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Le Voyageur

 

Extrait sonore tiré du cd de Heldon "Electronique
Guerilla" avec l'aimable autorisation de Heldon

 

 

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Le Voyageur

 

( Humain, trop humain T.1 - Ed. Colli-Montinari § 638 )

 

 

Qui est parvenu, ne serait-ce que dans une certaine mesure, à la liberté de la raison ne peut rien se sentir d'autre sur terre que voyageur, - pour un voyage, toutefois, qui ne tend pas vers un but dernier : car il n'y en a pas. Mais enfin, il regardera, les yeux ouverts à tout ce qui se passe en vérité dans le monde; Aussi ne doit-il pas attacher trop fortement son coeur à rien de particulier; il faut qu'il y ait aussi en lui une part vagabonde, dont le plaisir soit dans le changement et le passage. Sans doute, cet homme connaîtra les nuits mauvaises, où, pris de lassitude, il trouvera fermée la porte de la ville qui devait lui offrir le repos; petit-être qu'en outre, comme en Orient, le désert s'étendra jusqu'à cette porte, que les bêtes de proie y feront entendre leurs hurlements tantôt lointains, tantôt rapprochés, qu'un vent violent se lèvera, que des brigands lui déroberont ses bêtes de somme. Alors sans doute la nuit terrifiante sera pour lui un autre désert tombant sur le désert, et il se sentira le coeur las de tous les voyages.
Alors que le soleil matinal se lève, ardent comme une divinité de colère, que la ville s'ouvre, il verra peut-être sur les visages de ses habitants plus de désert encore, plus de saleté, de fourberie, d'insécurité que devant les portes - et le jour, à quelque chose près, sera pire que la nuit. Il se peut bien que tel soit à quelque moment le sort du voyageur; mais pour le dédommager viennent ensuite les matins délicieux d'autres contrées, nés des mystères du premier matin. il songe à ce qui peut donner au jour, entre le dixième et le douzième coup de l'horloge, un visage si pur, si pénétré de lumière, de sereine clarté qui le transfigure : il cherche la Philosophie d'avant Midi.

 

 

 

 

Vous retrouverez ce texte de Nietzsche lu par Gilles Deleuze dans Humain, trop humain T.1 (Ed. Colli-Montinari) pp 335 (§ 638 intitulé le voyageur)

 

Nietzsche en 1882

 

 

Le Voyageur
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T
C'est bien de fouiller les archives, on découvre des trésors dont on ne soupçonnait pas l'existence...
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M
merci pour ta curiosité tamara !