Publicité

Pour en finir .....

Photographies de Denise Collomb

Photographies de Denise Collomb

Publicité


...
En 1948, un petit plumitif du Figaro croit bon d'écrire qu'à la radio, art de l'ouïe des masses, on ne passe pas en ligne droite de Bourvil à Artaud le Mômo: «On n'imagine pas un récital Baudelaire au Vél' d'Hiv. » Ces choses-là ne se font pas. Pourtant, Antonin Artaud, rescapé miraculeux de l'asile de Rodez, au corps complètement délabré, et le visage calciné par les électrochocs, vient d'enregistrer, en novembre 1947, pour la Radiodiffusion française, une commande singulièrement inouïe. Elle s'intitule:

Pour en finir avec le jugement de dieu (avec la minuscule du mépris).
 

Dans le studio, quatre voix. Deux hommes (Roger Blin et Artaud lui-même) et deux femmes (Maria Casarès et Paule Thévenin) modulent, hurlent et susurrent les textes de l'auteur, sur fond de xylophonies discordantes et de percussions intrusives.
 

Les fonctionnaires de la Radiodiffusion tombent à la renverse lorsque retentit, comme un hymne, La recherche de la fécalité:

 

« Là où ça sent la merde, ça sent l'être »

 

et Artaud jette, alors, dans le micro, ces syllabes rugissantes et sans réplique:

 

« Le caca ».

 

Un aréopage éclectique (de René Char à Paul Guth) est convoqué qui se prononce pour la diffusion de l'oeuvre.
 

Néanmoins, la direction s'incline devant les bonnes moeurs et refuse. La folie furieuse, l'obscénité et le blasphème rôdent autour de cette profession de foi anale et ce n'est qu'en 1973 que France Culture fera, enfin, entendre cette polyphonie déchirante.
 

Antonin Artaud est un imprécateur. Il vomit les Etats-Unis, immense usine de fécondation artificielle de chair à canon et viande de labeur, ce bétail humain, armée de réserve de la mondialisation, dirait-on aujourd'hui.
 

Mais, il crache aussi sur la poésie abstraite à rimes sublimes et sornettes élégiaques. Pour Artaud, seul compte ce corps d'au-delà de l'anatomie, qui pense, souffre et désire. Nerfs et viscères, sexe et orifices, pets et humeurs; le corps, toujours, se fait entendre.

 

Artaud meurt en 1948, à 52 ans, d'un ironique cancer du rectum.

 

 

 

(Source: magazine "Lire")

Publicité

"Pour en finir avec le jugement de Dieu"

1947

"un avatar de tous les diables" :
 

Histoire d'une émission interdite

 

Cette émission de radio enregistrée par Antonin ARTAUD à Paris en plusieurs séances entre le 22 et le 29 novembre 1947 dans les studios de la radiodiffusion française, rue François 1er, et aussitôt interdite d'antenne, fait désormais partie de sa légende au même titre que sa célèbre conférence, donnée un an plus tôt au Théatre du Vieux Colombier dite "histoire vécue d'Artaud le mômo (13 janvier 1947, 21 h).


Ce sont précisément le bruit que fit cette conférence quelques mois plus tôt, et les rumeurs (dont certains articles) qui couraient déjà sur l'émission en cours d'élaboration qui attirèrent vraisemblablement l'attention du directeur général de la radio au point qu'il en demanda l'enregistrement.
 

Il en interdit sur-le-champ la diffusion la veille du jour où elle aurait dû avoir lieu, le lundi 2 février 1948 à 22h45, où elle prenait place dans le cycle d'émissions intitulé "la voix des poètes" auquel Artaud avait été convié par le directeur des émissions dramatiques et littéraires, Fernand Fouey.
 

Ce dernier obtint toutefois que fût consulté un comité de personnalités parmi lesquelles Georges Altman, Jean-Louis Barrault, René Clair, Jean Cocteau, MaxPaul Fouchet, Paul Guth, Le R.P Laval, Pierre Herbart, Louis Jouvet, Pierre Laroche, Maurice Nadeau, Jean Paulhan, Raymond Queneau, Georges Ribemont-Dessaignes, Roger Vitrac qui écoutèrent l'enregistrement le 5 février 1948 dans un studio de la rue François 1er.
 

Désavoué le directeur général se dérobat en disant qu'il ne se sentait pas tenu par leurs avis favorable. Il maintint l'interdiction et Fernant Pouey présentat sa démission.
 

A la demande d'Artaud une seconde diffusion privée de l'enregistrement fut organisée par Fernand Pouey avant qu'il quite son poste.
 

Elle eut lieu le lundi 23 février 1948 dans un cinéma désaffecté, dépendant de la radiodiffusion, le Washington (curieusement ce nom est aussi celui du bateau qui le ramena d'irlande en septembre 1937), rue Washington, pour les personnes absentes le 5 février.
 

A l'issue de cette audition, qui fut un nouveau succès, ses amis Marthe Robert et Arthur Adamov exprimèrent des réticences auquelles Artaud (qui attendait dans un café voisin) se montra sensible dans une lettre adressée à Paule Thévenin le 24 février 1948:

 

.

 

"Les critiques de M. et A.A sont injustes mais elles ont dû avoir leur point de départ dans une défaillance de transition,
c'est pourquoi je ne toucherait plus jamais à la radio,
et me consacrerai désormais exclusivement
au théatre
tel que je le conçois,
un théatre de sang,
un théatre qui à chaque représentation aura fait gagner
corporellement
quelque chose
aussi bien à celui qui joue qu"à celui qui vient voir jouer,
d'ailleurs
on ne joue pas,
on agit.
le théatre c'est en réalité la génèse de la création."

 

 

.

Quant à l'émission elle-même, elle est composée d'un ensemble de textes que Antonin Artaud a conçus pour elle, dictés à une secrétaire mise à sa disposition par la Radiodiffusion, en novembre 1947.
 

On y distinguera le "montage général (qui) se distribut comme suit:

 

01 texte d'ouverture
02 bruitage qui vient se fondre dans le texte dit par Maria Casarès
03 danse du Tutuguri, texte
04 bruitage (xylophonie)
05 La recherche de la fécalité (dit par Roger Blin)
06 bruitage et battements entre Roger Blin et moi
07 La question se pose de (texte dit par Paule Thévenin)
08 bruitage et mon cri dans l'escalier
09 conclusion, texte
10 bruitage final

 

Publicité

.

 

 

Dans une lettre de protestation à Wladimir Porché, directeur de la radiodiffusion, reproduite par Paule Thévenin dans le "dossier de pour en finir avec le jugement de dieu" dans les Oeuvres complètes, Artaud explique:

 

 

"je voulais une oeuvre neuve et qui accrochât certains points organiques de
vie,
une oeuvre
où l'on sent tout le système nerveux éclairé comme un photophore
avec des vibrations,
des consonances
qui invitent
         l'homme
     A sortir
     AVEC
   son corps
pour suivre dans le ciel cette nouvelle, insolite et radieuse Epiphanie.
(...)
Qui que ce soit et le dernier bougnat doit comprendre
qu'il y en a marre de la malpropreté
- physique, comme physiologique,
et DESIRER un changement
    corporel
    de fond."

 

 

 

.

On se reportera à l'ample dossier susmentionné et à un nombre de lettres adressées par Artaud aux divers protagonistes de cette affaire, en particulier à Fernand Pouey qui avait joué sa situation et l'avait "jetée dans la balance".
Le texte de l'émission parut en avril 1948 chez K éditeur, peu de temps après la mort d'Artaud survenue le 4 mars 1948.


Avant de reparaître augmenté d'un important ensemble de lettres et d'articles de presse, dans les oeuvres complètes, une édition "pirate" assez mal imprimée circula dans quelques librairies parisiennes de la rive gauche durant l'été 1973, témoignant de l'intérêt suscité par ce texte.

 

 

Son interdiction fût la dernière grande déception infligée à Artaud qui la considérait "enfin comme une première mouture du théatre de la cruauté".

Pour en finir .....

P.S.

 



J'ai appris hier ....

60 ans déjà ! plus que 10 ans Serge ...

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
bien à toi
Répondre
<br /> Merci le Primate !<br /> <br /> <br />
H
tain .. le testard ! lol quand tu as une idée dans la tête, tu ne l'as pas ailleurs :-))))tiens bon ! 10 ans, c'est vite passé lolen attendant, lu sur tes conseils "pour en finir avec le jugement de dieu"....... ))))))))) et pour les mauvaises langues .. acheté et payé en bonne et due forme lolbizzzzzzzzzzzzzzz Serge )))
Répondre
<br /> Merci hasardeuse, marrant cet homonymie de prénom non lol<br /> Manque plus q'un article sur l' « enchanteur » Merlin et Galllimard n'a plus besoin de mon IP mdrr !!!<br /> Garde tes tickets de caisse, on sait jamais lol<br /> Bise :0010:<br /> <br /> <br />