PINA BAUSCH
Pina Bausch (1940 – 2009) est une chorégraphe allemande qui a bousculé les codes de la danse. Elle a consacré la danse-théâtre (Tanztheater) en mêlant la parole et le jeu d’acteur à la danse.
Artiste mystérieuse et magnétique qui a toujours su exactement ce qu’elle recherchait, Pina Bausch n’aimait ni parler ni expliquer son travail, tant aux journalistes qu’aux danseurs qui l’entouraient et qui ont passé plusieurs décennies à ses côtés.
Son œuvre puise sa force dans les thèmes sombres de notre monde. Elle s’inspire de la domination, de la solitude, du viol, de la destruction, du pouvoir, de l’amour, de la possession, des relations entre les hommes et les femmes au travers du couple notamment, de la famille, sans oublier la « germanité », bien présente, elle-aussi, dans ses productions artistiques. Pour elle, chaque être humain est potentiellement un violeur, un tricheur, un trafiqueur, un manipulateur, un destructeur.
Pina Bausch fait partie de ces auteurs contemporains allemands d’après guerre qui analysent le germe du fascisme en nous (comme le cinéaste Michael Haneke par exemple), ayant de surcroît grandi dans une Allemagne en ruine, complètement dévastée. Les ballets des années 70/80 représentent d’ailleurs tous les déchirures de l’histoire récente allemande.
Nombreux sont ceux qui sont fascinés par ses œuvres et sa danse théâtrale alors que d’autres en sont révulsés. Cette fascination esthétique se caractérise par énormément de violence, presque du sadisme considéreront certains, qui nous fait éprouver un sentiment de jouissance alors que ce à quoi nous assistons est épouvantable. Il n’y a qu’à regarder « Barbe Bleue » où les danseurs se jettent contre les murs.
Dans Café Müller, elle a travaillé sur son passé de jeune fille dans le café de ses parents en Allemagne.
La fluidité du haut du corps balloté entre en collision avec des changements de tonus.
La danseuse reste imperturbable par rapport à ce qui se passe autour d'elle, elle suit sa ligne tracée.
Les personnages se croisent, nos souvenirs personnels interfèrent, et de la scène se dégage l'émotion intense de la solitude.
Café Müller de Pina Baush
Assis et munis d’un cahier, les danseurs « pâte à modeler » réfléchissent pendant quelques minutes pour ensuite improviser à l’aide d’accessoires, en chantant, criant, travaillant individuellement ou à plusieurs, sous le regard de la silencieuse et secrète Pina Bausch qui note pour elle même ce qu’elle voit.
Enfin, la danseuse chorégraphe a, semble-t-il, toujours refusé de hiérarchiser la danse classique et la danse moderne. Pour elle, il fallait intégrer le quotidien à l’intérieur du classique, et elle a réussi à établir cette fusion. Pina Bausch envisage la danse en se focalisant sur les possibilités anatomiques de chaque danseur et non sur la répétition de mouvements et de formes déjà déterminés