Chronologie par Michel Delon
1740-1744
Marie-Eléonore de Maillé de Carman, comtesse de Sade, met au monde, le 2 juin 1740, dans l'hôtel de Condé à Paris, un enfant de sexe masculin. Elle a épousé sept ans plus tôt Jean-Baptiste François de Sade, issu d'une vieille famille provençale. Les époux donnent au nouveau-né les prénoms de Louis Aldonze Donatien que les domestiques, chargés de représenter le parrain et la marraine à l'église voisine de Saint-Sulpice, transforment en Donatien Alphonse François. Le petit garçon passe ses premières années à l'hôtel de Condé, en compagnie de son parent. Louis joseph de Bourbon, prince de Condé, de quatre ans son aîné. On a l'habitude de tenir pour autobiographique une page d'Aline et Valcour:
1744-1750
Le comte de Sade, agent plénipotentiaire à Cologne auprès du prince électeur, se débat dans une situation difficile, compliquée par ses maladresses et ses indélicatesses. Il finit par se brouiller avec le prince électeur mais n'avertit pas la cour de France afin de continuer à percevoir ses appointements. Il va être arrêté par les troupes autrichiennes lors d'un voyage et rester plusieurs mois prisonnier à Anvers sans que le prince électeur veuille intervenir en sa faveur. Donatien Alphonse François est envoyé en Provence dans sa famille paternelle : chez ses tantes à Avignon, puis chez son oncle, l'abbé de Sade, lettré qui est en correspondance avec Voltaire. Ce dernier le félicitait d'une promotion ecclésiastique par cette épître : « Ah ! tout prêtre que vous serez. Seigneur, seigneur, vous aimerez. / Fussiez-vous évêque ou saint-père, / Vous aimerez et vous plairez. / Voilà votre vrai ministère / Et dans l'Eglise et dans Cythère. »
L'abbé de Sade travaille à des Mémoires pour la vie de Pétrarque qui paraîtront en 1764 et 1767. Il assure sans doute la première éducation de son neveu qu'il accueille au château de Saumane, près de L'Isle-sur-Sorgue et peut-être dans l'abbaye de Saint-Léger-d'Ebreuil en Bourbonnais dont il est abbé commendataire.
1750-1757
Après cette double expérience d'une aristocratie princière à Paris et d'une aristocratie provinciale nettement moins fortunée, Donatien revient dans la capitale. Il est confié à un précepteur privé, l'abbé Amblet, et entre au collège Louis-Le-Grand, tenu par les Jésuites. Il y reçoit vraisemblablement une solide culture classique et s'initie peut-être aussi aux pratiques homosexuelles. En 1753 ou 1754, il est inscrit à l'Ecole de cavalerie dépendant du régiment des chevau-légers du roi, à Versailles. Il devient sous-lieutenant sans appointement au régiment du Roi Infanterie (1755) puis cornette au régiment du comte de Provence (1757).
1757-1763
La guerre de Sept ans éclate, l'armée française entre en Allemagne. Sade évoque ces années dans Aline et Valcour:
Sade devient capitaine au régiment de Bourgogne Cavalerie. Un de ses compagnons d'armes le décrit comme furieusement combustible », un de ses supérieurs comme fort dérangé, mais fort brave ».
Dans une lettre ultérieure, Sade parlera d'une liaison allemande :
La famille n'a pas les moyens de lui acheter le commandement d'une compagnie de gendarmerie qu'il aurait pu obtenir.
1763
La signature du peu glorieux traité de Paris met fin à la guerre de Sept ans. Sade est réformé comme capitaine de cavalerie. Il retrouve son père malade et proche de la ruine, qui ne songe qu'à le marier à une riche héritière pour sortir de cette situation catastrophique. Malgré le penchant du jeune homme pour une voisine provençale, Mlle de Lauris, c'est René Pélagie de Montreuil, fille d'un président à la cour des Aides, fort bien dotée, qui est choisie par la famille. Le mariage ne traîne pas. Il est célébré le 17 mai 1763 à l'église Saint-Roch. Le comte de Sade se réjouit « d'être débarrassé de ce petit garçon-là qui n'a pas une qualité qui soit bonne, et qui a toutes les mauvaises. » Il plaint les Montreuil d'« une si mauvaise acquisition, capable de faire toutes sortes de sottises. »
La belle-famille est pourtant ravie du nouveau gendre qui semble enchanter son épouse et anime un théâtre de société. Elle ferme les yeux sur ses escapades dans une petite maison qu'il a louée à ce dessein. Le 18 octobre, il est incarcéré à Vincennes pour « débauche outrée » et « impiété horrible » avec une jeune ouvrière, Jeanne Testard. Mais dès le 13 novembre, il est libéré et assigné à résidence au château des Montreuil à Echauffour, en Normandie. Un inspecteur de police est chargé de surveiller ses allées et venues à Paris et, en particulier, ses détours dans les quartiers de la prostitution.
Le belle-famille reste indulgente pour des frasques de grand seigneur : son père, le comte de Sade, n'a-t-il pas été arrêté autrefois pour drague homosexuelle aux Tuileries ? Et l'oncle, abbé et grand vicaire, ne vient-il pas de se faire surprendre par la police dans une maison de passe ?
1764-1767
Le père se démet en faveur de son fils de la charge de lieutenant général pour le Roi aux provinces de Bresse, Bugey, Valromey et Gex. Sade se rend à Dijon pour prononcer devant le Parlement son discours de réception. Les familles de Sade et de Montreuil le pressent de se montrer à la Cour et de gagner les faveurs du Roi. Donatien leur préfère celles des courtisanes : l'inspecteur Marais qui le surveille fait des rapports sur ses liaisons avec des actrices vénales de haut vol : Mlle Colet (1764), Mlle de Beauvoisin (1765), Mlle Dorville, Mlle Le Clair (1766) et bien d'autres. Le marquis n'hésite pas à faire le voyage de Provence avec la Beauvoisin qu'il laisse passer pour sa femme. Il donne des fêtes au château de Lacoste, demeure familiale dont il a restauré le théâtre. Son oncle intercède pour obtenir l'indulgence de Mme de Montreuil :« Il faut qu'il jette sa gourme. Il est actuellement dans le feu des passions ; vous avez raison de dire que c'est une tête qui veut être ménagée. Il serait dangereux de le prendre, comme a fait son père, à rebrousse-poil : il serait capable de donner dans les plus grands écarts. Ce n'est qu'à force de douceur, d'indulgence et de raison qu'on peut espérer de le ramener. » Mme de Montreuil s'étonne et s'inquiète: « Quel dommage ! Il a tout ce qu'il faut pour faire son bonheur, en faisant celui de ceux avec qui il a à vivre. S'il voulait seulement être raisonnable et décent... »
En novembre 1766, Sade loue une nouvelle petite maison à Arcueil. Un témoin affirmera: « il y cause beaucoup de scandale, y amenant jour et nuit des personnes de l'un et l'autre sexe avec lesquelles il est en commerce de débauche. » L'inspecteur Marais prévient: « On ne tardera pas à entendre parler encore des horreurs de M. le comte de Sade. »
Le 30 janvier 1767, le père meurt. Mme de Montreuil est émue de la douleur du fils: « La façon dont son fils a senti cette perte et en est touché, me raccommode avec lui tout à fait. » Le 21 août, il se rend en Provence pour être reconnu seigneur de Lacoste. Il se fait appeler comte de Sade, mais la confusion demeure entre les titres de comte et de marquis. Il est promu capitaine commandant au régiment du Mestre de camp Cavalerie. Le 27 août, Renée Pélagie met au monde leur premier enfant, c'est un fils, Louis René, baptisé dans la chapelle de l'hôtel de Condé : le prince de Condé et la princesse de Conti sont les parrains.
1768-1771
A la mi-avril, des rumeurs se répandent dans Paris sur des horreurs commises dans la petite maison d'Arcueil. On parle de plus en plus ouvertement de femme mise en sang, menacée de mort, puis de cadavres, de vivisection. En réalité, le 3 avril, Sade avait recruté une mendiante, Rose Keller, l'avait amenée à Arcueil, déshabillée de force puis flagellée. C'est une « dérision de la passion », en ce jour de Pâques, affirment certains. Rose Keller est parvenue à s'enfuir, elle porte plainte, avant d'être payée grassement par la famille pour se désister. Mais l'opinion est alertée, le scandale public. Sade est incarcéré à Saumur, puis à Pierre-Encise près de Lyon. Il y reste jusqu'au 16 novembre, date de son élargissement et assignation à résidence à Lacoste. La marquise est venue l'attendre à sa sortie de prison. Le 27 juin 1769, elle lui donne un second fils Donatien Claude Armand, conçu lors d'une visite et baptisé dans la stricte intimité.
Mme de Montreuil s'inquiète du pied sur lequel vit son gendre et des dettes qu'il accumule. Elle ne désespère pas pour autant: « Je crois le coeur bon et l'esprit susceptible de raison quand on lui parle raison. »
A l'automne 1769, il visite les Pays-Bas, selon le manuscrit du Voyage en Hollande qui a été conservé. Il affirmera plus tard que « les pinceaux de l'Arétin » lui ont payé six mois de « menus plaisirs » en France et « fait voyager deux mois en Hollande sans y dépenser un sol ». Ce volume pornographique n'a pas été identifié.
La mauvaise réputation empêche Sade, de retour en France, de reprendre du service dans l'armée. Il est nommé « mestre de camp attaché à la cavalerie » sans traitement : c'est la fin de sa carrière militaire. Le 17 avril 1771 naît sa fille, Madeleine Laure, dont le second prénom rappelle le souvenir de Laure, chantée par Pétrarque, que la famille de Sade compte parmi ses ancêtres.
Sade se partage entre Paris où ses dettes le conduisent quelques jours en prison, et Lacoste où il accueille sa jeune belle soeur, Anne-Prospère de Launay, chanoissesse, qui devient sa maîtresse. Il organise des représentations théâtrales dans ses propriétés et à travers la Provence.
1772-1777
Second grand scandale : le samedi 27 juin 1772, Sade réunit à Marseille quatre prostituées et son valet Latour. Il leur fait absorber des aphrodisiaques, les fouette, s'en fait fouetter, il branle son domestique et se fait sodomiser. Les filles, rendues malades par les aphrodisiaques, croient être empoisonnées et se rendent à la police. La procédure est expéditive. Sade fuit en Italie avec Latour. Ils sont l'un et l'autre condamnés à mort par contumace et exécutés en effigie sur une place d'Aix-en-Provence.
Le romancier des Cent vingt journées de Sodome racontera:
Comme en 1768, la rumeur s'enfle et fabule. On parle d'un vaste bal qui aurait dégénéré en orgie sous l'effet des aphrodisiaques, de viols et de morts. On parle aussi de l'enlèvement de la chanoinesse qui a suivi son beau-frère en Italie.
Le gouvernement français intervient auprès de la cour de Piémont-Sardaigne pour obtenir l'arrestation du fugitif qui se fait appeler comte de Mazan et qui est incarcéré le 8 décembre 1772 au fort de Miolans en Savoie. Le prisonnier ne reste pas inactif et dès le 30 avril 1773, avec l'aide de la fidèle Renée Pélagie, il trompe la surveillance de ses géôliers. Il se rend à Grenoble et brouille les pistes en allant à Bordeaux, en voyageant peut-être en Espagne, avant de revenir à Lacoste.
La police veut s'emparer de l'homme mais aussi de ses « papiers »: s'agit-il de documents sur ses orgies, de manuscrits pornographiques ? Renée Pélagie s'indigne d'une perquisition qui, au début de 1774, prend l'allure d'une véritable prise d'assaut du château de Lacoste :« Les échelles étaient préparées, les murs du château sont escaladés ; on entre, le pistolet et l'épée à la main (...) Il n'est sorte d'hostilités qu'ils ne commettent, il n'est sorte d'infamies qu'ils ne déclament contre la personne du marquis de Sade. » Mais le marquis a pu s'échapper.
A la fin de cette année 1774, il écrit à son homme d'affaires, Gaufridy :« Nous sommes décidés, pour mille raisons, à voir très peu de monde cet hiver. » Parmi les mille raisons, faut-il compter le voyage que M. et Mme de Sade font à Lyon et à Vienne pour engager cinq jeunes filles et un garçon comme domestiques et secrétaire ? Les six adolescents participent sans doute à des orgies dont le détail ne s'est pas ébruité. Une des filles s'enfuit sans que la « jaserie » se transforme en une nouvelle affaire, « une affaire à faire tirer à quatre chevaux » selon l'expression même de l'intéressé qui préfère reprendre le chemin de l'Italie, sous le nom de comte de Mazan, accompagné d'un domestique, La Jeunesse ou Carteron. Il visite Turin, Plaisance, Parme, Modène, Florence, Rome, Naples... De retour à Grenoble puis à Lacoste, il met au net son Voyage d'Italie, ou Dissertations critiques, historiques et philosophiques sur les villes de Florence, Rome et Naples, 1775-1776.
Il engage de nouvelles domestiques, un nouveau secrétaire. Le père de l'une d'entre elles vient réclamer sa fille, le 17 janvier 1777, à coups de pistolet. Tout le village est en émoi. A la fin du mois, une lettre avertit Sade que sa mère est au plus mal à Paris. Il quitte aussitôt Lacoste pour se rendre à son chevet. Il arrive trop tard pour la voir vivante, mais assez tôt pour se faire arrêter. Il est incarcéré par lettre de cachet à Vincennes, le 13 février.
1778-1784
La requête en cassation progresse. Le prisonnier descend sous bonne garde à Aix-en-Provence pour la révision de son procès. La condamnation à mort est cassée et commuée en une amende de cinquante livres et une admonestation. L'amende réglée et l'admonestation écoutée, Sade se croit libre. Il reste sous le coup de la lettre de cachet : l'inspecteur Marais est chargé de le ramener en prison à Paris. Le 16 juillet, sur le chemin du retour, Sade échappe à ses gardiens : sa cavale ne dure que trente-neuf jours au terme desquels il est repris à Lacoste et conduit à Vincennes. Les portes du château de Vincennes se referment sur un homme révolté, certain d'être victime d'une décision des clans familiaux de Montreuil et de Sade. La perte de liberté, explique-t-il, est « pour l'espèce de physique » qu'il a reçu de la nature « le supplice le plus horrible » qu'on puisse lui imposer. Il multiplie les lettres pour faire cesser cette détention ou, du moins, savoir quelle en sera la durée.
Il cherche à découvrir la date de sa libération à travers des « signaux » de sa vie quotidienne et de sa correspondance, qu'un code numérique permettrait de déchiffrer. Il prend soigneusement note de ses séances de masturbation et de ses lectures. Pour améliorer les unes et les autres, il réclame à sa femme ce qu'il nomme des « prestiges » au sens ancien d'illusions, d'apparences trompeuses, c'est-à-dire des flacons ou des étuis de bois qui lui servent de godemichés, et de longues listes de livres qui associent romans et traités philosophiques, pièces de théâtre et récits de voyage. Il s'endort en février 1779 sur la vie de Pétrarque, racontée par l'abbé de Sade, et croit voir Laure lui apparaître.
L'existence du prisonnier est ponctuée par des accès de colère qui cristallisent sur des figures qui seraient à l'origine de ses malheurs : Mme de Montreuil au premier rang, Mme de Sade elle-même dont les visites à partir de 1781 déclenchent une crise de jalousie chez Sade, obsédé par les infidélités imaginaires de sa femme, le gouverneur de la prison, le lieutenant de police... Une altercation l'oppose à son voisin en Provence, retrouvé à la Bastille, Mirabeau, qui profite de son incarcération pour manier lui aussi « les pinceaux de l'Arétin ». Sa santé se dégrade, ses yeux en particulier le font souffrir. Il trompe l'ennui en rédigeant, à côté de lettres administratives ou bien familiales, des missives ironiques à son valet Carteron et à son ancienne gouvernante provençale, Mlle de Rousset pour laquelle il rédige en 1782 des Etrennes philosophiques.
Il compose des pièces de théâtre (des comédies comme L'Inconstant en 1781 et des tragédies comme Jeanne Laisné ou le siège de Beauvais en 1783), un dialogue philosophique (Dialogue entre un prêtre et un moribond en 1782). Il entreprend Les Cent vingt journées de Sodome qu'il définit lui-même comme « le récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe, pareil livre ne se rencontrant ni chez les anciens ni chez les modernes. » Le prisonnier résume son drame à Renée Pélagie:
1784-1789
Le 29 février 1784, Sade est transféré de Vincennes à la Bastille. Il est logé « à la deuxième liberté », ce qui signifie au deuxième étage de la tour de la Liberté. Il proteste aussitôt contre les règlements qui restreignent son quotidien. Il poursuit les séances de vanille et de manille (la vanille est censée échauffante, la manille est un jeu de mains et de prestiges), ainsi que son travail littéraire. Du 22 octobre au 28 novembre 1785, il met au net les brouillons des Cent vingt journées de Sodome sur un papier fin qui peut être roulé sur lui-même et dissimulé dans un des « prestiges ». Dès l'année suivante, il réclame à Mme de Sade des documents pour avancer la rédaction d'un roman épistolaire, Aline et Valcour, dont il lui donnera le manuscrit à lire en 1789. Il compose également des nouvelles dont il tirera la matière des Crimes de l'amour. Il imagine Les Infortunes de la vertu qui est la première version de Justine. Le premier octobre 1788, il peut établir le riche catalogue raisonné de ses oeuvres : une dizaine de pièces de théâtre, deux volumes du Portefeuille d'un homme de lettres qui devait être un mélange d'essais et de contes, le roman par lettres Aline et Valcour et une trentaine de nouvelles, sans compter l'inavouable rouleau des Cent vingt journées de Sodome. Sa santé et son apparence physique ont souffert des années de réclusion. Il se plaint de douleurs oculaires, de migraines, de crises de goutte. Médecins et chirurgiens doivent venir le soigner dans sa cellule. Il a beaucoup grossi, mais continue à réclamer liqueurs et chocolats, gâteaux et friandises. Il met tous ses soins à composer ses menus.
1789-1790
Le marquis de Launay, gouverneur de la Bastille, inquiet des mouvements de la foule parisienne autour de la forteresse, avertit le gouvernement des menées de son prisonnier: « Il s'est mis hier midi à sa fenêtre, et a crié de toutes ses forces et a été entendu de tout le voisinage et des passants, qu'on égorgeait, qu'on assassinait les prisonniers de la Bastille, et qu'il fallait venir à leur secours. Il a récidivé ses cris et ses plaintes bruyants. » Sade est transféré de la Bastille au couvent de Charenton, le 2 juillet. Il laisse derrière lui ses affaires personnelles et le précieux rouleau des Cent vingt journées de Sodome. Il proteste « contre cette démarche tyrannique, injuste, déplacée, barbare et outrageant visiblement les constitutions de la monarchie française » et jure que le premier usage qu'il fera de la liberté sera de dénoncer « l'infâme violence » dont il est victime. Cette lettre est datée du 9 juillet.
Cinq jours plus tard, la Bastille est prise et le marquis de Launay assassiné. Le prisonnier doit encore attendre huit mois que l'Assemblée abolisse les lettres de cachet, pour que s'ouvrent le 2 avril 1790 les portes de sa geôle. Il fait le bilan de ces années d'incarcération:
Mme de Sade refuse de recevoir son mari libéré et réclame le divorce au nom d'une loi récemment votée par
l'Assemblée. La séparation de corps est prononcée le 9 juin. Sade se plaint aussi de la froideur de ses fils:
A la fin de 1790, il s'installe à La Chaussée d'Antin avec une actrice séparée de son mari, Marie Constance Quesnet, qui restera à ses côtés jusqu'à la fin de sa vie. Il écrit à Gaufridy:
Il fréquente d'anciennes connaissances qui l'introduisent parmi les monarchistes constitutionnels. Il est reçu chez les Clermont-Tonnerre. Il s'inscrit à la section de la place Vendôme qui, de modérée, va se radicaliser en devenant la section des Piques.