ARTHUR SCHOPENHAUER

Arthur Schopenhauer est né le 22 février 1788 dans une famille sur laquelle plane « l’ombre de la folie ».
Deux de ses oncles paternels sont internés pour troubles psychiques.
Sa grand-mère paternelle est devenue folle suite à la mort de son mari.
Son père Floris Schopenhauer, un commerçant à Dantzig, finira par se suicider après « une vie entrecoupée de phases dépressives, d’angoisse et d’obsession suicidaire ».
Arthur Schopenhauer sera toute sa vie habité par cette même angoisse existentielle.
Il confiera plus tard à son carnet secret :
« De mon père j’ai hérité cette maudite anxiété contre laquelle je me suis bien battu de toutes les forces de ma volonté ».
Le suicide du père est une déchirure à laquelle le philosophe ne s’en remettra jamais.
Il décrit ainsi sa tristesse :
« Ce deuil a accru ma tristesse qui dégénéra, peu s’en faut, en maladie noire ».
L’image de son père, mort dans la solitude et abandonné par sa mère, constituera le point de départ du rapport conflictuel qu’il entretiendra à sa mère et l’origine de sa misogynie.
Adèle, sa sœur cadette, rongée par la solitude, est obsédée par l’idée de se suicider.
Dans plusieurs correspondances avec son frère elle n’hésite pas à faire état de son mal de vivre.
« J’ai bien la force de supporter ma solitude mais je serais profondément reconnaissante au choléra s’il voulait bien, sans trop de douleur, mettre fin à toute l’histoire ».
Autobiographie
En 1853 à l’âge de soixante-trois ans, le philosophe envoie à la rédaction du Meyer’s Konversations-Lexicon, une « notice sur sa vie » pour y être publié.
C’est donc en ces termes qu’il souhaite se faire connaître du grand public :
« Je suis né à Danzig le 22 février 1788. Mon père, Heinrich Floris Schopenhauer, était un commerçant très aisé de cette ville, et ma mère, Johanna Schopenhauer, devint plus tard célèbre par ses écrits.
J’ai fait mes études universitaires de 1809 à 1813 à Göttingen et à Berlin ; à l’université de Berlin, le professeur était Fichte, à celle de Göttingen, G E Schulze Aenesidemus.
J’ai remis pour ma promotion l’essai sur La quadruple racine du principe de raison suffisante, dont la deuxième édition, très largement corrigé, a paru en 1947, ici, à Francfort.
Après avoir passé l’hiver 1813-1814 à Weimar et dans le cercle familier de Goethe, je partis à Dresde, où j’ai vécu indépendant jusqu’à la fin de 1818, en profitant de la Bibliothèque et des collections d’art.
En 1816 parut mon écrit Sur la vue et les couleurs, et à la fin de 1818 mon œuvre principale, Le monde comme volonté et comme représentation, qui fait aujourd’hui encore le premier volume du livre !
Après l’avoir remise à l’éditeur, j’entrepris un voyage en Italie, qui me conduisit jusqu’après Naples.
« A mon retour, je soutins ma thèse de doctorat et devins maître de conférence à l’université de Berlin, où je n’exerçai toutefois que durant le premier semestre, bien que je sois resté jusqu’en 1831, en décomptant les années d’absence, inscrit sur la liste des cours.
A cette époque, l’Hegeliânerie faisait plus que jamais florès. En 1822, je fis un nouveau voyage en Suisse et en Italie et ne revins à Berlin qu’en 1825.
J’y ai travaillé jusqu’en 1830 à une version latine et corrigé de ma Théorie des couleurs, que j’avais auparavant fait paraître en allemand, et qui, dès lors, sous le titre Theoria colorum physiologica, eademque primaria, prit place dans le troisième volume des Scriptores ophthalmologici minores édités par Justus Radius.
Lorsqu’en 1831 le choléra atteignit pour la première fois l’Allemagne, je me repliai provisoirement jusqu’ici, à Francfort.
Comme l’endroit fut en effet épargné et que le climat et les commodités qu’on y trouve me plaisent, j’y suis resté et y ai vécu en étranger indépendant voici maintenant vingt et un ans.
En 1836, j’ai fait paraître ici mon petit écrit Sur la volonté dans la nature, auquel j’attache une valeur très particulier, car c’est là que le cœur intime de ma métaphysique est exposé de la façon la plus fondamentale et la plus précise.
« Peu de temps après, j’ai répondu à deux questions mises au concours, sur la morale, l’une de l’Académie des sciences norvégiennes, l’autre du Danemark.
Seule la première a été couronnée et les deux réunies ont paru ici en 1841 sous le titre Les deux problèmes fondamentaux de l’éthique.
Enfin, en 1844, j’ai fait paraître la deuxième édition de mon œuvre principale, augmentée du double et en deux volumes [en 1851 paraissent encore les Parerga et Paralipomena, également en deux volumes].
« J’ai eu la chance de passer ma vie en toute indépendance et dans la jouissance complète de mon temps et de mes forces, comme mes études multiples, ainsi que l’élasticité et la liberté d’esprit requises par mes œuvres l’exigeaient.»

Autoportrait
Francfort-sur-le-Main, le 28 mai 1858, Arthur Schopenhauer
Dans un autre fragment autobiographique, le philosophe jette un regard en arrière sur sa vie et fait le dépeint de ce qu'elle contenait d'essentiel et d'accidentel :
« Quand parfois je suis tenté d'être mécontent de mon sort, je me dis quelle chose importante c'est pour un homme comme moi de pouvoir consacrer toute son existence à cultiver ses dons naturels et à poursuivre la tâche qui lui a été dévolue à sa naissance.
Il y avait plus de mille à parier contre un que cela ne fût pas possible et que ma carrière fût manquée.
Dans les rares moments où je me croyais malheureux, c'était, pour ainsi dire, par suite d'une méprise, d'une erreur de personne.
Je me prenais pour un autre, par exemple pour un professeur libre qui ne peut obtenir une chaire et qui n'a pas d'auditeurs, ou pour un original livré en pâture à la médisance des philistins et au caquetage des commères, ou pour un amoureux éconduit par sa belle, ou pour un malade cloué sur son fauteuil, ou pour telle ou telle autre personne affligée de pareille misère.
Tout cela, ce n'était pas moi, c'était tout au plus l'étoffe dont était fait le vêtement que je portais alors et que je changeais l'instant d'après pour un autre.
Mais qui suis-je donc ? Je suis celui qui a écrit le Monde comme volonté et comme représentation, et qui a donné du grand problème de l'existence une solution qui remplacera peut-être les solutions antérieures et en tout cas occupera les penseurs des siècles à venir »

Remarques de Schopenhauer sur lui-même
Schopenhauer a été toute sa vie ravagé par l'angoisse et l'inquiétude. Il confia ces notes à son cahier secret :
« La nature a fait plus qu'il n’en faut pour isoler mon cœur, le dotant de méfiance, d’irascibilité, de véhémence et de fierté dans une mesure presque incompatible avec la mens aequa du philosophe. je tiens de mon père une angoisse que je maudis et combats de toutes mes forces: cette angoisse s'empare de moi parfois pour un rien avec une telle brutalité que je vois comme chose réalisée, une catastrophe simplement possible, voire à peine pensable.
Une imagination terrible fait parfois prendre à cette disposition une dimension incroyable.
Je n'avais que six ans lorsqu'en revenant d'une promenade, mes parents me trouvèrent un soir plongé dans le plus profond désespoir parce que je m'étais, tout à coup, senti abandonné d'eux pour toujours.
Adolescent, j’ai été tourmenté par des maladies et des querelles imaginaires. A l’époque de mes études à Berlin, je fus un temps persuadé que j'étais phtisique.
Au début de la guerre, en 1813, j'ai eu peur d'être obligé d’accomplir un service militaire. La peur de la variole me chassa de Naples, celle du choléra de Berlin.
A Vérone, j'ai été envahi par l'idée fixe d'avoir pris du tabac a priser empoisonné.
Au moment où j'allais quitter Mannheint (en juillet 1833), j'ai’ été, sans raison objective, saisi d'une indicible angoisse.
Des années durant, j'ai vécu dans la peur d'un procès criminel à cause de l'affaire berlinoise [...], dans la peur de perdre ma fortune et dans la peur de voir remis en question, par ma mère le partage successoral.
Quand survenait un bruit un bruit au cours de la nuit, je sortais du lit et prenais une épée, ainsi qu'un pistolet que je maintenais constamment chargé.
Même quand ne se produit aucun événement marquant particulier, je porte en moi une constante inquiétude intérieure qui me fait voir et chercher des dangers là où il n'en existe pas.
Cette inquiétude fait grossir à l'infini la moindre contrariété et finit par compliquer le commerce avec autrui. »
« Dans ma dix-septième année, dénué de toute éducation classique, je fus aussi fortement saisi par la misère de la vie que Bouddha dans sa jeunesse, quand il vit la maladie, la vieillesse, la douleur et la mort.
La vérité que révélait bien haut et nettement le monde, triompha bien vite des dogmes juifs qui m’avaient été aussi inculqués, et le résultat fut que le dit monde, loin de pouvoir être l'œuvre d'un être infiniment bon, était celle d'un démon, qui avait appelé des créatures à l’existence pour se repaître de la vue de leurs tourments : c’est là qu’aboutissaient mes données, et la certitude qu’il en était ainsi l’emporta.
D'ailleurs, l’existence humaine porte la marque déterminée de la souffrance ; elle y est profondément enfoncée, ne lui échappe pas, a un développement et une issue toujours tragiques : on ne peut y méconnaître une certaine préméditation.
Mais la souffrance est aussi le δεύτιοος πλοΰς, le succédané de la vertu et de la sainteté ; purifiés par elle, nous parvenons finalement à la négation de la volonté de vivre, à la sortie du chemin de l’erreur, à la délivrance ; voilà pourquoi la force secrète qui dirige notre destinée, et qui est personnifiée mythiquement dans la croyance populaire sous le nom de Providence, a voulu nous apprêter souffrances sur souffrances, de sorte qu’à mes jeunes yeux impartiaux, mais qui voyaient exactement dans leurs limites, le monde se représentait comme l’œuvre d’un démon.
En soi, toutefois, cette force et toute-puissance secrètes sont notre propre volonté, à un point de vue qui ne tombe pas dans la conscience, ainsi que je l’ai longuement exposé ; et la souffrance est le but immédiat de la vie, comme si elle était l’œuvre d’un démon ; mais ce but n’est pas le but suprême, il est lui-même un moyen, un moyen de la grâce, arrangé comme tel par nous, nous l’avons dit, en vue de notre bonheur véritable et suprême ».
« Je dois l’avouer sincèrement : la vue de tout animal me réjouit immédiatement et m’épanouit le cœur ; avant tout la vue des chiens, et puis celle de tous les animaux en liberté, des oiseaux, des insectes, etc.
Au contraire, la vue des hommes provoque presque toujours en moi une aversion prononcée ; car ils m’offrent, à peu d’exceptions près, le spectacle des difformités les plus repoussantes et de toute nature : laideur physique, expression morale de passions basses et d'ambition méprisable, symptômes de folie et de perversités et sottises intellectuelles de toutes sortes et de toutes grandeurs, enfin l’ignominie, par suite d’habitudes répugnantes; aussi je me détourne d’eux et je m’enfuis vers la nature végétale, heureux d’y rencontrer les animaux.
Dites ce que vous voulez : la volonté, au plus haut degré de son objectivation, loin d’offrir un bel aspect, en offre un repoussant.
La couleur blanche du visage n’est-elle pas déjà antinaturelle, et les vêtements qui recouvrent le corps — cette triste nécessité du Nord — ne sont-ils pas une déformation ?»
« Ce qui constitue mon cercle d’action, ce n’est pas mon époque, mais seulement le sol sur lequel se tient ma personne physique, et qui n’est qu’une partie très insignifiante de ma personne entière.
Ce sol lui est commun avec beaucoup de gens, dont il est le cercle d’action. Aussi leur abandonné-je les soucis et les luttes à son sujet. »
« Ce qui me garantit la véracité, et, pour cette raison, l’éternité de mes philosophâmes, c’est que je ne les ai pas faits moi-même ; c’est eux qui se sont faits.
Ils sont nés en moi sans ma participation, dans des moments où toute volonté était chez moi en quelque sorte profondément endormie, et où mon intellect, complètement abandonné à lui-même et oisivement actif, saisissait l’intuition du monde réel et la mettait en parallèle avec le penser, tous deux jouant en quelque sorte ensemble, sans que ma volonté présidât d’une façon quelconque à l'affaire ; le tout, au contraire, s’effectuait sans ma participation, absolument de soi. »

Citation
«Toute biographie est une pathographie »
A. Schopenhauer
Le bagne de Toulon

Arthur a quinze ans en 1803 lorsqu’il effectue un grand voyage autour de l’Europe avec ses parents.
Lors d’une visite au bagne de Toulon dans le quartier des galériens, le jeune homme va constater l’horreur suscité par ce misérable monde clos.
Cette visite qui le marquera durablement le fera dire plus tard :
« Ne sommes-nous pas tous compagnons d’une colonie pénitentiaire ! »
Le bagne de Toulon (1803)
« Tous les travaux pénibles de l’arsenal sont exécutés par des galériens. Leur vue frappe les étrangers. On les range en trois catégories : la première est formée de ceux qui sont condamnés pour des crimes légers, et qui sont là pour peu de temps, comme les déserteurs, les soldats qui ont manqué à l’obéissance. Ils portent seulement un anneau de fer aux pieds, et circulent librement, c’est-à-dire dans l’arsenal, car la ville est interdite aux forçats. La deuxième catégorie est constituée de plus grands criminels. Ils travaillent enchaînés deux par deux, par des fers aux pieds. La troisième catégorie, formée des plus grands criminels, est enchaînée aux bancs des galères qu’elle ne quitte jamais. Ceux-ci font des travaux qu’ils peuvent exécuter assis. Je considère que le sort de ces malheureux est beaucoup plus affreux que celui des condamnés à mort. Les galères que j’ai vues de l’extérieur semblent être les endroits les plus sales et les plus écœurants que l’on puisse imaginer. Les galères ne naviguent plus : ce sont de vieux navires désaffectés. Le lit du forçat, c’est le banc auquel il est enchaîné. L’eau et le pain sont toute sa nourriture, et je ne comprends pas pourquoi ils ne périssent pas plus tôt, puisqu’ils manquent de toute nourriture substantielle et sont dévorés par le chagrin et épuisés par le travail, car pendant leur esclavage on les traite comme des bêtes de somme. Il est affreux de songer que la vie de ces misérables galériens est dépourvue de la moindre joie et n’a plus aucun but, pour eux dont les souffrances ne s’achèveront pas avant vingt-cinq ans. Peut-on imaginer un sentiment plus affreux que celui qu’éprouve un malheureux qui est enchaîné au banc d’une galère sombre, d’où seule la mort peut le détacher ? Chez certains, la souffrance est encore augmentée par la présence continuelle de celui qui est attaché à la même chaîne. Et quand arrive enfin le moment qu’il désire depuis dix ou douze ans, ou ce qui est plus rare, depuis vingt ans, avec des soupirs quotidiens de désespoir, c’est-à-dire la fin de l’esclavage, que devient-il ? Peut-il revenir dans un monde pour lequel il est mort depuis dix ans ? Les chances qu’il avait dix ans auparavant lorsqu’il était plus jeune ont disparu. Personne ne veut prendre celui qui revient d’une galère, et dix ans de châtiment ne l’ont pas lavé du crime d’un moment. Il doit redevenir criminel et il finit aux assises. J’ai été atterré d’apprendre qu’il y avait six mille galériens » (Journal de voyage, Mercure de France)
la philosophie de Schopenhauer
A vingt ans Arthur Schopenhauer note dans son journal :
« Au fond de l’être humain, il y a cette conviction confiante qu’il y a hors de lui-même, une chose qui est consciente de lui comme il l’est lui-même ».
Le philosophe développera cette pensée jusqu’au bout en réinterprétant le concept kantien de la chose en soi.
Emmanuel Kant nomme chose en soi la face cachée de toutes nos représentations. Selon Kant, cette chose en soi qui est en dehors de nous est inaccessible et constitue la vérité du monde.
Elle est radicalement méconnaissable et se distingue du monde sensible. Kant oppose la chose en soi au phénomène c'est-à-dire les choses telles que nous les connaissons au moyen de nos sens.
Prenant le contrepied de ce dualisme kantien, Schopenhauer voit dans la chose en soi la réalité du corps qu’il nommera par la suite Volonté.
Kant a reculé la chose en soi dans un lointain absolu, Schopenhauer en fera la réalité la plus proche.
L’être est livré à la poussé, à la pulsion, au désir et à la douleur du corps. Telle est la chose en soi ; et on est soi-même cette chose en soi.
La Volonté est la chose en soi, l’être métaphysique du monde, et la représentation est son phénomène.
Le titre de l’œuvre principale ramasse en une seule et brève formule toute la philosophie de Schopenhauer :
Le monde comme volonté et comme représentation.
En 1818 quand il achève la rédaction de son grand ouvrage, il a le sentiment qu’il a accompli la véritable tâche de sa vie.
Avant Schopenhauer les philosophes s’étaient égaré dans le pourquoi au lieu de regarder le quoi.
On cherchait la vérité dans le lointain au lieu de saisir partout le proche. Schopenhauer invite à aller en soi-même afin de résoudre l’énigme de l’être.
Pour cela, il ne manque pas de souligner le rôle premier de l’intuition intelligente par rapport à la réflexion rationnelle que privilégiait la façon de voir de son époque et encore la nôtre aujourd’hui.
Schopenhauer n’explique pas le monde, il se demande ce qu’est l’être. Il appelle Volonté la nature intérieure du monde, cette force primaire, vitale et sans but.
Avant même les découvertes de Darwin sur l’évolution des espèces, il fut le premier à déclarer que l’homme est un animal.
Si pour expliquer le monde les autres systèmes philosophiques partent du "sujet connaissant", Schopenhauer, lui, part du "sujet voulant".
La chose en soi ne se situe pas dans la pensée mais dans la volonté.
Dans sa philosophie, Schopenhauer écarte toute idée d’arrière monde et fustige tout fantasme de l’au-delà.
Elle est par là radicalement athée en faisant disparaitre le dualisme traditionnel du corps et de l’âme : le corps comme volonté incarnée devient le principe de toute une métaphysique.
Donc, « l’être n’est rien d’autre que volonté aveugle, quelque chose de vital et d’opaque qui ne renvoie à rien de visé, à rien de voulu.
Son sens réside dans le fait qu’il n’a pas de sens mais que, simplement, il est.»
En congédiant l’idéalisme et le matérialisme, Schopenhauer réussira le coup de maître de penser l’être dans une immanence radicale sans pour autant sacrifier la métaphysique.
