Les Taureaux androcéphales ailés Assyriens

Les plus grandes réalisations architecturales des monarques assyriens étaient de loin leurs palais royaux, qui servaient à symboliser leur domination, à prétention universelle.
Les bas-reliefs qui décoraient de nombreuses salles, couloirs et cours de ces édifices procèdent de la même logique.

Bas-relief d'une partie de chasse au taureau frise de Ninive en albâtre - Musée de Pergame - Berlin
Il s'agit de décors réalisés sur des plaques de calcaire gypseux ou de marbre local et apposées sur la base des murs de briques d'argile.
Les plus anciens bas-reliefs assyriens connus sont ceux du palais nord-ouest d'Assurnasirpal II à Kalkhu (Nimrud) au milieu du IXe siècle. Leur apogée se situe entre la fin du VIlle et le VIle siècle dans le palais de Sargon II à Dur-Sharrukin (Khorsabad) et ceux de Sennachérib et d'Assurbanipal à Ninive.
Les thèmes de ces bas-reliefs sont avant tout les hauts faits militaires du règne du roi qui les commanda, tout comme le font par écrit les Annales royales, genre littéraire qui se développe parallèlement.
Cela sert en partie à commémorer la gloire du roi, à en préserver le souvenir, mais aussi à susciter la crainte des ambassadeurs étrangers venant visiter le palais.

Taureau ailé -522-486 ans, Briques siliceuses, Musée du Louvre
Assurnasirpal II fait donc réaliser des bas-reliefs commémorant ses victoires en Syrie dans sa salle du trône, tandis qu'à partir de Sargon II chaque salle commémore une campagne complète, pratique qui se retrouve dans les palais de Ninive, avec les exemples spectaculaires du siège de Lakish par Sennachérib dans la salle no XXXVI du « palais sud-ouest » et de la campagne d'Élam d'Assurbanipal dans la salle no XXXIII du même édifice.
Des légendes écrites complètent ces représentations. Les thèmes évoluent aussi, ce qui témoigne d'une certaine inventivité de la part des artistes, quoi qu'ils reprennent les sujets des textes et des images de glorification royale existant depuis plusieurs millénaires en Mésopotamie.

Statuette de taureau androcéphale (vers 2120 avant J.C.)
Ainsi, dans les palais de Ninive, Sennachérib fait représenter la sculpture et l'acheminement des taureaux androcéphales ailés de son palais, commémorant son oeuvre de bâtisseur.
Les bas-reliefs de son règne portent une attention particulière aux paysages.
De son côté, Assurbanipal fait représenter un cycle de sculptures sur les chasses durant lesquelles il triomphe notamment d'un lion, symbolisant son rôle de roi maîtrisant les forces de la nature sauvage porteuses de chaos.
Bien que les bas-reliefs représentent toujours les personnages de profil, les artistes pouvaient utiliser des procédés comme les lignes obliques rendant le dynamisme de l'attaque contre Lakish ou les nombreux vides montrant la liberté spatiale des animaux lors des chasses d'Assurbanipal.

Taureau de Khorsabad
Une autre partie des reliefs des palais assyriens avait une fonction sacrée et religieuse en plus de celle architecturale ;
ainsi les représentations de génies protecteurs, les taureaux androcéphales ailés placés aux portes de plusieurs salles du palais, et qui avaient également la fonction architecturale de supporter la voûte surplombant la porte.
Appelés Lamassu ou Shêdu, ce sont les sculptures colossales les plus impressionnantes des palais assyriens.
Ces animaux extraordinaires étaient constitués d'un corps de taureau, d'une paire d'ailes et d'un visage humain.
Ils portaient des tiares entourées d'une ou plusieurs paires de cornes.
Symboles issus de la combinaison entre homme, taureau et oiseau à laquelle les cornes donnent un caractère divin, ils assuraient une protection contre tout ennemi éventuel.
Taillés dans la pierre, ces bêtes fabuleuses étaient des génies bienveillants, protecteurs des villes assyriennes, gardiens de certaines portes de la ville et du palais.
Ils pouvaient mesurer plus de quatre mètres de haut.

Les taureaux, motifs d'inspiration syrienne, sont des éléments caractéristiques du décor des palais assyriens. Ils apparaissent à Nimrud, sous le règne d'Assurnasirpal II et perdurent jusqu'au règne d'Assurbanipal.