Chronologie par Evelyne Grossman
1896. Naissance d'Antoine Marie Joseph Artaud, dit Antonin, le 4 septembre à Marseille.
Son père, Antoine Roi, est capitaine au long cours et possède une petite compagnie maritime.
Sa mère, Euphrasie Nalpas, est issue d'une riche famille de négociants de Smyrne.
Ses deux grands-mères, Catherine Artaud et Marie Nalpas, sont soeurs.
Durant son enfance, il est au contact des langues entendues dans sa famille : grec, turc, italien.
"Me croirez-vous, Henri Thomas, si je vous dis que je ne viens pas de ce monde-ci, que je ne suis pas comme les autres hommes nés d'un père et d'une mère, que je me souviens de la suite infinie de mes vies avant ma soi-disant naissance à Marseille le 4 septembre 1896, 4 rue du Jardin-des-Plantes, et que l'ailleurs d'où je viens n'est pas le ciel mais quelque chose comme l'enfer de la terre à perpétuité. » (Lettre à Henri Thomas du 15 mars 1946).
1905. Mort accidentelle à sept mois de sa petite soeur Germaine à laquelle il était très attaché.
Elle réapparaîtra dans ses écrits de Rodez comme l'une de ses "filles de coeur".
Ses parents auront en tout huit enfants dont trois seulement survécurent.
1910. Élève au collège du Sacré-Coeur de Marseille, dirigé par des maristes.
Il fonde avec des camarades une petite revue où il publie ses premiers poèmes inspirés de Baudelaire et Edgar Poe sous le pseudonyme de Louis des Attides.
1914. Crise dépressive lors de sa dernière année de collège.
Il ne se présente pas à la deuxième partie du baccalauréat, détruit ses écrits.
Il est ajourné au conseil de révision. Il songe à devenir prêtre.
1915-1919. Effectue plusieurs séjours dans des maisons de santé (dépressions, troubles nerveux).
Prend pour la première fois de l'opium en 1919 pour lutter, écrira-t-il, contre « des états de douleurs errantes et d'angoisses ».
1920. Il s'installe à Paris, confié par sa famille au docteur Toulouse, homme de culture et psychiatre reconnu.
Celui-ci le nomme co-secrétaire de sa revue Demain dans laquelle il tiendra la rubrique critique (arts, littérature, théâtre).
Il rencontre Lugné-Poe, devient figurant de théâtre.
Il est rapidement engagé dans la compagnie de Charles Dullin où il joue plusieurs petits rôles.
Rencontre avec la comédienne Génica Athanasiou, à laquelle le lie une passion orageuse jusqu'en 1927.
1923. Travaille avec la compagnie Pitoëff.
Parution de son premier recueil de poèmes, Tric-trac du ciel, illustré de gravures sur bois par Élie Lascaux et publié par la Galerie Simon à cent douze exemplaires.
1924. Il envoie ses poèmes à Jacques Rivière ; parution de la Correspondance avec Jacques Rivière dans la NRF (1er septembre).
Il rencontre André Breton et commence à collaborer à La Révolution surréaliste.
1925. Publie dans de très nombreuses revues ;
responsable du numéro 3 de La Révolution surréaliste ("1925 : fin de l'ère chrétienne"), Publication du Pèse-nerfs et de L'Ombilic des limbes aux éditions de la NRF.
Début du tournage du Napoléon d'Abel Gance (rôle de Marat).
1926. Parution de « Fragments d'un Journal d'Enfer » dans la revue Commerce (printemps 1926).
Publication du manifeste du "Théâtre Alfred Jarry" qu'il fonde avec Roger Vitrac et Robert Aron.
En novembre, il est exclu du groupe surréaliste en même temps que Philippe Soupault.
1927-1930. De 1927 à 1929 ont lieu quatre spectacles du Théâtre Alfred Jarry, dont une mise en scène par Artaud du "Songe" de Strindberg et de "Victor ou les Enfants au pouvoir" de Roger Vitrac.
Les difficultés financières et le manque de soutien le contraignent pourtant à interrompre l'expérience de ce qui fut selon Robert Aron « le seul théâtre surréaliste qui ait tenté de s'établir à Paris ».
Parallèlement, il tourne dans plusieurs films, dont La Passion de Jeanne d'Arc de Carl Dreyer (rôle du moine Massieu).
Il rédige plusieurs scénarios de films, dont La Coquille et le Clergyman (tourné en 1928 par Germaine Dulac, le film fut violemment désavoué par Artaud) tout en multipliant les textes de réflexion sur le théâtre, les manifestes et projets de mises en scène.
1932. Le 1er octobre 1932, le manifeste du Théâtre de la Cruauté paraît dans la NRF.
Son état de santé ne cesse d'empirer : il traverse des crises aiguës de souffrance et d'angoisse qui le conduisent à prendre des doses de plus en plus importantes de laudanum.
A plusieurs reprises, il tente des cures de désintoxication, essaie des séances d'acupuncture, s'adresse en désespoir de cause à des voyantes et thaumaturges divers.
1933-1934. Rencontre Anaïs Nin pour laquelle il éprouve une brève et fulgurante passion.
Publication de Héliogabale ou l'Anarchiste couronné chez Denoël et Steele.
Parution dans la NRF du texte « Le Théâtre et la Peste » qui reçoit un accueil enthousiaste d'André Gide.
1935. Représentations aux Folies-Wagram des Cenci, tragédie d'après Shelley et Stendhal qu'il met en scène dans des décors de Balthus.
Il prépare le recueil de ses textes sur le théâtre, Le Théâtre et son Double, qui paraîtra finalement en 1938.
1936. Séjour au Mexique, en partie financé par une mission du ministère de l'Éducation nationale : nombreux textes et conférences.
Il passe le mois de septembre avec les Indiens de la sierra Tarahumara ; il dira y avoir été initié au rite du peyotl.
1937. Projet de mariage puis rupture avec Cécile Schramme.
Il entreprend successivement deux cures de désintoxication dont les frais sont payés par jean Paulhan.
Depuis son retour du Mexique, il apparaît de plus en plus exalté et parle de révélations qu'on lui aurait faites sur sa vie.
Il décide que son nom doit disparaître.
Parution chez Denoël des Nouvelles Révélations de l'Être, signées Le Révélé.
Parution dans la NRF d'« Un voyage au pays des Tarahumaras », signé par trois étoiles.
Du 14 août au 29 septembre, il effectue un voyage en Irlande à la rencontre des anciennes cultures druidiques.
Il est emprisonné à Dublin sans doute pour vagabondage et trouble à l'ordre public.
Rapatrié de force sur un navire, il est remis à la police du Havre et interné d'office à l'asile psychiatrique des Quatre-Mares à Sotteville-lès-Rouen.
Après de longues recherches, sa mère l'y découvre : il prétend être grec et ne la reconnaît pas.
1938. Parution en février du Théâtre et son Double (Gallimard, quatre cents exemplaires).
Il est transféré à Sainte-Anne où il est vu, entre autres, par Jacques Lacan (le docteur L. de Van Gogh le suicidé de la société) qui l'aurait déclaré définitivement "fixé", perdu pour la littérature.
On ne sait quasiment rien de ce séjour de onze mois. Aucun texte ni lettres retrouvés. Son certificat de transfert pour Ville-Évrard porte pourtant la mention : "graphorrhée".
1939-1943. Séjour à l'hôpital psychiatrique de Ville-Évrard, près de Paris. Considéré comme incurable, il ne reçoit aucun traitement.
Il écrit de très nombreuses lettres aux médecins, à sa famille, à ses amis, à diverses personnalités du monde politique.
Il se dit persécuté par les « Initiés » et réclame sans cesse qu'on vienne le délivrer.
En novembre 1942, sa mère obtient, grâce à l'aide de Robert Desnos, le transfert de son fils en zone libre, dans le service du docteur Ferdière à Rodez, là où les restrictions (alimentaires, en particulier) sont moins sévères.
1943-mai 1946. Séjour à l'hôpital psychiatrique de Rodez où ses conditions de vie s'améliorent.
Il revient peu à peu à l'écriture littéraire.
Il subit plusieurs séries d'électrochocs, thérapie qu'on supposait à l'époque d'une grande efficacité mais dont la violence le terrorise.
Dans le cadre de l'art-thérapie prôné par le docteur Ferdière, il adapte en français des textes de Lewis Carroll et d'Edgar Poe.
Il écrit beaucoup, en particulier de nouveaux textes en vue de la publication d'Un voyage au pays des Tarahumaras en novembre 1945.
À partir du début de l'année 1945, il commence à réaliser de grands dessins en couleurs.
Il écrit et dessine tous les jours dans de petits cahiers d'écoliers qui deviendront les Cahiers de Rodez, puis les Cahiers du retour à Paris - activité qui durera jusqu'à sa mort.
En avril 1946, sortie de Lettres de Rodez chez GLM.
1946. Libéré de l'asile, il arrive à Paris le 26 mai 1946.
Les amis qui ont organisé son retour - en particulier, Marthe Robert et Arthur Adamov - l'installent à Ivry, en pensionnaire libre, dans la maison de santé du docteur Delmas.
Le 6 juin : exposition à la Galerie Pierre de peintures, dessins et manuscrits offerts par de nombreux artistes et écrivains afin qu'ils soient vendus aux enchères à son profit.
Le 7 juin est organisée au Théâtre Sarah-Bernhardt une séance d'hommage à Antonin Artaud, ouverte par André Breton.
Enregistre pour la radio Les Malades et les Médecins et Aliénation et magie noire.
Écrit et publie de nombreux textes.
1947. 13 janvier : "Histoire vécue d'Artaud-Mômo. Tête-à-tête par Antonin Artaud", c'est ainsi qu'est annoncée la séance publique qu'il tient au Théâtre du Vieux-Colombier.
Devant une salle comble, Artaud lit ses derniers poèmes, raconte sa vie d'interné, accuse la société de l'avoir envoûté. « Il était bien plus terrible qu'un malade mental, écrira Sarane Alexandrian, c'était l'image d'une douleur innommable, d'un Désespoir inextinguible. »
En février, une exposition Van Gogh s'ouvre au musée de l'Orangerie à Paris.
Artaud écrit en un mois l'un de ses plus beaux textes : Van Gogh le suicidé de la société.
Exposition de ses dessins à la Galerie Pierre (4-20 juillet) : il rédige des textes sur le théâtre qui sont lus lors du vernissage ainsi que des commentaires de ses dessins, dont le « Visage humain » publié en plaquette.
Parution d'Artaud le Mômo illustré de dessins tirés des pages de ses cahiers d'écolier.
Le 24 février, il écrivait à jean Paulhan : "Ma vie de tous les instants et surtout de toutes les nuits est une lutte incessante contre la mort." Il absorbe d'énormes quantités de laudanum pour soulager ses douleurs.
1948. Publication de Ci-gît précédé de la Culture indienne. Une consultation à la Salpêtrière révèle un cancer inopérable du rectum.
Interdiction le 1er février de l'émission radiophonique qu'il avait enregistrée : Pour en finir avec le jugement de dieu ; nombreux protestations.
Le 4 mars, il est trouvé mort, assis au pied de son lit, par le personnel de la maison de santé, probablement d'une surdose accidentelle d'hydrate de chloral, une drogue dont il connaissait encore mal les effets.
Le 8 mars, il est enterré civilement au cimetière communal d'Ivry.
Ses restes sont transférés par sa famille en avril 1975 au cimetière Saint-Pierre de Marseille.
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