Les représentants de cette école étaient originaires d’Elée, dans le sud de l’Italie, et ils pensaient que l’être est à la base de tout. Ils introduisirent dans le monde cette idée, qui ne devait plus disparaître, que l'Être, considéré en lui-même, est un, éternel, indestructible, immuable. Pour les Eléates, rien ne naît de rien et rien ne retourne à rien.
L’école éléatique est une école de philosophie fondée par Xénophane de Colophon, en Campanie, dans le sud de l'Italie actuelle, à Élée. Élée était une colonie de Phocée, en Ionie.
Les principaux représentants de cette école sont Parménide et Zénon, tous deux d'Élée, et Mélissos.


Pour les uns, Xénophane se rattache au groupe des Éléates; pour la plupart des historiens de la philosophie, Xénophane, malgré quelques affinités incontestables avec l'école d'Elée, fait figure d'isolé; il n'a rien d'un philosophe dogmatique ni d'un physicien véritable, mais se présente à nous, comme un poète humoriste.
La vie de Xénophane est très mal connue. Nous ignorons la date de sa naissance, aussi bien que celle de sa mort. Les auteurs de « successions » sont loin d'être d'accord sur son acmè. Une discussion serrée des témoignages anciens permet à Tannery d'en faire le contemporain de Pythagore.
Colophon, sa ville natale, située à quelque distance au nord de Milet, bien qu'elle fût tombée sous la dépendance des Perses, demeurait cependant une cité importante où des poètes, comme Mimnerme, obtenaient un vif succès.
Fut-il poète errant, rhapsode ? La supposition, en elle-même, n'a rien d'invraisemblable. Il quitta vraisemblablement sa ville natale, quand les Perses imposèrent à l'Ionie une sujétion plus rude. Il se rendit ensuite en Grande Grèce, où il fut témoin des rapides progrès du Pythagorisme. C'est là qu'il composa la plupart de ses oeuvres, sur lesquelles, comme sur sa vie, les renseignements nous font défaut.
Nous avons de lui des fragments assez importants, mais nous ne pouvons nous prononcer sur la question de savoir si ceux-ci appartenaient à une oeuvre unique ou à des ouvrages différents.
Il importe de mettre en évidence les quelques points ci-dessous : d'abord son attitude envers les croyances religieuses; ensuite ses opinions, plutôt que ses vues systématiques, sur les questions qui avaient préoccupé les physiologues; enfin sa place dans le développement des concepts philosophiques.
Esprit critique, plutôt que sceptique systématique, Xénophane raille, d'une façon tantôt mordante tantôt enjouée, les vieilles traditions et n'excepte pas de ses railleries les esprits qui, à la manière de Pythagore, mêlent aux anciennes croyances de nouvelles superstitions.
On connaît le fameux passage : « les Éthiopiens disent de leurs dieux qu'ils sont camus et noirs, les Thraces qu'ils ont les yeux bleus et les cheveux rouges »; et celui-ci : « Si les boeufs et les chevaux et les lions avaient des mains et pouvaient, avec leurs mains, peindre et produire des oeuvres comme les hommes, les chevaux peindraient des figures de dieux pareilles à des chevaux et les boeufs, pareilles à des boeufs. »
Néanmoins, il ne s'en tient pas à cette négation pure et simple. Il affirme hautement que, s'il y a un dieu, ce dieu doit être éternel; il ne peut d'ailleurs y en avoir qu'un; il n'y a qu'une puissance éternelle qui gouverne les choses. Il attribue donc au divin, tout au moins au point de vue moral, une place éminente. Il est plus délicat de se prononcer sur la question de savoir si, au point de vue intellectuel, Xénophane a dégagé avec netteté les attributs de Dieu.

Ses idées sur la nature se rapprochent de celles d'Anaximandre. En voici quelques-unes, d'après l'analyse de Tannery : la terre, plate, n'a pas de limites, ni de côté, ni en dessous; ses racines s'étendent à l'infini; l'air est également infini. Les astres - soleil, comètes, météores - sont des nuées incandescentes. Formées par les exhalaisons humides qui se réunissent, ces nuées s'enflamment, par suite du rapprochement qui s'opère entre les particules ignées qu'elles renferment ou encore en raison de leur mouvement.
Le mouvement des astres est rectiligne et s'opère suivant une droite indéfinie. Les astres que nous voyons ne sont donc jamais les mêmes; chaque jour, chaque nuit, de nouveaux astres se succèdent. Les astres s'éteignent dans la mer, les déserts. La terre s'étendant indéfiniment dans toutes les directions, il y a une infinité de soleils différents éclairant une infinité de terres habitées, de mondes compris dans un même univers.
En ce qui concerne les sciences naturelles, Xénophane avait vraisemblablement, ne fût-ce qu'à Syracuse, dans les Latomies, reconnu des empreintes de pierres, de plantes, d'êtres vivants. L'eau et la terre ont dû être mélangées autrefois, puis, sous l'action de la chaleur solaire, de l'air et du feu intérieur, l'eau de la mer s'est en partie évaporée, tandis que la terre se desséchait.
L'humanité est née; elle est condamnée à disparaître, elle renaîtra par la suite, au cours de cycles semblables.
Par sa polémique contre le polythéisme, Xénophane annonce, de loin il est vrai, les Sophistes et celui qui, tout en les prolongeant, les combat : Socrate. Par ailleurs, il fraie la voie à Parménide; car, s'il ne possède pas pleinement le concept de l'infini, il pose, avec son univers infini, au sein duquel le changement n'est pas nié, la fameuse opposition qui alimentera tant de discussions postérieures sur l'être et le devenir. Ne pourrait-on pas aussi le rapprocher d'Héraclite, malgré le dédain de celui-ci pour Xénophane et son mépris pour la polymathie ? Ce ne serait, en tout cas, qu'à cause de leur égal éloignement pour les vastes synthèses des Ioniens, leurs prédécesseurs et pour la physique traditionnelle.


540-450 av. J.-C.
Parménide est à l'origine de la notion d'Être, il est le fondateur de l'ontologie.
Pour Parménide, deux voies se présentent à celui qui cherche la vérité ; la première est l'affirmation de l'existence de l'Être, voie d'accès à la vérité (l'Être est).
En dehors de cette voie, le chemin de l'opinion confuse n'est qu'une non pensée, la doxa ou savoir imparfait.
Parménide est l'un des représentants les plus importants de l'école éléatique et l'un des présocratiques qui a le plus influencé la philosophie occidentale.
Ses idées ont eu une portée considérable par la suite, avec Platon, qui consacra l'un de ses dialogues à Parménide, et Aristote, qui développa la notion d'Être dans les livres regroupés en occident au XIIIe siècle dans la Métaphysique.
Dans son poème Intitulé «De la Nature», il affirme que le mouvement n'est qu'illusion et que l'univers est unique, continu et immobile.
Il rédigea également la loi de la contradiction et il dénonça la possibilité de la preuve logique.
Le critère doit être la logique, car les sensations sont trompeuses.

Philosophe grec originaire d'Elée en Sicile. C'est d'ailleurs son origine qui lui valut son surnom d'Eléen.
Comme presque tous les philosophes grecs, Parménide n'était pas indifférent à la vie politique de son pays et il donna son avis sur divers sujets politiques, qui l'intéressaient particulièrement.
Il était issu de la noblesse. Il semble qu'au début il ait porté un intérêt à la politique mais l'un des Pythagoriciens (Amines) le convainquit d'abandonner la politique pour se lancer dans l'étude scientifique. Il ne devint cependant pas Pythagoricien car l'enseignement de Xénophane lui plaisait davantage et c'est celui qu'il suivit.
Parménide est le principal fondateur de l'école de philosophie éléatique. Il était le disciple de Xénophane et le maître de Zénon.
Contrairement à Héraclite, centré sur le devenir des choses (mobilisme universel), Parménide cherche la stabilité (immobilisme universel).
La stabilité politique durable dans les relations politiques de la cité éléenne l'influença peut être à se forger une telle opinion concernant le caractère statique et stable de l'être.
Platon s'inspira également largement de Parménide pour exprimer sa théorie métaphysique des idées.
C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il l'admirait. Platon dédia même l'un de ses célèbres dialogues à la personnalité de ce grand philosophe et à sa théorie de l'être. Cet être, que Parménide ne parvenait pas à cerner précisément, devint l'être métaphysique et immatériel, qui dans la langue de Platon prit le nom « d'idées ».
Aristote s'opposait aux théories de Parménide et à celles de l'ensemble de l'école éléatique.
Le seul ouvrage de Parménide qui soit mentionné est la fameuse oeuvre intitulée « De la nature ».
Il s'agissait d'un poème épique, écrit en vers hexamètres (800-1000 vers), qui attira les louanges des critiques d'art de l'Antiquité.
De nombreux extraits de l'oeuvre de Parménide ont été sauvegardés. Le philosophe imagine qu'il se trouve sur un char tiré par d'impétueuses juments - les passions de l'esprit- et qu'il sort du « pas des humains ».
Gardien de la ville, Parménide va trouver la Justice (« Dikè »), qui ne le laisse pas rentrer. Mais les filles d'Hélios, les sensations, parviennent à la convaincre de laisser pénétrer le poète dans la ville et de le conduire devant la déesse. Cette dernière le reçoit, paisible et sérieuse, et lui adresse ces paroles:
« Bienvenu, jeune homme, toi qui vient chez moi escorté d'auriges immortels et des chevaux qui t'amènent, car ce n'est pas le mauvais sort qui t'a fait suivre cette route mais la justice et l'ordre. Et tu dois tout apprendre. Tant le cour paisible de l'impassible vérité - le savoir- que les opinions fausses des mortels - les phénomènes - où il n'existe pas de certitude réelle. »
La justice promet de l'initier au savoir et de lui révéler la réalité de la créature et l'apparence du monde. Ainsi Parménide, à travers les paroles de la déesse, présente dans la première partie de son poème la théorie de l'être qui est assimilée à la réalité intelligible, et dans la seconde partie la théorie du monde naturel, tel qu'il est perçu dans l'expérience humaine.
Parménide introduisit une syllogistique primitive dépendant du début et de la fin, de la naissance et de la mort, de la croissance et du dépérissement, du mouvement et de la mutation, de la divisibilité et de la discontinuité de l'être.
Il considérait que les principes de la cosmologie étaient la lumière et la nuit.


Vè siècle av. J.- C.
Zénon d'Élée, disciple de Parménide, est considéré comme l'inventeur de la dialectique. Il est l'auteur de célèbres paradoxes (paradoxe de la flèche ; Achille et la tortue ; etc.)
Zénon l'Éléen est considéré comme le précurseur de la théorie de la relativité d'Einstein. Disciple de Parménide et de 25 ans son cadet.
Afin de soutenir la théorie de son maître selon laquelle les Êtres sont peu nombreux, il développa diverses théories relatives au mouvement, qui présentent cependant des difficultés.
La vie qui est en harmonie avec la nature est semblable à une vie vertueuse, car la vertu est le but final vers lequel la nature nous conduit.
Celui qui a su se faire un bon gendre a su gagner un fils et celui qui n'y est pas parvenu a également perdu sa fille.
Philosophe grec de l'Antiquité, qui ne doit pas être confondu avec le philosophe stoïcien Zénon. II naquit au début du Vè siècle av. J.-C. à Elée, en Italie, qui était alors une colonie des Phocéens.
Il fut le disciple de Parménide et le fondateur de l'école éléenne de philosophie. On dit également qu'il fut l'un des maîtres de Périclès. La légende veut qu'il ait été un chef politique d'une grande bravoure. Il prit en effet part à un mouvement dirigé contre le tyran d'Elée, Néarque, qui l'arrêta et le tortura de manière cruelle. Antisthène raconte que durant son interrogatoire, pour ne pas avoir à trahir ses compagnons, il se sectionna lui même la langue avec les dents et il la cracha au visage du tyran. Après cet incident, le tyran ordonna qu'on le tue en le frappant et en le broyant dans un mortier!
Platon et Aristote réussirent à sauvegarder quelques uns des enseignements de Zénon. Aristote le considère comme l'inventeur de la dialectique, mais dans son oeuvre intitulée « Physica », il s'oppose aux idées de Zénon concernant l'espace, le temps et le mouvement.
Parmi ses oeuvres on retient les titres suivants: « Discordes », « Explications d'Empédocle », « Envers les philosophes », « De la Nature ». Il écrivit également des apophtegmes, dont certains ont été sauvegardés. Platon fait à plusieurs reprises référence à lui dans son dialogue intitulé « Parménide » et il nous indique que lors de ses séjours à Athènes, il disposait toujours d'un auditoire important, car ses théories provoquaient l'intérêt des Athéniens et principalement celui des jeunes.
Voulant soutenir la position de Parménide sur l'être, Zénon affirma qu'il n'y a pas de mouvement ni de pluralité. La flèche ne vole qu'en apparence et Achille aux pieds agiles n'atteint jamais la tortue, car il est possible (en pensée du moins) de diviser à l'infini la distance qui les sépare.
C'est ce type de paradoxes qui révélaient le caractère impénétrable de l'École éléatique. Il s'agissait d'un jeu de la dialectique, mais d'un jeu sérieux. Zénon est célèbre pour ses fameuses «Questions», qui étaient de réels casses têtes auxquels personne ne pouvait répondre. Il prétendait par exemple que tout corps est infiniment petit et en même temps infiniment grand. Infiniment petit car étant donné qu'il peut être divisé de manière illimitée, il est formé d'un ensemble innombrable de petits morceaux, qui tous ensemble forment inévitablement un corps infiniment petit. Mais aussi infiniment grand car de ces divisions illimitées naissent d'innombrables morceaux, à partir desquels le corps peut se former. Et comme quel que soit le nombre utilisé, il en restera encore une multitude, le corps peut donc grandir de manière illimitée.
Trois autres de ces questions étaient: « Ia flèche », « médimne » et « le chauve».
« La flèche volante » est immobile, car à tout moment, où nous l'appelons « présent », elle se trouve en un seul et unique endroit.
Dans « Médimne », il fonde son raisonnement sur le fait qu'un grain de blé ne fait pas de bruit en tombant alors qu'en revanche lorsqu'il tombe un médimne (unité de mesure des solides et principalement des céréales) de blé en fait.
Par conséquent, le bruit du médimne n'est qu'illusion, tout comme l'absence de bruit du grain de blé.
Dans « le chauve » les choses sont plus complexes: combien de cheveux une tête doit elle perdre pour devenir chauve ? Un seul cheveu est responsable du passage d'un état à l'autre.
Les « questions » sont les précurseurs des «antinomies du discours clair» de Kant. Certains reconnaissent d'ailleurs chez Zénon la théorie de la relativité, à un état embryonnaire. Zénon est aujourd'hui le plus actuel des philosophes présocratiques et on pense qu'il eut une influence décisive sur Leucippe et Démocrite et leur formulation de la théorie de l'atome, ainsi que sur les sophistes Gorgias et Protagoras. La contribution apportée à la science par les théories de Zénon fut immense.


484-424 av. J.-C.
Empédocle est, parmi les penseurs qui précédèrent Socrate, un de ceux dont l'oeuvre a été le moins mutilée par le temps; il n'en est pas moins mystérieux, en raison de l'obscurité qui pèse sur les événements de sa vie et sur les circonstances de sa mort, en raison aussi de l'expression poétique qu'il a donnée à ses idées. Il hante certaines imaginations, celle de Holderlin, par exemple. Nietzsche, en 1870, jette sur le papier l'esquisse d'un drame d'Empédocle. De nos jours, les psychanalystes eux-mêmes se sentent attirés par sa puissante et complexe personnalité.
« C'est la figure la plus bariolée de la philosophie ancienne », déclare tout net Nietzsche.
« Il se montrait vêtu de pourpre, ceinturé d'or, des sandales d'airain aux pieds, une couronne delphique sur la tête. Il portait les cheveux longs;
son visage était immuablement sombre. Il se faisait toujours suivre de serviteurs. En sacrifice de victoire, il offrit un taureau fait de farine et de miel, afin de ne pas contrevenir à ses principes. » (Nietzsche).
Il fut, certes, un personnage important dans la cité et se montra partisan déterminé de la démocratie. Banni, il se réfugia dans le Péloponnèse, où il mourut. Une tradition suspecte veut qu'il se soit précipité dans le cratère de l'Etna.
Une autre version de sa mort dit qu'il se serait pendu.
On le représente comme ayant été de caractère sérieux, voire mélancolique. Une telle opinion n'est pas contradictoire avec ce que nous apprennent de lui les fragments authentiques que nous possédons. Il apparaît qu'il voulut jouer le rôle d'un prophète et d'un prêtre.
Aussi lui attribuait-on de véritables prodiges.
Empédocle participe à tous les mondes, à l'Orient comme à l'Occident; il n'est pas sans avoir eu des contacts prolongés avec l'Orphisme et le Pythagorisme. Ne l'accusait-on pas d'avoir volé certaines oeuvres de Pythagore, si l'on en croit certains témoignages rapportés par Diogène Laërce? Certaines de ses vues peuvent même passer pour des anticipations géniales.

Ce thaumaturge était aussi un poète. C'est d'après le poème de la Nature qu'on peut le mieux reconstituer l'ensemble des idées d'Empédocle, sur le plan physique.
Il présente le développement du monde sous la forme d'un drame gigantesque : quatre personnages, les quatre éléments : la terre, l'eau, l'air et le feu; deux forces motrices : la Haine et l'Amour; quatre actes par lesquels le cycle tragique du monde coule éternellement : deux périodes de plénitude: l'empire de la Haine et celui de l'Amour; deux périodes de transition, de la Haine à l'Amour et de l'Amour à la Haine.
Le récit d'Empédocle débute par le stade de la Haine. Le Cosmos est anéanti; les éléments, étrangers l'un à l'autre, n'ont entre eux nul échange, nulle communication. Chacun des éléments séparés forme une masse homogène. Ils se fuient. L'Amitié bannie forme la zone externe du chaos qu'elle assiège.
Mais voici que, les temps révolus, une fissure se produit dans le vase fermé du monde que remplissait la Haine. Elle s'égoutte au-dehors et fuit très lentement. Et, à mesure que son niveau baisse, « accourt, pour la remplacer, le flot bienfaisant de l'Amour immaculé ». Sur son passage, les éléments séparés se rapprochent et se mêlent. Un sillon de vie se creuse sous le soc. La pression réciproque des deux forces rivales déclenche dans l'inerte chaos le mouvement en tourbillon. D'abord l'Amour va droit au centre de ce monde, d'où la Haine se retire; et de ce noyau primitif, premier foyer d'union, il reconquiert peu à peu, pied à pied, tout le reste de son empire. Entre les deux forces cosmiques, un combat gigantesque se livre. Les adversaires tantôt s'étreignent et tantôt s'écartent, afin de reprendre haleine. Le monde qui se forme ainsi dans la mêlée participe à ces vicissitudes; et les premières créations gardent longtemps la double empreinte furieuse des lutteurs qui s'accouplent.
Des « amples creusets » de la terre, où la Haine reste partiellement engagée, surgissent d'abord des ébauches monstrueuses de vie : membres épars et disjoints, ou soudés au hasard, toutes les formes hallucinantes que rêva l'imagination des mythologies primitives et que depuis a retrouvées dans la sol la paléontologie. Ces monstres inadaptés, qui tumultueusement frayent à tâtons les chemins nouveaux de la vie, périssent.
D'autres formes leur succèdent, inépuisablement; l'Harmonie victorieuse, qui se répand dans le monde, les prépare; et soudain se produisent des organismes faits pour vivre et pour durer...
Et maintenant, la Haine a fui aux limites du cercle. La victoire est complète. L'Amour règne. C'est le Sphairos divin, le monde parfait.
Mais la Haine, à son tour, commence à s'agiter et tout s'éparpille en tous sens. Et le cycle recommence.
Quant à nous, pauvres mortels que nous sommes, nous vivons à l'âge de la Haine. Le pessimisme actif d'Empédocle a toute latitude de décrire abondamment les maux qui nous accablent.
Si maintenant nous traduisons en termes plus terre à terre la cosmologie d'Empédocle, en nous aidant à la fois de ses oeuvres et des renseignements fournis par la doxographie, nous constatons ce qui suit:
Du monde, dans lequel les éléments séparés ont été réunis par l'Amour, s'est dégagé en premier lieu l'air; celui-ci, se condensant à la limite extérieure, a enveloppé tout sphériquement. Ensuite le feu s'est fait jour et a occupé l'espace supérieur sous la voûte extérieure, tandis que l'air était repoussé sous la terre. Ainsi se sont produits les deux hémisphères dont la réunion constitue la sphère céleste; l'un est lumineux et est fait entièrement de feu; l'autre est sombre et formé d'air, mélangé çà et là de masses ignées; la pression du feu a imprimé à la sphère céleste un mouvement de rotation; quand la moitié ignée de la sphère est en haut, il fait jour; quand la moitié sombre est en haut et que la partie ignée est cachée par le globe terrestre, il fait nuit.
Ses vues sur l'histoire naturelle et l'embryologie ne sont pas moins originales. L'homme est envisagé comme un microcosme, au sein de l'univers ou macrocosme. C'est dire qu'il est formé par les différents éléments. Il faudra arriver jusqu'à Hippocrate pour voir se substituer à cette histoire naturelle ambitieuse une méthode plus scientifique, un empirisme visant moins haut, mais acheminant la médecine sur des voies plus sûres.
On ne saurait cependant nier l'originalité des vues d'Empédocle et parfois des anticipations géniales.
La théorie des quatre éléments subsista à travers tout le moyen âge, jusqu'à la constitution de la chimie moderne.
Enfin, le philosophe d'Agrigente a trouvé dans Lucrèce, qui l'associe à Épicure, un disciple enthousiaste. Sans doute, le Grec et le Latin diffèrent-ils par de nombreux traits. Mais Lucrèce, alluma son génie à l'enthousiasme de cet inspiré; il lui déroba une foule d'expressions pour décrire les évolutions de la matière, il suivit ses élans, mais en se portant contre la divinité au lieu d'aller vers elle.
On voit facilement ce qui a séduit le poète du De Natura Rerum et lui a fait suivre le vieux maître mystique. Empédocle réduisait l'univers à quatre éléments que deux forces, la Haine et l'Amitié, combinaient diversement; tous les corps n'étaient que le résultat de la combinaison des particules, ou germes, homogènes, irréductibles, invariables, insécables, éternelles. Les analogies avec la physique atomiste et particulièrement épicurienne sautent aux yeux. Les dissemblances entre les deux systèmes s'avèrent, dans ces conditions, de peu d'importance. On peut même supposer que l'hymne à la Vénus universelle de Lucrèce est un souvenir d'Empédocle. Du fait même que cette allégorie s'accorde mal avec la philosophie d'Épicure, on est en droit de supposer que pareille invocation a été inspirée par le poète grec qui vivait en un temps où la religion se mêlait intimement à la philosophie.


Le dernier représentant de l'école éléatique est un Ionien, originaire de Samos.
Il a participé à la vie politique et commandait la flotte samienne, quand celle-ci vainquit la flotte athénienne en 442.
C'est à peu près à cette époque que l'on place l'acmé de Mélissos.
Peut-être, contemporain de Zénon, a-t-il été, comme celui-ci, disciple de Parménide.
Quelle est son originalité ? Il semble qu'il a voulu à la fois préciser et limiter les théories de Parménide.
Mais sa démonstration est personnelle en ce sens qu'il cherche chez les représentants du sens commun des points d'appui pour la doctrine éléatique.
Comme pour Parménide, l'Être, tel que l'entend Mélissos, est doué d'éternité, d'immutabilité.
Mais il est infini, caractère que ne lui reconnaissait pas Parménide.
Il est infini, parce qu'il n'a ni commencement ni fin et il l'est aussi bien qu'il est éternel.
Les appréciations des philosophes diffèrent au sujet de Mélissos.
Les uns voient en lui un penseur original et profond; Platon en fait grand cas.
Aristote, pour des raisons doctrinales, pense tout différemment et malmène le Samien.
M. Rey voit dans ses efforts une conciliation maladroite entre le tout et la pluralité, un effort pour unifier les deux parties du poème parménidien la Voie de la Vérité et la Voie de l'Opinion.
Cette conciliation est-elle plus verbale que réelle ? C'est possible.
Mais toute philosophie n'est-elle pas un effort dans ce sens, une tentative pour accorder la mobilité extrême de toutes choses avec les règles essentielles de la pensée, pour faire entrer le mouvant dans les cadres rigides imposés par la pensée?
Sources : Papadogeorgos Georgos « Hommes illustres de la Grèce Antique », "Les penseurs grecs de Thalès de Milet à Prodicos" traduction, introduction et notes par Jean Voilquin + Wikipedia.