Publicité

Sade, un monstre ?

Sade, un monstre ?
Publicité

Sade passe presque trente ans de sa vie en prison.

 

Malgré tout, on peut s'interroger : Sade est-il un monstre ?

 

Il va de soi que Sade possède une psychologie tout à fait particulière:

Le marquis vit une enfance incroyable, peuplée de modèles éducatifs aberrants et caractérisée par un désert affectif effrayant.

 

Son père est très volage et entretient des prostituées dans son château.

Il force son épouse à se retirer dans un couvent.

À cette époque, Donatien a quatre ans et il ne reverra presque plus sa mère ;

il la déteste très vite à cause de cette absence, tandis qu'il se met à admirer son père.

C'est l'amorce, dans la personnalité de Sade, d'une caractéristique qu'on retrouvera aussi dans sa pensée.

En effet, la mère est associée chez tout enfant à la Nature, à tout ce qui est spontané, épanoui, libre, chaleureux et nourricier.

L'enfant privé de mère rejette donc la Nature comme hostile et monstrueuse.

On associe, en psychanalyse, le rejet de la Nature à l'image de la "mauvaise mère".

"La cruauté est dans la nature", dit Sade qui ne verra désormais en autrui qu'un instrument.

Il nie le lien qui le rattache aux autres humains.

 

Deux autres libertins notoires achèvent d'égarer ce jeune esprit déjà troublé.

 

L'enfant est confié durant plusieurs années au comte de Charolais, un des hommes les plus cruels et les plus débauchés de son temps, et l'abbé de Sade, l'oncle de Donatien, l'héberge ensuite dans son château de Saumane, près d'Avignon.

 

Saumane est une forteresse impressionnante, moyenâgeuse, enserrée entre deux étroits vallons, dans une Provence aride et sauvage.

/.../

 

Après quelques années passées au collège Louis-le-Grand, où les pratiques du châtiment corporel et de la sodomie sont très répandues,

il ne tarde pas à avoir maille à partir avec la justice.

 

 

 

Dès 1763 - il a 23 ans -, il est impliqué dans plusieurs affaires de moeurs qui se déroulent toujours selon des scénarios semblables :

 
Sade recrute, souvent en compagnie de son valet, des femmes de chambre ou des prostituées, seules ou en groupe.

Parfois, il recrute aussi des hommes.

Il emmène son petit monde dans une maison isolée ou parfois dans son château de La Coste en Provence.

Ensuite, il force ses recrues à participer à des mises en scène érotiques où se mêlent la flagellation, la sodomie et le blasphème.

  

Dans l'affaire dite de Marseille, à la suite d'un accident mineur, Sade est jugé très sévèrement.

Il a fait manger des bonbons à l'anis et à la cantharide à des prostituées et ces bonbons les ont rendues légèrement malades.

Publicité

 

Le marquis est condamné, par défaut, le 3 septembre 1772, pour crimes de sodomie et d'empoisonnement.

 

Il aura la tête tranchée puis son corps sera jeté au feu et les cendres dispersées au vent.

 

La décollation vise le crime d'empoisonnement, le bûcher le crime de sodomie.

 

Or, le crime de sodomie n'était puni que s'il s'accompagnait d'un autre crime.


Dès lors, les biographes de Sade s'interrogent : pourquoi un noble, qui n'est pas le pire des libertins (beaucoup d'entre eux ont tué mais Sade, répétons-le, n'est pas un meurtrier), pourquoi un noble est-il condamné pour un crime qu'il n'a pas commis, à savoir l'empoisonnement ?

 

En effet, d'après les minutes du procès, on constate que celui-ci a été bâclé : pas de plaintes (elles ont été retirées), pas d'empoisonnement mais un accident de dosage de la cantharide, un aphrodisiaque très connu à l'époque et dont le nom n'est même pas cité au procès.

 

Maurice Lever, affirme que Sade a été, en fait, un bouc émissaire.


Pourquoi ? Pour trois raisons.

D'abord, le président du parlement d'Aix-en-Provence, c'est-à-dire la cour qui condamne le marquis, est le pire ennemi du beau-père de Sade, le président de Montreuil, lui aussi magistrat.

 

Deuxièmement, Sade a le goût de la provocation. Il exhibe ses vices au lieu de les cacher.

 

Troisièmement, tout noble qu'il est, c'est un solitaire qui a toujours méprisé la cour du roi, la société, et il n'aime pas les ébats collectifs.

 

En effet, mis à part ses valets, on ne lui connaît aucun compagnon de débauche.

De tels actes, on le redit, sont tristement banals : beaucoup de nobles de l'époque les commettent ; leur naissance et leurs relations leur servent de passe-droit.

 

(le texte est extrait de "Crimes et procès d'écrivains célèbres" de Florence Richter.)

 

Sade, un monstre ?

 Rappel des faits

 

1 - L'affaire Jeanne Testard

 

 

 

 

Publicité

Ce mercredi 19 octobre 1763, Jeanne Testard, ouvrière en éventails, enceinte, témoigne, devant l'inspecteur Marais que la nommée Du Rameau, « femme du monde», lui a proposé une «partie» qui lui rapporterait deux louis d'or, «ce que la comparante ayant accepté, elle l'a mise entre les mains d'un Particulier inconnu à la comparante âgé d'environ vingt-deux ans, de taille d'environ cinq pieds trois pouces».

Il la fait monter dans un carrosse jusqu'à l'extrémité du faubourg Saint-Marceau « dans une petite maison à porte cochère peinte en jaune, avec chardons de fer au-dessus».

Au premier étage, au lieu de la scène attendue, « il lui a d'abord demandé si elle avait de la religion, et si elle croyait en Dieu, en Jésus-Christ et à la Vierge ».

- Oui?

«À quoi le Particulier a répliqué par des injures et des blasphèmes horribles, en disant qu'il n'y avait point de Dieu, qu'il en avait fait l'épreuve, qu'il s'était manualisé jusqu'à pollution dans un calice qu'il avait eu pendant deux heures à sa disposition dans une chapelle, que J.-C. était un j... f... Et la Vierge une B...

Il a ajouté qu'il avait eu commerce avec une fille avec laquelle il avait été communier, qu'il avait pris les deux hosties, les avait mises dans la partie de cette fille et qu'il l'avait vue charnellement, en disant: "Si tu es Dieu, venge-toi:" »


Puis Donatien fait passer Jeanne Testard dans une autre pièce où sont disposés verges et martinets, et plusieurs Christ, peints ou sculptés, mélangés avec d'autres figures peintes « de la plus grande indécence ».


« Il lui a dit qu'il fallait qu'elle le fouettât avec le martinet de fer après l'avoir fait rougir au feu, et qu'il la fouetterait ensuite avec celui des autres martinets qu'elle voudrait choisir. »


Elle refuse, il éclate en imprécations, foule les crucifix aux pieds en se « manualisant » sur eux, l'oblige, sous la menace d'une arme, à en faire autant en proférant des blasphèmes, « a même voulu exiger de la comparante qu'elle prît un lavement et le rendît sur le Christ» , ce qu'elle refuse; il lui lit plusieurs pièces de vers « remplies d'impiétés », lui propose de la voir « d'une façon contraire à la nature », et la renvoie en lui faisant signer une promesse - en blanc - de n'en rien dire à personne.


Jeanne Testard se rend tout droit à la police.

Sade, un monstre ?

 

2 - l'affaire Rose Keller dit affaire d'Arcueuil

 

 

 

 

Le 3 avril 1768, dimanche de Pâques, un jeune homme élégant aborde une certaine Rose Keller, place des Victoires.

Elle est venue lui demander quelque aumône, il lui fait des propositions bien honnêtes de la prendre à son service, la fait monter dans sa voiture, l'amène à Arcueil avec son valet Langlois, qui de son côté a recruté deux filles - des professionnelles celles-là.


Sous la menace, il force la Keller à se déshabiller, l'attache, la fouette jusqu'au sang à plusieurs reprises.

 

Il la lacère ensuite avec un canif, et verse de la cire chaude sur les plaies - « pour les cicatriser », prétendrat-il ensuite.

 

Seuls des juges peu au fait des pratiques de la débauche pouvaient croire à une telle fable:

en fait, il a fait couler sur les plaies cette cire espagnole dont le point de fusion est plus élevé que celui de la cire à bougies ordinaire.

 

Il a en quelque sorte cacheté Rose Keller.


La femme Keller arrive à s'enfuir, est recueillie par deux commères d'Arcueil, qui l'amènent tout droit chez le lieutenant de police qui, prudent, fait constater son état par un médecin: «Toute l'étendue des fesses et une partie du dos vergetées et excoriées avec coupure et contusion forte et longue sur l'arête du dos. »

 

La seconde affaire Sade est lancée.

 

Sade, un monstre ?

 

3 - L'affaire de Marseille  

 

 

 

 

Le jeudi 25 juin 1772, Latour recrute pour son maître, qui ne sera connu des filles, lors de cet épisode, que sous le nom de Lafleur, quatre prostituées entre dix-huit et vingt-cinq ans.

À peine arrivé, à 10 heures du matin, dans l'appartement de Mariette Borély, au 15bis rue d'Aubagne, le jeune homme blond et bien mis exhibe ses écus:


qui devinera combien il en a dans la main ?


Marianne Laverne est l'heureuse gagnante, et première élue: le marquis la fouette et branle en même temps son valet;

puis il reste seul avec la jeune fille, lui fait avaler des bonbons à la cantharide enrobés d'anis, lui propose galamment une sodomie qu'elle aurait refusée, la prie de lui fouetter le cul avec un rouleau de parchemin hérissé d'épingles recourbées:

comme elle défaille presque après les premiers coups, le client transige et accepte d'être frappé avec un simple balai de bruyère.

 

Quelques instants plus tard, il en fait autant à Mariette qui vient de remplacer sa compagne - échangeant bientôt avec elle le rôle d'agent passif.


Irrité par cette fustigation considérable, il renverse sa fouetteuse sur le lit et la pénètre par la voie ordinaire, dit-elle.

Arrive le tour de Rosette Coste.

 

La scène est presque identique, à ceci près que Sade excite manuellement son valet tout en se faisant étriller, et propose à la fille (il offre à chaque fois un louis pour cela) une sodomie qu'elle repousse énergiquement, dira-t-elle.

Entrent Mariannette Laugier et Marianne Laverne.

Il les fouette toutes deux, respire avidement les flatulences provoquées par l'anis carminatif des bonbons, sodomise la Marianne tandis que son valet lui en fait autant

 

C'en est trop, paraît-il, pour d'ordinaires prostituées marseillaises, qui demandent à s'en aller.

 

Fin de la matinée.

 

Les filles, contactées par Latour dans l'après-midi, refusent ce client malcommode.

 

L'entremetteur convainc une certaine Marguerite Coste, qui arrive à la fin du souper.

Même manège de bonbons cantharidés, même refus de toute pénétration antiphysique.


Fin de l'épisode Marseillais

 

 

 

 

Alors, Sade: Monstre ou pas monstre ?

 

 

Sade, un monstre ?
Sade, un monstre ?
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Venez découvrir Sade beaucoup plus digne que l’on pense et moins pervers que l’on dit : <br />  <br /> Sade <br /> par  <br /> Lionel Pellerin,  <br /> Président de la Compagnie du Théâtre des Arts et des Lettres, <br /> Ancien Administrateur de la société des Poètes français,  <br /> A l’affiche au Théâtre Marigny et à L’Elysée Comédie. <br />  <br /> Joyeux libertin… chantre de l’acte au plaisir stérile qui pourtant enfanta à lui seul un genre littéraire. <br />  <br /> Sade ou l’exercice impossible. <br />  <br /> Sade nous révèle-t-il les pensées secrètes d’une cour moins digne qu’elle ne laissait paraître ? <br />  <br /> L’érotisme selon Sade emprisonne-t-il les libertins d’aujourd’hui? <br />  <br /> Les questions trouvent réponses installées au sein de l’Hôtel Bel Ami, dans le confort des salons luxueux de ce charmant quatre étoiles.  <br />  <br /> En plein cœur de Saint-Germain des Prés, la soirée se prolonge par vos débats autour d’un Grand Bordeaux à l’honneur.  <br />  <br /> Mêlant littérature et œnologie, <br /> ’’La Conférence…’’ <br /> menée par un expert reconnu de la profession, est une façon conviviale d’amener le public à débattre et discuter librement… <br />  <br /> Soirée conviviale de référence <br /> Mardi 16 Décembre, 20h00 <br /> Normal : 19 € <br /> Etudiant : 10 € <br /> Hôtel Bel Ami <br /> 5-7 rue Saint Benoit, 75006 Paris <br />  <br /> Réservations au 01 43 80 18 98  <br /> ou : contact@lamaisondufilm.fr  <br /> ou : http://fon.gs/laconference
Répondre
E
"Monstre"? C'est en tout cas quelqu'un qui a contraint des femmes à subir ce qu'elles ne voulaient pas subir... Qui leur a imposé des actes violents...Le problème n'est pas qu'il y ait eu sodomie, ou flagellation, ou autre chose; le problème c'est que ces femmes les aient subies sans même être prévenues de ce qui les attendait... Je n'ai rien contre le fait que des personnes consentantes aient ensemble les pratiques qu'elles souhaitent, et le consentement fait toute la différence, mais enfin, ce n'est pas le cas ici...
Répondre
B
Sade n'est pas un monstre, a part pour les puritains. Qui dit le contraire, que je lui donne quelques bonbons a l'anis...
Répondre
K
C'est avec plaisir que je t'informe d'une prochaine publication de l'oeuvre du marquis éditée au chien rouge, imagée par l'artiste ``rémi, dont j'affectionne le travail, c'est dialogue entre un prêtre et un moribond, à parraître fin mai début juin,tu peux avoir des nouvelles sur le site de CQFD,le chien rouge, aussi sur le site de Rémi www.remi.over-blog.fr
Répondre
C
http://adminv1.over-blog.com/admin-article.php?a=2&recherche=&page=&filtre=&tri=0&Id=5935302&From=1<br /> Sade est un libertin comme il y en avait beaucoup à son époque (et de nos jours) ce qu'on lui reproche finalement c'est d'avoir coucher ses fantasmes sur le papier. L'écriture et la lecture sont pourtant le plus sûr moyen de conjurer ses démons sans passer à l'acte... Sade, qu'on se le dise, fut écrivain, penseur et non pas meurtrier.<br /> Merci pour cet article fort intéressant.
Répondre