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Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont
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Isidore Ducasse

Comte de Lautréamont

"Je sais que mon anéantissement sera parfait"

De fait Isidore Ducasse dit le Comte de Lautréamont ne nous laissa que peu de traces.

Non seulement il n'existe aucun portrait authentifié de lui, mais encore s'est-il appliqué à effacer des ses oeuvres toute trace permettant de donner des repères sur sa vie.

 

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Des doutes subsistent sur l'authenticité de la seule photo connue d'Isidore Ducasse . 

 

 

"Je ne laisserai pas des Mémoires", nous dit-il au commencement des Poésies, et il n'en laissa point.

 


Sa vie privée est presque aussi complètement inconnue que sa vie publique, et l'on peut penser qu'il n'est peut-être pas absolument étranger à cet état de fait.

 


Isidore Ducasse est né de parents français, en 1846, à Montevideo.
Il fait des études secondaires en France, au collège de Tarbes et au lycée de Pau, où il est interne; puis il se rend à Paris pour préparer l'École Polytechnique.

 


Sous le pseudonyme « comte de Lautréamont », il publie, en 1869, une oeuvre en prose poétique, les Chants de Maldoror, qui passa totalement inaperçue; puis, sous le titre paradoxal Poésies, deux fragments de préface pour « un livre futur » qui n'a jamais été écrit.
Il meurt phtisique en 1870.

 
Son oeuvre fut exaltée après 1920 par les surréalistes; elle apparaît aujourd'hui comme une expression particulièrement intense du désespoir et de la frénésie romantiques.

 

Portrait imaginaire de Lautréamont par Salvador Dali (1937)

 

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Au début des Chants, Maldoror, le héros, est représenté en général sous une forme humaine; il incarne les misères et les angoisses de son créateur.
Il va « pâle et voûté »; il a le sang appauvri, la bouche amaigrie; son visage est « maquillé par les rides précoces»; et la nature «fait luire ses yeux avec la flamme aigre de la fièvre».

 


Doué d'une faculté de discernement peu commune, il souffre de sa lucidité même, qui a détruit ses illusions.

 
En même temps se sont révélées à lui les formes multiples de la souffrance imposée à l'humanité et des calamités qui la persécutent, guerres, incendies, naufrages ou maladies.

 
Torturé par son ignorance tragique, découragé par son expérience amère de la douleur et du vice, il s'abandonne au désespoir, qui l' « enivre comme le vin » et se révolte contre Dieu.

 

Maldoror devient alors un symbole infernal.


Il cesse d'incarner le drame d'un homme et ressemble au Minotaure ou à la Bête de l'Apocalypse.


Cavalier fantôme, il hante, comme le Mal, toute la surface de la terre.


Comme le Mal encore, il revêt les formes les plus imprévues : un décret de sa volonté lui permet d'immédiates métamorphoses; il devient poulpe ou aigle, grillon d'égout ou cygne noir.

 


Sa fureur vengeresse se manifeste par des actions forcenées ou par des imprécations d'une inimaginable violence.

 
L'oeuvre est d'ailleurs étrangement diverse : les strophes lyriques alternent avec les épisodes fantastiques, les périodes oratoires avec les images fulgurantes; mais le héros maudit est présent à toutes les pages pour illustrer la terrible déclaration du premier chant

 

«Moi, je fais servir mon génie à peindre les délices de la cruauté.»

 

Portrait imaginaire de Lautréamont par Félix Valloton

 

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont

Les Chants de Maldoror

 

PREMIER CHANT - STROPHE 1

 

"Plut au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison; car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant. ..."

 

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont

Les Chants de Maldoror

 

CHANT II, STROPHE 8

 

"Un jour, jour néfaste, je grandissais en beauté et en innocence; et chacun admirait l'intelligence et la bonté du divin adolescent. Beaucoup de consciences rougissaient quand elles contemplaient ces traits limpides où son âme avait placé son trône. On ne s'approchait de lui qu'avec vénération, parce qu'on remarquait dans ses yeux le regard d'un ange. Mais non, je savais que les roses heureuses de l'adolescence ne devaient pas fleurir perpétuellement, tressées en guirlandes capricieuses, sur son front modeste et noble, qu'embrassaient avec frénésie toutes les mères. Il commençait à me sembler que l'univers, avec sa voûte étoilée de globes impassibles et agaçants, n'était peut-être pas ce que j'avais rêvé de plus grandiose."

 

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont

Les Chants de Maldoror

 

CHANT IV - STROPHE 4

 

"Je suis sale. Les poux me rongent. Les pourceaux, quand ils me regardent, vomissent. Les croûtes et les escarres de la lèpre ont écaillé ma peau, couverte de pus jaunâtre. Je ne connais pas l'eau des fleuves, ni la rosée des nuages. Sur ma nuque, comme un fumier, pousse un énorme champignon, aux pédoncules ombellifères. Assis sur un meuble informe, je n'ai pas bougé mes membres depuis quatre siècles. Mes pieds ont pris racine dans le sol et composent, jusqu'à mon ventre, une sorte de végétation vivace, remplie d'ignobles parasites, qui ne dérive pas encore de la plante, et qui n'est plus de la chair. Cependant mon coeur bat. Mais comment battrait-il, si la pourriture et les exhalaisons de mon cadavre (je n'ose pas dire corps) ne le nourrissaient abondamment. Sous mon aisselle gauche, une famille de crapauds a pris résidence, et, quand l'un d'eux remue, il me fait des chatouilles. Prenez garde qu'il ne s'en échappe un, et ne vienne gratter, avec sa bouche, le dedans de votre oreille : il serait ensuite capable d'entrer dans votre cerveau."

 

Et pour finir un extrait de "Poésies" dans lequel Lautréamont dit tout le bien qu'il pense de ses contemporains:

 

 

Il y a des écrivains ravalés, dangereux loustics, farceurs au quarteron, sombres mystificateurs, véritables aliénés, qui mériteraient de peupler Bicêtre. Leurs têtes crétinisantes, d'où une tuile a été enlevée, créent des fantômes gigantesques, qui descendent au lieu de monter.

 

 

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont
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A
<br /> Merci pour ce billet. Le dernier extrait des Chants est saisissant. <br />  <br />  <br /> <br />  <br />
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M
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C
Oui, Lautréamont, un écrivain qui a marqué mon adolescence au fer rouge, par sa sensibilité et ses visions. Il faut que je le relise...<br /> Merci pour cet article Serge!<br /> Amitiés<br /> Cyril
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K
et viii, lautréamont...que dire...rien évidemment...
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A
Comme d'hab', il faut que je revienne lire tout ça...
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