Le Jeune saint Jean-Baptiste au bélier (1600) Saint Jean-Baptiste à la fontaine (1607-1608) et le Saint-Jean-Baptiste de 1604
Caravage

Autoportrait (détail du David de 1606-1607)
Le moins qu'on puisse dire au sujet du Caravage, c'est que ce n'était pas un ange. Sa vie est jalonnée de meurtres et de condamnations à son encontre. L'artiste rebelle de l'époque baroque tenait plus du voyou que de l'artiste soumis.

Marthe et Marie Madeleine (Vers 1598)
"Ce peintre était un scélérat"
écrit Stendhal.
"Il est venu au monde pour détruire la peinture"
déclare Poussin.
Vivant, il se révolta contre les conventions et les usages. Mort, il échappe aux lois de la chronologie et dérange les goûts de la postérité.
Michelangelo Merisi, dit Le Caravage (1571-1610), fut un enfant prodige.
Célèbre à Rome à vingt ans, vagabond à trente, criminel et débauché, il passa sa vie à fuir et à se brouiller avec le destin.
Ombrageux et querelleur, fauteur de rixes, il fut plusieurs fois recueilli à demi-mort dans la rue, le crâne brisé et les os rompus.
Ce luron patibulaire - il était plutôt laid et borgne - adorait les festins, les beuveries et les spectacles : il choisissait ses maîtresses dans le ruisseau et ses amants dans des bouges.

Le Repos pendant la fuite en Égypte (1596 - 1597)
La brutale sensualité du Caravage a longtemps choqué le public : ses éphèbes se déhanchent comme des courtisanes, ses archanges grimés en voyous nous dévisagent d'un air provocant et soumis.
C'est une véritable "cour des miracles" - le petit peuple de Rome et de Naples - qui s'installe par effraction dans les Évangiles.
Les Vierges souffrent en accouchant au mépris du dogme. Les Christs morts sont de vraies charognes, les pommes du Paradis sont véreuses.
Pour les dévots, c'est le diable qui tenait les pinceaux du Caravage.
Et pourtant, ses tableaux sont tout ruisselants de ferveur et de foi.
Et puis, avec ce peintre des "ténèbres", s'impose une nouvelle conception de la lumière.

Sainte Catherine d'Alexandrie (vers 1598)
Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que l'artiste est enfin redécouvert et, à titre pour le moins posthume, reconnu comme un grand maître.
Le célèbre mauvais garçon du baroque italien, Le Caravage (1571-1610) obtient enfin la reconnaissance qu'il mérite. Même si son nom nous est familier, son œuvre a longtemps été détestée et maintenue dans l'ombre. Non seulement on a jugé son réalisme théâtral passé de mode à son époque, mais ses sujets sacrilèges et son usage de modèles issus du peuple ont été violemment critiqués. Pendant des siècles, l' œuvre considérable du Caravage a souffert d'une mauvaise réputation.

Narcisse (1598-1599)
Il est aujourd'hui considéré comme le peintre le plus important de la première période baroque.
Sans lui, pas de Ribera, de Zurbarân, de Vélasquez, de Vermeer ni de Georges de La Tour. Sans lui, Frans Hals, Rembrandt, Delacroix ou Manet n'auraient jamais été les mêmes.
Le Caravage est aujourd'hui l'objet d'un véritable culte dans le monde entier

Les Tricheurs ou Les Joueurs de cartes (1594-1595)
Chronologie
1571-1584: Michelange Merisi naît le 29 septembre à Caravage, petit bourg de la région de Bergame, ou à Milan. Sa mère, Lucia Aratori, est la seconde épouse de son père Ferma « magister» (architecte-décorateur-chef de chantier) de Francesco 1er Sforza, marquis de Caravage.
Un an après Michelange, naît son frère Battista, qui deviendra prêtre.
Première enfance à Milan. La peste ramène la famille à Caravage - mais son père et son oncle succombent à l'épidémie. En 1583, le marquis de Caravage meurt. La mère de Michelange a de graves problèmes d'argent.

Judith décapitant Holopherne (1598)
1584-1595: A 13 ans, Michelange regagne Milan et entre dans l'atelier de Simone Peterzano, peintre réputé, « élève de Titien ». Le contrat est avalisé par le prince Colonna. Peterzano, comme les frères Campi, est attiré par le naturalisme, et s'éloigne du maniérisme à la mode.
Un nouveau style est né en Lombardie, et influence l'apprenti.
La grande époque de la Renaissance est terminée.
Le pape Sixte Quint est ouvert aux nouvelles tendances.
Jeune garçon pelant une poire (1595-1598), Garçon mordu par un Lézard (1594), et Jeune garçon à la carafe de roses (vers 1595)
1595-1598: Michelange, qui a acquis chez Peterzano une technique exceptionnelle, se rend à Rome, capitale culturelle.
On ne connait pas son itinéraire mais il a certainement vu les fresques de Masaccio, les tableaux de Lotto, des œuvres des grands vénitiens comme Giorgione, les fresques de Niccolo del Abate à Bologne, et les dessins de Sofonisba Anguissola à Crémone. Il est recueilli par un prélat aux moeurs douteuses.
Premières œuvre: toutes profanes le "Jeune garçon mordu par un lézard", le "Jeune garçon pelant une poire", le "Jeune garçon à la carafe de roses".

Garçon avec un panier de fruits (1593)
Puis "Le Concert de jeunes gens", appelé aussi "Les Musiciens", avec le premier autoportrait.
Il tombe malade, survit miraculeusement, et à peine convalescent, peint un Bacchus malade, certainement un second autoportrait.
Protégé d'un cardinal très puissant à Rome (del Monte), il peint pour la première fois une femme une "Madeleine repentante" - suivie d'une "Diseuse de bonne aventure", puis un autre "Bacchus", en meilleure santé.

Les deux Bacchus (1593 et 1596)
Démêlés avec la justice - les premiers d'une longue série, qui sera clôturée par une condamnation à mort pour meurtre.
Il peint la célèbre "Corbeille de fruits" (de Milan).

Corbeille de fruits (vers 1597)

La Madeleine repentante ou Sainte Madeleine (1596 - 1597)
1598-1600: Sujets religieux: le "Sacrifice d'Isaac", "Saint François en extase", etc ...

L'Extase de saint François (1595)

Le Sacrifice d'Isaac (1601-1602)
1600-1604: Les deux grandes commandes qui représentent un des sommets de l'œuvre de Caravage : Saint-Louis-des-Français ("La Vocation et Le Martyre de saint Matthieu"), et Santa Maria del Popolo ("Le Crucifiement de saint Pierre" et "La Conversion de saint Paul"). Scandales !

La Vocation de saint Matthieu (1599-1600)

Le martyre de saint Matthieu (1599-1600)
Autres sujets de scandales : "La Mort de la Vierge"; il donne à la Vierge les traits d'une courtisane.

La Mort de la Vierge (1606)
Une "Madone" pour Saint-Pierre est refusée.
Bataille de rues pour les beaux yeux d'une prostituée, Caravage blesse grièvement un notable. Fuite à Gênes.
En avril 1604, bataille rangée à l'Auberge du More, provoquée par Michelange.
Puis affaire plus grave : un sergent de police est tué et le peintre est soupçonné du meurtre. Arrêté, torturé, il réussit à s'évader.

Le Crucifiement de saint Pierre (1600)
1605-1607: "Madone de Lorette" ou "Madone des pèlerins".
Le 29 mai 1606 (on possède le procès verbal), Michelange tue un nommé Tommasoni, à qui il reproche d'avoir triché au jeu de paume, ancêtre du tennis.
Recherché pour meurtre, il doit quitter Rome, sous un déguisement. Il est banni : tout représentant de la loi peut l'abattre sur place. Il trouve refuge dans les états du prince Colonna. Puis il se rend à Naples, à la fin de l'année 1606.
Il y est bien accueilli, et peint une "Résurrection", une "Flagellation du Christ", un "Christ à la colonne", les "Sept œuvres de Miséricorde" et une "Vierge du Rosaire" qui le brouille avec les dominicains.

La Flagellation (vers 1607)
Il est célèbre, adulé, mais la grâce du pape tarde à venir. Il quitte Naples pour l'île de Malte.

Le Christ à la colonne (vers 1607)

Les Sept Œuvres de miséricorde (1607)
1607-1608: Son souhait est de devenir chevalier, ce qui à son avis, favoriserait son retour en grâce. Il peint à Malte quelques œuvres majeures pour la cathédrale Saint-Jean, et deux portraits du Grand Maître de l'Ordre. Il est intronisé chevalier. Mais une nouvelle incartade lui vaut un séjour en prison, une radiation de l'Ordre, et l'oblige une nouvelle fois à s'évader et prendre la fuite.
1608-1609: Il débarque à Syracuse, en Sicile, se rend à Messine et à Palerme, réalisant dans l'angoisse de l'exil, et la torture de la maladie, des toiles pathétiques : une "Résurrection de Lazare", une "Nativité", et un "Ecce Homo". A la fin de l'année 1609, il décide de regagner Naples.

La Nativité avec Saint François et Saint Laurent (1609)

La Résurrection de Lazare (1608-1609)

Ecce Homo (vers 1606)
1609-1610: Cette seconde période napolitaine est riche d'œuvres bouleversantes, un dernier "Saint Jean -Baptiste", un "Martyre de sainte Ursule" où la mort est présente - comme si le peintre se savait perdu.

Saint Jean-Baptiste (1610)

Le Martyre de sainte Ursule (1610)
A Naples, il est victime d'un attentat. La nouvelle de sa mort se répand à Rome. Fausse nouvelle : le peintre, blessé, a quitté Naples. A bord d'une felouque, il longe la côte vers le Nord. Il débarque près de Rome, à Porto Ercole, qu'occupe l'armée espagnole. On le retrouve mort sur la plage; il n'a pas quarante ans.

Méduse (1598-1599)