Par Minotaure
Anne Prospère de Launay était la belle-soeur de Sade. Ils eurent une liaison passionnée, scandaleuse, orageuse. Je reproduit ici en partie l'avant propos de Philippe Sollers au livre qui est consacré.
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Enlever une fille au contrôle souterrain de sa mère est déjà une très mauvaise action, mais en enlever deux, quand on est un homme, est une abomination. Sade a commis ce crime, et il a ainsi déclenché contre lui une belle-mère de tous les diables, au moment où la société ne demandait qu'à s'identifier à cette substance de vengeance et de ressentiment. La révolution bourgeoise est en marche, la présidente de Montreuil l'incarne déjà, elle va faire de son gendre le maudit des siècles. Drôle d'histoire, que nous pouvons de mieux en mieux comprendre, comme l'oeuvre énorme du Marquis lui-même.
C'est très tôt un mauvais sujet, Donatien, un libertin endurci, pilier de bordels et locataire de petites maisons, vite compromis dans des dérapages de prostituées maltraitées sur fond de blasphèmes. L'ennuyeux, avec lui, c'est qu'il a tendance à penser ce qu'il fait, à ne jamais le regretter, à le revendiquer, même, comme une philosophie générale. Sa haute noblesse, croitil, le protège. Erreur. Une autre petite noblesse, de robe celle-là, est à l'oeuvre dans les coulisses du royaume. Elle calcule, elle se hausse, elle économise, un matriarcat strict la caractérise.
La Présidente contre le Marquis : la littérature choisira le second, l'opinion la première.
Le père de Sade tient à marier son fils pour assurer sa fortune. Il le vend donc aux Montreuil, père fantoche, mère de tête. Sade est prié de se ranger un peu, d'être discret, d'oublier ses aventures d'actrices et ses débordements compulsifs, son irréligion affichée, ses dépenses inconsidérées, son arrogance, sa désinvolture. Il aime, à ce moment-là, une Mlle de Lauris prénommée Laure ? Peu importe, il épousera Renée-Pélagie, pas belle mais avec charme et caractère. Elle aura des « complaisances pour les fantaisies de son mari ».
Plus grave : Renée-Pélagie a une soeur, Anne-Prospère, chanoinesse en transit. Elle est jolie, raffinée, faussement religieuse. On peut supposer qu'elle a une belle voix, c'est une belle-soeur, une belle soeur. Sade va l'aimer, ils vont s'enfuir en Italie pendant trois mois, en plein scandale de l'« affaire de Marseille ».
La Présidente, bien entendu amoureuse de son gendre, trouve que la plaisanterie a assez duré.
Sa haine remue ciel et terre, elle fera enfermer l'insolent et ne le quittera plus d'une semelle. Elle aura pour elle, ensuite, tous les régimes jusqu'à Napoléon. Il est vrai que l'insolent répond à l'incarcération par une multitude d'écrits abominables. Mais le point de départ est là : deux filles, deux soeurs, sous la coupe d'un monstre, et contentes de l'être. Voilà une révolution pire que toutes les autres, un défi au trône, à l'autel, à la République, à l'Empire, à la Société, à la Famille, à l'Humanité....
(Philippe Sollers)
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