immobile au centre de l'univers.
 

Selon Anaximandre, c'est également dans l'élément liquide soumis à l'effet de la chaleur solaire, que la vie trouve sa source.
 

En raison de sa conception selon laquelle l'origine de l'homme proviendrait d'une forme animale aquatique, Anaximandre introduit l'idée de développement dans le domaine de la biologie.
 

En tant qu'astronome, physicien, biologiste et philosophe, Anaximandre est un précurseur et un grand nombre des problèmes philosophiques des siècles ultérieurs jusqu'aux années plus récentes, se sont inspirés de son système de pensées philosophiques.

 

 

 

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550 - 480 av. J.-C.

 


Anaximène arrive troisième des sages de Milet, dans l'ordre chronologique, après Thalès et Anaximandre.
 

Grand penseur qui apporta beaucoup à la pensée intellectuelle grecque. Il fut le collègue et le successeur d'Anaximandre, dans la représentation de Milet.
 

On ne dispose que de peu d'informations concernant sa vie.
 

Il ne reste malheureusement qu'un tout petit extrait de son oeuvre et sa théorie du monde ne provient par conséquent pas de sources sûres.
 

Les références à son enseignement proviennent d'un traité spécial rédigé par Théophraste.
 

D'après les extraits de son oeuvre, qui furent sauvegardés et selon d'autres sources, on sait qu'Anaximène considère que l'air est la base des êtres et est le fondement du monde matériel et du mouvement du monde. L'air est la substance fondamentale du monde, avec des propriétés tendant plus vers l'eau de Thalès, que vers l'infini d'Anaximandre.
 

L'air est l'élément le plus cinétique de tous. Il complète tout et est donc partout présent. Cause de la vie et fondement de l'interprétation de la réalité.
 

En tous les êtres il est latent ou il existe en tant que substance et selon une densité plus ou moins grande, il apparaît sous forme d'eau, de terre ou de feu.
 

D'une manière plus générale il adopte une forme particulière avec des spécificités déterminées. Au sein de l'univers, c'est d'abord la terre qui se forma. Il pensait d'ailleurs qu'elle était plate. Il attribue toutefois son fondement au plus profond de l'infini.

Des exhalations qui s'en dégageaient se transformèrent en feu et certaines de ces flammes devinrent des étoiles, qui ont la même forme que la terre et flottent au dessus du vent. La lune doit sa lumière au soleil, tandis que les éclipses de soleil et de lune ont des causes naturelles. En dehors des étoiles, qui sont visibles par l'homme, il en existe d'autres non visibles qui provoquent les éclipses de lunes.

 

 

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VIe siècle av. J,-C.

 

Héraclite est considéré comme l'un des principaux philosophes présocratiques.

 

Pour Héraclite, la genèse est le résultat de la lutte des éléments de la nature, du feu, de la guerre. Seul le feu peut donner la vie.

 

Voici quelques fragments d'Héraclite:

 

La réalité est multiple et unique à la fois.


 

Les yeux et les oreilles des hommes à l'esprit barbare sont de mauvais témoins.

 

La route qui monte et qui descend est une, c'est la même.

 

La guerre domine tout.

 

On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.

 


On ne connaît que peu de choses de sa vie. Il semble qu'il ait eu des origines aristocratiques et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il dédaignait autant la tyrannie que la démocratie.
 

Il était mélancolique, asocial et dédaigneux selon certains. Mais il était aussi indépendant et possédait une réelle force de caractère.
 

Voyant que la démocratie aboutissait souvent à l'anarchie, Héraclite démissionna du poste élevé auquel lui donnaient droit ses origines aristocratiques et il se retira totalement de la vie publique pour se retrancher dans la solitude du célèbre temple d'Artémis.

 


En tant que philosophe il exprima des pensées originales et d'une importance majeure. Il est l'un des premiers philosophes à avoir évoqué la mutation et l'évolution des êtres. Il considérait que le feu était un élément majeur de la matière. Le feu qui évolue, se transforme d'abord en eau, puis en terre et en pierre, pour finalement reprendre sa forme initiale, c'est à dire devenir à nouveau feu, suivant un mouvement circulaire stable.
 

Sa philosophie concernant l'évolution se résume par sa célèbre phrase: « tout coule », mais aussi par le dicton « On ne se baigne jamais deux fois dans les eaux du même fleuve ».
 

Contrairement aux philosophes élégiaques, qui croyaient à l'immobilité, Héraclite pensait pour sa part que toute genèse est le résultat des éléments de la nature se trouvant en perpétuelle lutte et en opposition.

C'est de la lutte des éléments que naît l'harmonie. La permanence des choses est apparente et est due au fait que des forces contraires s'équilibrent de manière passagère. Aucune vie ne serait possible sans cette opposition. C'est pour cette raison qu'il prône la lutte des éléments en tant que géniteur de tout et le feu comme mobile. Un surplus de chaleur signifie un mouvement superflu et un surplus de conscience. Un surplus de froid signifie l'immobilité, la mort. Dans son oeuvre intitulée « De la nature », il ne suit pas une méthode basée sur l'analyse et les preuves - il ne prend en compte aucune objection ou difficulté pouvant émaner du lecteur - mais adopte au contraire un style fait d'aphorismes, doté d'images nombreuses, faisant souvent penser aux présages d'un oracle.
 

C'est pour cette raison qu'Héraclite était considéré par beaucoup comme le philosophe « obscur ».
 

Diogène Laërte indique: lorsqu'Euripide donna à Socrate l'oeuvre d'Héraclite, puis lui demanda ses impressions après qu'il en eut fait la lecture, Socrate rétorqua:

« ce que j'en ai compris est important, mais je pense que ce que je n'ai pas réussi à comprendre l'est autant. Il faut cependant être un nageur de l'esprit hors pair pour ne pas se noyer dans son livre ».
 

Bien que nous ne possédions pas l'intégralité de son oeuvre, Héraclite est sans doute le philosophe essentiel parmi les philosophes présocratiques. Il était doté d'un esprit universel et sa philosophie constitue en de nombreux points cruciaux une vision originale du monde. C'est un dialectique mais aussi un matérialiste simpliste.
 

C'est pour ces raisons que sa philosophie eut une grande influence non seulement durant l'Antiquité mais surtout au cours des années récentes, sur la philosophie d'Hegel et sur celle de Nietzsche.

 

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Vè siècle av. J.-C.

 

Leucippe est probablement le fondateur de l'atomisme. Aristote et Théophraste le citent explicitement comme étant à l'origine de la théorie atomiste.
 

Selon cette théorie, les principes premiers de la réalité sont le plein, le vide et le mouvement :

« Il estimait que toutes les choses sont illimitées et se transforment mutuellement les unes dans les autres, et que l'univers est à la fois vide et rempli de corps. » (Diogène Laërce, IX, 30)

 

Cette pensée radicale retire aux dieux leurs potentialités spirituelles, fait de l'âme une chose matérielle et rend les arrière-mondes impossibles.
 

Les dieux, l'âme et les autres mondes deviennent de ce fait réalité perceptibles, concrètes. Ils ne peuvent plus exister que sous une forme matérielle, ils ne peuvent plus s'occuper des humains, les juger et leur envoyer toutes sortes de souffrances et de catastrophes.
 

Cela met l'homme face à lui-même, sous son propre jugement et non sous celui d'une divinité.
Selon Michel Onfray:

« Les dieux s'effacent doucement et laissent la place aux hommes : le matérialisme de Leucippe prépare l'éviction du divin et rend possible le sacre de l'humain ».

 

Remarquons que cette pensée est émise au moment où les mythes, fables et religions commencent à être mis en doute.

 

L'atomisme de Leucippe a été repris et popularisé par son élève Démocrite.
 

Aux théories physiques et cosmologiques originales, celui-ci ajoutera en propre les conséquences éthiques qu'il convient de tirer de la physique de Leucippe.

 

L'agencement des atomes, chez Leucippe, forme toute chose de l'univers et produit des simulacres.
 

Ces derniers sont en fait de petites particules en suspension dans le vide qui vont pénétrer dans l'être humain pour y apporter des informations.
Les simulacres stimulent ainsi les cinq sens humains. La vérité se trouve donc uniquement dans les phénomènes.

 

Nous ne possédons aucune des œuvres de Leucippe à proprement parler : elles sont comprises dans celles de Démocrite, et il est pratiquement impossible de distinguer leurs idées respectives.

 

 

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470 ou 460 av. J.-C. - 361 ou 360 av. J.-C.

 

Démocrite d’Abdère, né vers 460 av. J.-C. à Abdère et mort en 370 av. J.-C., est un philosophe grec considéré comme un philosophe matérialiste en raison de sa conception d'un Univers constitué d'atomes et de vide.

 

Il fut éduqué par des mages perses qui lui apprirent la théologie et l’astronomie, après que Xerxès Ier, roi des Perses, eut atteint Abdère en 480 av. J.-C.6 puis fut le disciple de Leucippe, actif vers 440 av. J.-C.
 

Après avoir hérité d’une forte somme d’argent de son père, il voyagea beaucoup.
 

Démocrite apprit la géométrie auprès des prêtres d’Égypte, et l’astrologie en Perse.
 

Il aurait également voyagé en Inde, où il aurait rencontré les gymnosophistes, en Éthiopie et en Babylonie.
 

Il serait même allé à Athènes, rencontrant Socrate sans s'en faire connaître, par indifférence pour la gloire.

 

Largement ignoré dans l'Athènes antique, Démocrite était pourtant bien connu de son compatriote Aristote.
 

Platon, lui, aurait tellement détesté Démocrite qu'il a souhaité que tous ses livres fussent brûlés.
 

La philosophie matérialiste de Démocrite était en effet en totale opposition avec la philosophie idéaliste de Platon.

 

Aujourd'hui, beaucoup considèrent Démocrite comme le « père de la science moderne ».


 

 

Ses contributions exactes sont difficiles à démêler de celles de son mentor Leucippe, car ils sont souvent mentionnés ensemble dans les textes des doxographes.
 

Leurs spéculations sur les atomes se rapprochent de la compréhension du XIXe siècle de la structure atomique qui a conduit certains à considérer Démocrite comme le plus scientifique des philosophes grecs, mais leurs idées reposaient sur des bases très différentes.

 

Démocrite emprunte à Parménide la notion d'Être mais suit une nouvelle voie novatrice. En effet, Démocrite, comme son compagnon Leucippe, fractionne l'être éléatique unique en une myriade de corpuscules, les « idées » ou « atomes ».
En quelque sorte, les atomistes vont démultiplier l'UN dans le vide du monde.

 

Le concept de Démocrite peut se traduire par « insécable » plutôt que par « atome ».
Le substantif « atome » est apparu plus tard avec le sens de « partie de matière indivisible », chez Aristote, dans le Nouveau Testament, etc.

 

Selon les atomistes, les atomes composant l'univers sont tous de même substance.
Ils sont insécables et ne diffèrent les uns des autres que par leur forme, leur position et leur mouvement
(aujourd'hui ce que nous avons appelé "atome" – ce qui veut dire "insécable" – est sécable – la fission nucléaire – mais les particules élémentaires, elles, ne le sont pas dans l'état actuel de nos connaissances).

 

Ce sont les physiciens modernes qui ont conçu « un atome » petit, corpusculaire, et nommé ainsi parce qu'initialement supposé par erreur « insécable ».

 

Pour Démocrite, comme pour Leucippe, la nature est composée dans son ensemble de deux principes : les atomes (ce qui est plein) et le vide (ou néant).
 

L’existence des atomes peut être déduite de ce principe : « Rien ne vient du néant, et rien, après avoir été détruit, n’y retourne. »
Il y a ainsi toujours du plein, c'est-à-dire de l’être, et le non-être est le vide.
Les atomes sont des corpuscules solides et indivisibles, séparés par des intervalles vides, et dont la taille fait qu’ils échappent à nos sens.

 

Décrits comme lisses ou rudes, crochus, recourbés ou ronds (ils sont définis par leur forme, figure et grandeur), ils ne peuvent être affectés ou modifiés à cause de leur dureté.

 

Les atomes se déplacent de manière tourbillonnaire dans tout l'univers, et sont à l'origine de tous les composés (du soleil à l'âme), ce qui comprend également tous les éléments (feu, eau, air et terre).
Les atomes se meuvent éternellement dans le vide infini. Ils entrent parfois en collision et rebondissent au hasard ou s'associent selon leurs formes, mais ne se confondent jamais.
La génération est alors une réunion d’atomes, et la destruction, une séparation, les atomes se maintenant ensemble jusqu’à ce qu’une force plus forte vienne les disperser de l’extérieur.
C’est sous l’action des atomes et du vide que les choses s’accroissent ou se désagrègent : ces mouvements constituent les modifications des choses sensibles.

 

Ces agglomérations et ces enchevêtrements d’atomes constituent ainsi le devenir.
L’être n’est donc pas un, mais est composé de corpuscules.

 

Le vide est le non-être dans lequel se meuvent les atomes : il y a du vide non seulement dans le monde (intervalle entre les atomes), mais en dehors de lui.
 

Ainsi, l’être et le non-être sont tout autant réels.
 

 

« Si tout corps est divisible à l'infini, de deux choses l'une : ou il ne restera rien, ou il restera quelque chose.
Dans le premier cas, la matière n'aurait qu'une existence virtuelle, dans le second cas on se pose la question : que reste-t-il ?
La réponse la plus logique, c'est l'existence d'éléments réels, indivisibles et insécables appelés donc atomes. »

 

Éthique
Une physique atomiste n'acceptant que le vide et le plein, les hommes n'ont plus à craindre le jugement des dieux qui ne sont plus tout-puissants puisque matériels, ni la nature ni la mort.

 

Les hommes peuvent agir pour changer le cours des choses. Il s'ensuit la construction d'un manuel pour que le sage puisse atteindre une existence sereine en se débarrassant des craintes (de la mort par exemple), des angoisses et autres fictions qui empêchent la tranquillité de l'âme.

 

Démocrite distingue deux formes de connaissance : la connaissance par les sens, qu'il critique et appelle bâtarde et obscure, et la connaissance par l'intellect, qu'il appelle légitime et véritable.
C'est la raison qui est le critère de la connaissance légitime.

 

Nous n’avons pas connaissance de toutes nos sensations : un grand nombre reste inaperçu.
les impressions sensibles varient selon les animaux, d’un individu à un autre, et même pour un seul individu.

 

Mais, dans ce cas, il est impossible de savoir quelles impressions sont vraies ; toutes sont également vraies : la vérité et l’apparence sont identiques :
tout ce qui apparaît à un individu et qui lui semble exister est vrai.

 

Democrite en conclut également que soit la vérité n’existe pas, soit elle nous est cachée.

 

« Nous ne connaissons en réalité rien de certain, mais seulement ce qui change selon la disposition de notre corps, et selon ce qui pénètre en lui ou ce qui lui résiste. […] Il a été démontré qu’en réalité nous ne savons pas ce que chaque chose est ou n’est pas. […] Il est impossible de connaître la nature réelle de chaque chose. » (Cité par Sextus Empiricus, Contre les professeurs, VII, 135)

 

« En réalité, nous ne savons rien, car la vérité est au fond du puits. »

Les Présocratiques (2)

 

 

500-428 av. J.-C

 

En Ionie, Il fut le premier philosophe à s’établir à Athènes, où il eut Périclès et Euripide pour élèves. Pour lui Être et matière ne se produisent ni ne se créent, mais se transforment. Anaxagore refuse le concept du « non-être » et de ses productions. Il fut à l'origine de la formule :
« Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau »,

 

Dans la Naissance de la Philosophie, Nietzsche, avec cette puissance de sympathie qu'on lui connaît pour les prédécesseurs de Socrate, évoque ainsi Anaxagore et son cercle de fidèles :
 

« Il choisissait prudemment ses adeptes parmi la plus haute et la plus noble société d'Athènes. Dans le cénacle fermé des Anaxagoréens d'Athènes, la mythologie populaire n'était tolérée que comme un langage symbolique... De temps en temps une parole venue de cette société d'esprits libres et sublimes parvenait jusqu'au peuple et surtout le grand Euripide, toujours audacieux et novateur, osait dire tout haut, sous le masque tragique, des choses qui entraient comme des flèches dans l'esprit de la masse et dont elle ne se délivrait que par des caricatures burlesques et des parodies bouffonnes. »


 

Pour nous en tenir aux faits les moins contestés, nous dirons qu'Anaxagore est né dans les premières années du Vè siècle et qu'il est mort vers 428 à Lampsaque.
 

Avec lui, la philosophie s'implante à Athènes, où pendant une trentaine d'années, selon Diogène Laërce, il aurait donné son enseignement.
 

Il fut un des premiers philosophes à se désintéresser des affaires publiques et à prétendre que « le ciel était sa patrie et la contemplation des astres sa mission ».
 

Néanmoins cette vie à l'écart des préoccupations politiques n'empêcha pas qu'il fût exposé à l'animosité des Athéniens.
 

La disgrâce de Périclès rejaillit sur lui. Accusé de mépriser les dieux, il se réfugia à Lampsaque où il mourut.

 

 

Sa philosophie constitue un effort pour concilier l'Éléatisme avec la pluralité et le mouvement. Un devenir absolu est pour lui inconcevable.
 

« Les Hellènes, dit-il, parlent mal quand ils disent : naître et périr. Car rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau. Pour parler juste, il faudrait donc appeler le commencement des choses une composition et leur fin une désagrégation. »
 

Ce changement est purement mécanique et suppose la pluralité des substances primordiales.
 

Disons aussi qu'Anaxagore rejette le vide, indispensable pour une explication cohérente dans l'atomisme.
 

L'originalité du système réside dans la conception du Noûs.
 

Pour créer un monde avec ces substances, il fallait une force organisatrice. Anaxagore l'appelle être pensant, intelligence.
 

Trois caractères la distinguent : la simplicité de l'être, la puissance et la science.
Il lui faut aussi le pouvoir de communiquer le mouvement à la matière.

 

Ce mouvement est un mouvement giratoire et concentrique continu; Une fois l'impulsion donnée, tout dans le monde est soumis à des forces mécaniques.

Pour organiser le chaos primordial, l'intelligence a produit d'abord, au sein de la masse en mouvement, un tourbillon qui, en se propageant, a enveloppé des parties de la masse de plus en plus grandes et dans la suite en englobera toujours de nouvelles.

 

D'autres mondes que le nôtre se forment constamment sur le même modèle, pour remplacer ceux qui se dissolvent.
Les idées d'Anaxagore sur l'homme ne manquent pas d'intérêt.

 

Tous les êtres qui ont une âme sont mus par l'intelligence. Cette intelligence existe, cependant, en quantité plus ou moins grande, selon les êtres.
 

Les plantes même manifestent son action; Anaxagore leur reconnaît la vie et la sensibilité.

 

S'il fut accusé d'athéisme, cette accusation se fondait sur l'affirmation d'Anaxagore que les astres étaient des masses incandescentes dont la nature était identique à celle des corps terrestres.
Jusque-là l'imagination populaire voyait en eux des dieux.

 

Anaxagore, comme Empédocle, est à une croisée de chemins.
Sa tentative d'explication conciliante n'est peut-être pas parfaite, même du point de vue logique.

 

On lui reconnaît cependant plusieurs mérites : celui d'avoir eu le premier l'intuition du concept moderne de l'infini, ainsi que l'idée du continu réel, avec ce qu'il implique d'intelligible; on lui sait gré, enfin, d'avoir affirmé avec force la permanence de l'être réel sous ses modifications apparentes principe qui devait s'exprimer par la formule fameuse: Rien ne se perd, rien ne se crée.

 

Les Présocratiques (2)

Sources : Papadogeorgos Georgos « Hommes illustres de la Grèce Antique », "Les penseurs grecs de Thalès de Milet à Prodicos" traduction, introduction et notes par Jean Voilquin + Wikipedia.

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