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Artaud est profondément marqué par le monde grec, les Mystères d’Eleusis, la naissance de la tragédie et les figures des mythes archaïques.
Les origines de sa famille maternelle (qui parle le grec) sont levantines. Sa petite enfance est méditerranéenne.
Au collège, il étudie le grec ancien dont bien des consonances répparaîtront plus tard dans ses poèmes et glossolalies.
En 1922, aux côtés de Génica Athanasiou (Antigone), il tient le rôle du devin Tirésias dans l’Antigone de Cocteau, pièce montée avec des décors de Picasso et une musique d’Arthur Honegger.
Il manifeste alors une grande admiration pour Platon et pour Euripide. Son « théâtre de la cruauté » et l’ensemble de ses textes sur le théâtre s’abreuvent très précisément à des sources grecques (cf. Le Théâtre et son double).
Jusqu’à la fin de sa vie, il restera hanté par les mythes du pourtour de la Méditerranée et fera, peu de temps avant sa mort, le projet de monter une pièce d’Euripide.
Moment grandiose : celui où l’interné de Rodez évoque dans ses cahiers son passage par le bureau de la surveillante de l’asile :
« La poétesse Euripide m’a reçu dans le bureau de la surveillante de l’asile de Rodez et m’a donné une chemise ». (Œuvres Complètes, tome XVIII)
Sur les relations d’Antonin Artaud et du monde grec on pourra écouter cette émission de radio réalisée par Gérard Gromer, le 31 juillet 2008, Sur le bateau d’Ulysse, « Guérir en plongeant » avec Florence de Mèredieu.
« Sa plainte venait d’au-delà du temps, et comme portée par l’écume d’une vague sur la mer Méditerranée, un jour inondé de soleil ; cela ressemblait à une musique de chair qui se propageait à travers les ténèbres glacées. C’était, réellement, la voix de la Grèce archaïque, quand du fond du labyrinthe Minos voit se cristalliser soudain le Minotaure à la chair virginale. »
(Antonin Artaud : sur la prestation de Génica Athanasiou dans l’Antigone de Cocteau, Œuvres complètes, VIII-217).