
Max Ernst Le Roi jouant avec la reine
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Le Capricorne
1 - Max Ernst Le Roi jouant avec la reine (1944)

La sculpture "Le Roi jouant avec la reine" est l’une des inventions plastiques les plus remarquables de Max Ernst.
Il réalisa cette précieuse version en plâtre pendant son exil aux États-Unis, en 1944, année très féconde, et en a fait couler plus tard 14 exemplaires en bronze à partir de 1954.
Cette oeuvre représente une figure cornue, assise devant un échiquier, en train de jouer.
Une autre pièce vient compléter celle du roi, les deux « statuettes » représentant deux pièces d’un échiquier, ce qui peut nous rappeler les travaux de Marcel Duchamp et de Lewis Carrol avec son fameux « derrière le miroir ».
La figure cornue, assise devant l’échiquier, en train de jouer — le roi du jeu — évoque le Minotaure de la mythologie grecque, un monstre mi-homme mi-taureau.
Max Ernst sort la « figure » de l’échiquier pour la transformer elle-même en joueur.
Il protège la reine de sa main droite (ou l’empêche d’avancer), pendant qu’il dissimule une autre figure dans sa main gauche.
Le roi démoniaque joue manifestement avec ses sujets en appliquant ses propres règles

On assiste alors à un jeu de pouvoir sur l’échiquier.
Vu dans le contexte de la relation étroite du peintre avec le surréalisme, Le roi jouant avec la reine peut être aussi interpréter comme une image de « l’autre côté du miroir » dans l’existence de chaque individu, le symbole d’une toute-puissance que la raison peut contrôler, qui dirige et décide sans que la individuelle se rende compte de cette manipulation sous-jacente.
Max Ernst avait réalisé dès 1934 une série de sculptures figuratives, qui se présentent comme des oeuvres surréalistes « dotées d’une fonction symbolique ».
Les peintres, les sculpteurs et les créateurs d’objets du mouvement surréaliste avaient pour but de créer librement des images et des objets à partir d’un fonds de mythes et de visions.
2 - Le Capricorne (1948-1964)

Durant l’été 1947, pour le jardin de la maison qu’il construit en Arizona, à Sedona, Max Ernst entreprend sa sculpture la plus ambitieuse : Capricorne .
Comme la plupart, sinon toutes ses sculptures, Capricorne est destiné à un lieu précis.
Max Ernst l’installe comme un défi, comme une protection, face aux vastes paysages montagneux de l’Arizona.
L’œuvre est la somme de formes et de motifs apparus des années plus tôt dans ses œuvres plastiques, dans ses collages.
Le sceptre tenu par le « roi » est une des Asperges de la lune de 1935.
La sirène était apparue sur les murs de sa maison de Saint-Martin d’Ardèche, en 1938.
Le personnage masculin du Capricorne réinterprète la figure du Roi jouant avec la reine [1944].
La compagne de Max Ernst, Dorothea Tanning, évoque la dimension prophylactique du monument :
« […] Un roi et une reine en ciment et en ferraille, gardiens royaux de notre demeure, de nos arbres héroïques, de nos couleurs et de nos pinceaux, de notre paix précaire » (D. Tanning, Birthday , San Francisco, 1986, p. 85).
Le Capricorne hérite sa stylisation formelle, sa signification « magique », sa symbolique astrologique, sa référence aux thèmes de la fertilité, de l’intérêt que Max Ernst porte, dès son arrivée aux États-Unis, en 1939, aux poupées des Indiens Hopis des Mesas.
Le groupe sculpté emprunte l’hiératisme souverain de ses figures aux modèles des couples de pharaons égyptiens, que Max Ernst redécouvre dans les collages qu’il réalise à Sedona pour illustrer les poèmes du recueil Paramyths .
Dans les années 1960, Ernst installera un moulage du Capricorne près de sa maison de Seillans, dans le Var.

