Vladimir Velickovic

Vladimir Velickovic est né à Belgrade (jadis en Yougoslavie, maintenant en Serbie) en 1935.
Il choisit de se consacrer définitivement à la peinture et au dessin en 1962.
Premier prix de peinture à la Biennale de Paris en 1965, Vladimir Velickovic décide de s’installer l’année suivante dans la capitale française.
Vladimir Velickovic quitte la Yougoslavie en 1966 pour rejoindre Paris, alors capitale mondiale des Arts où il obtient une bourse d'études.
« La figure humaine est l'élément central de ma peinture. Elle est représentée dans tous ses états et toutes les positions. Elle est entourée de deux autres éléments qui constituent également la matrice de ma peinture : la nature et les animaux, en l'occurrence les rats, les chiens et les oiseaux de proie tels que les rapaces, les charognards qui se nourrissent de cadavres ».


Témoin, dans son enfance, des atrocités commises par les nazis en Yougoslavie, il a voué sa peinture à la représentation du corps de l’homme qui est pour lui un champ d’investigation inépuisable.
Puis on entrevoit les références à Grünewald, la crucifixion, les mains du Christ, Bacon, la couleur de la chair, les corps torturés, Goya, les corbeaux, la violence, le rouge et le noir, le gris des nuages, les corps mutilés d’Otto Dix.
Toute une vie à peindre la souffrance, la mort, le sang, l’arbitraire, l’insoutenable, pour nous rappeler l’évidence : la permanence de la barbarie.
L’artiste nous montre toute la cruauté du monde, peintre de la douleur et de la violence, sa palette va a l’essentiel, virtuose cependant dans le traitement des corps, le rouge sang de la violence, le noir et le gris du ciel.
En effet comment imaginer un tel désastre sous un ciel bleu, et pourtant ….
L’artiste témoin des atrocités des troupes nazies dans Belgrade, est pourtant serein avec un regard intense.

« Ma peinture est figurative. On serait tenté de la dire expressionniste. Mais elle s'éloigne de cette école, car elle n'est pas spontanée. Au contraire, elle est très précise et procède d'études préalables. La mise en scène est très importante, car chaque tableau est une autre histoire. Les figures représentées sont presque de taille humaine. La composition est primordiale pour aboutir à l'efficacité de l'image ».
« Les éléments de base d'une peinture se trouvent profondémlent accrochés quelque part dans l'homme lui-même.
Le tempérament, le caractère, l'optique, la vision portée sur l'environnement, sur les événements, le bagage hérité de l'enfance, l'histoire toute bête (et méchante) qu'elle peut être et qui fait, malgré nous, partie de notre quotidien.
Cette histoire que nous faisons et qui nous bâtit.
La violence en réalité, la réalité violente, était toujours pour moi une sorte de double imposé..
Ce n'est pas moi qui ai choisi cela, du moins je le crois. La violence était là, présente, pesante, effrayante, en tenue de combat, en état de guerre et en état d'après-guerre
Forte en rafales de mitraillettes et aussi forte en rafales des mots d'ordre.

J'appartiens à une génération qui a joué avec la violence (et sous la violence), qui a grandi sans que ça change pour autant, et qui vit aujourd'hui toujours en regard de cette monstruosité.
On se réveille avec, on se couche avec Est-ce qu'on peut la rejeter, ne pas la voir, y rester insensible ? Elle s'introduit sous la peau, elle est là, résistante, toujours renouvelée, pas très imaginative, à vrai dire, chiante.
Quoi faire ? S'occuper d'elle, vivre avec, en tout cas on ne peut pas lui échapper. Se battre avec ?
Inutile de négocier.
La peindre. Encore plus cruelle, plus ensanglantée, impitoyable. La faire voir. Mettre en images cet homme décapité, anonyme, fuyant, poursuivi par différentes agressions, parfois agresseur lui-même.
Toute cette peinture est un échange perpétuel d'agressions. On agresse une toile, elle renvoie l'agression en forme d'image. Entre les deux, vous essayez de vous débattre et, comme dit Alain Jouffroy, derrière toute image, il y a une guerre réelle ».
Je suis entièrement dedans, dans cette guerre qui continue d'image en image. Elle me concerne, elle fait partie de mon quotidien. Je n'essaie pas de fuir. J'admets que la peinture peut être différente, et même à l'opposé, mais pour moi, je ne l'ai jamais considérée comme un « fauteuil confortable » selon l'expression de Matisse.
Peut-être une question d'engagement ? ».
Vladimir Velickovic

« En fait je peins ce que l’homme fait à l’homme »


Blessure

Feu