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Franz Xaver Messerschmidt

Franz Xaver Messerschmidt
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Franz Xaver Messerschmidt

 

 

Autoportrait

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Franz Xaver Messerschmidt (1736–1783) est un sculpteur germano-autrichien du siècle des lumières, célèbre pour ses « têtes de caractère ».
Il souffrait d’une maladie inconnue qui le faisait énormément souffrir et il avait trouvé que la douleur devenait moins forte après qu’il se soit effectué une série de pincements très douloureux au niveau des côtes.

D'après le témoignage de l'éditeur et homme de lettres berlinois Friedrich Nicolai, qui lui rend visite en 1781, il se plaignait d'hallucinations, se réclamait d'une chasteté absolue et présentait quelques signes psychopathologiques sur lesquels il est impossible de formuler un diagnostic faute d'éléments suffisants.

En observant son visage déformé par la souffrance lors de cette procédure, Franz Xaver Messerschmidt décida de reproduire ces expressions sur ces bustes.
D’autres sculptures lui étaient inspirées par un esprit qui le visitait la nuit pour lui infliger d’horribles tortures.

 

Franz Xaver Messerschmidt

Né en Bavière, il commence l’apprentissage de son métier dès l’âge de 10 ans dans l’atelier de sculpture dans l’art religieux sur bois, dirigé par un oncle maternel à Munich, honoré de la Cour de Bavière.
puis il se rend à Graz parfaire sa formation auprès d’un autre oncle maternel avant de gagner Vienne où il s’inscrit à l’Académie des beaux-arts dans la section de sculpture (1755).

Très vite, Franz Xaver Messerschmidt se fait remarquer, non seulement par sa parfaite maîtrise technique mais aussi par un style qui lui est totalement propre, où il mélange la tradition du rococo tardif viennois avec une composition très frontale de ses portraits qui donne du sujet une impression de puissance et d’importance, sans avoir recours à l’artifice de la représentation des attributs du pouvoir.
C’est donc assez naturellement que le sculpteur devient ainsi non seulement le portraitiste en titre de la famille régnante, mais aussi le préféré de l’aristocratie, de la bourgeoisie et de l’intelligentsia viennoise.
L’homme est alors au sommet de sa gloire : il vit de manière confortable, possède son propre atelier, voyage à l’étranger, comme lorsqu’il fit un séjour d’étude de plusieurs mois en Italie, qui lui permet de découvrir la statuaire romaine, qui le frappa et l’influença fortement.
Il occupe le poste de professeur assistant de Jakob Landstrasse, le professeur de sculpture de l’Académie Royale de Vienne.

Remarqué par Martin Van Meytens (1695-1770), directeur de l’institution et surtout peintre à la Cour, il obtient grâce à sa protection un poste à l’Arsenal
où il a charge de la gravure sur canon…

C’est à l’Arsenal que, précisément, débute sa carrière officielle : en 1760, à l’occasion du réaménagement des salons d’apparat de l’Arsenal,
il reçoit commande de deux bustes en bronze doré à l’effigie de l’impératrice Marie-Thérèse et de son époux, François Ier.
Bien que demeurant dans la tradition du rococo tardif viennois (en particulier dans les drapés),
il réalise également des figures du monde intellectuel viennois, dont le médecin magnétiseur Franz-Anton Mesmer.
Messerschmidt innove par une composition strictement frontale qui impose la puissance et la majesté des souverains délestés de tous les attributs traditionnels du pouvoir.
Attributs qui réapparaîtront dans la statue grandeur nature de L’Impératrice Marie-Thérèse en Reine de Hongrie, commande directe que passe la souveraine – fait exceptionnel s’agissant d’un sculpteur – qu’il exécute dans un alliage d’étain et de cuivre plus facile à ciseler que le bronze…

 

Franz Xaver Messerschmidt
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D’ordinaire, l’assistant prend la place du titulaire à son départ. Mais tel ne fut pas le cas :
Franz Xaver Messerschmidt est écarté non seulement du poste, mais aussi de l’Académie, pour avoir manifesté des problèmes psychiques.

L’homme se dit continuellement persécuté physiquement et psychologiquement par des esprits, qu’il s’entraîne à combattre en se pinçant le corps et en grimaçant, attitude que malheureusement il ne se cantonne pas à réserver à la sphère privée…

C’est à cette période que l’artiste semble avoir commencé à travailler à des sculptures de bustes aux personnages grimaçants, qui deviendront les fameuses « Têtes de caractère« .

 

Profondément blessé, Franz Xaver Messerschmidt se voit en plus contraint de quitter Vienne : la vie y est pour lui devenue trop chère, les commandes ne venant plus.
Il repart donc dans le village de son enfance, où il ne trouve même pas de place dans la maison familiale : il vit et travaille désormais dans une cabane, petite maison isolée de la banlieue de Presbourg [Bratislava],
en compagnie de ses premières « Têtes de caractères » grimaçantes, et continue à en produire.
Quelques mois plus tard, nouveau départ, pour Munich cette fois, puis retour près de Vienne, où il reçoit à nouveau quelques commandes, mais vit dans la pauvreté et finit par mourir d’une pneumonie.

 

Pour bien comprendre l'originalité du sculpteur germano-autrichien Franz Xaver Messerschmidt, il convient de replacer son œuvre dans le contexte des préoccupations de l'époque.
C'était le temps où, à travers la physiognomonie, Johann Kaspar Lavater se faisait fort de discerner les liens unissant aspects du visage et traits de caractère, tandis que Franz Joseph Gall prétendait localiser grâce à la phrénologie – études des aspérités du crâne – les différentes fonctions de l'activité cérébrale.
Ces rapports avaient été supposés depuis l'Antiquité, avec Aristote qu'on dit avoir été le premier à opérer ce type de rapprochement.
À l'époque des Lumières, les grands pourfendeurs de cette théorie sont ceux qui prônent l'intelligence tant intuitive, avec Georg Christoph Lichtenberg, que systématique et spéculative, avec Hegel.

Le traité de Johann Kaspar Lavater, L'Art de connaître les hommes par la physionomie, qui a fondé la science nommée physiognomonie, a paru entre 1775 et 1778, quand Messerschmidt se mettait au travail. Ce livre, très populaire, a inspiré tout le XIXe siècle, de Balzac jusqu'à l'invention de la photographie judiciaire.
Des décennies plus tard, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés en la matière, et les têtes de Franz-Xaver Messerschmidt continuent à poser leurs énigmes sans réponses.

 

Franz Xaver Messerschmidt

 

Les têtes de caractère

Franz Xaver Messerschmidt

Il s’agit d’une cinquantaine de bustes vraiment originaux représentants des expressions faciales extrêmes.
face à ces figures convulsives, le spectateur ressent, à la fois, un sentiment de fascination et un reflexe de répulsion.
Il se surprend à vouloir reproduire, sur son propre visage, les ahurissantes mimiques ainsi répertoriées.
Car Messerschmitt a réussi, comme personne, à figer dans le métal la mobilité des traits, l’excès des humeurs, les expressions extrêmes.
On ressent un certain malaise à contempler ces rictus tendus, ces distorsions grotesques, ces afflictions de l’âme reproduites dans une matière dure.

Rien de comparable n’existe dans l’histoire de l’art.
D’autant que cet ensemble de spécimens témoigne d’une extraordinaire maitrise et d’une idée vraiment extravagante. Ce grand sculpteur, avait-il perdu la raison ? Qui était-il ?

Nul ne sait combien l’artiste a produit de Têtes de caractère.
C’est le frère de Franz Xaver Messerschmidt, qui avait été chargé de récupérer ses affaires après sa mort qui vendit une série de 49 Têtes de caractères, dix ans après la mort de l’artiste.

L’acheteur les expose à Vienne, où elles seront numérotées et baptisées d’un titre souvent grotesque et caricatural, pour permettre au public de les identifier facilement.
C’est avec ces noms de conventions qu’elles sont encore aujourd’hui présentées.

Ces Têtes de caractères sont donc des portraits sculptés faits d’albâtre ou de métal avec des alliages à base d’étain ou de plomb.
Ces sculptures ne sont pas des autoportraits : si l’artiste ne disposait pas d’autre modèle que lui-même, chacune des Têtes de caractère est en effet différenciée par rapport aux autres.
Ces œuvres représentent la quintessence de l’art de son époque : méticulosité et précision quasi chirurgicale dans le rendu physique, qui marque une totale maîtrise de la physionomie, incroyables expressions des passions et tensions de l’âme, leur exposition au public eu un impact puissant, qui demeure encore aujourd’hui, en influençant le travail de nombreux artistes.

De l'ordre dans lequel les têtes ont été modelées, on ne sait rien. Les titres qu'elles portent aujourd'hui leur ont été donnés pour la présentation de 1793 : titres posthumes et sans valeur.
On ne sait pas plus si Messerschmidt les regroupait en catégories.
Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est qu'elles sont en étain, en plomb, en alliage des deux métaux, ou, plus rarement, en albâtre, creusé avec une habileté prodigieuse.

Il n'y a donc qu'une solution, les examiner attentivement en tournant autour .La plupart montrent un homme entre 50 ans et 60 ans, glabre, crâne rasé, nez épais fort, nuque et bouche larges, menton lourd.
Sans doute ce type tient-il de l'autoportrait, puisque, selon Nicolai, Franz-Xaver Messerschmidt se pinçait et se piquait pour s'observer dans un miroir.
Mais il existe quelques têtes chevelues et une coiffée d'une sorte de toque.

Dans chacune, les muscles faciaux sont contractés différemment, de sorte que la physionomie suggère un état psychique différent.
Si l'hilarité ou l'ennui qui baille se reconnaissent sans peine, d'autres attitudes sont équivoques ou indéfinissables. Mensonge ou raillerie ? Mépris ou méditation ? Fureur ou angoisse ?
Si ces oeuvres produisent une impression si forte, c'est parce qu'elles paraissent d'une simplicité épurée à l'extrême - pas de vêtements, pas de détails vains - et que cette épuration est bien loin de simplifier leur interprétation.
Ainsi celui qui regarde se trouve-t-il renvoyé au souvenir de ses propres incertitudes devant les visages de ses semblables.
Qu'y lire ? Quel caractère deviner à travers leurs traits ? Le plus souvent, on n'en sait rien.

 

Franz Xaver Messerschmidt

Messerschmidt s’attache à la réalisation de ces  têtes de caractère dès 1770, et s’y consacre jusqu’à sa mort. Elles ont été retrouvées dans son atelier après son décès.
Elles dépeignent une multitude d’expressions faciales, de grimaces suggestives, et pourtant à peine identifiables.
La tête en avant ou rentrée dans les épaules, les traits sont tirés, les visages contrits, les veines du cou souvent contractées, jaillissent de l’épiderme dans un effort presque physique.
Avec ces visages crispés, Messerschmidt ouvre une nouvelle voie pour le portrait.

Exécutées en métal (un alliage fait majoritairement avec de l’étain et/ou du plomb) et en albâtre, ces têtes,  exclusivement masculines et correspondant à différents âges, sont strictement frontales et surmontent l’amorce d’un simple buste.
La représentation de l’expérience émotionnelle, la fidélité avec laquelle l’artiste rend l’expression du visage (yeux grands ouverts ou fermés par des paupières serrées, bouches grimaçantes, traits crispés) sont impressionnantes de maîtrise.

Très réaliste, il s’appuie sur l’humain et l’état d’âme.
Sans fioriture décorative, il laisse la place à une harmonie de rides, belles et élégantes courbes qui façonnent les volumes, ou légères et délicates incisions.
Le visage est divisé selon un axe vertical, et parfois la symétrie semble si parfaite qu’il semble que les deux profils sont identiques.
Qu’elles soient en plomb, en albâtre, en étain, en bronze, ou en marbre, elles montrent une finesse d’exécution remarquable.
Avec ces têtes, Messerschmidt se dresse contre l’Académie. En tant qu’enseignant, c’était un suicide. Messerschmidt n’était pas «politiquement correct».
On l’a alors dit fou, et soupçonné de paranoïa, voire de schizophrénie, prenant en caution sa sculpture, ses têtes et son comportement général comme l’évidence de sa déficience psychique.

 

Le destin du sculpteur autrichien Franz-Xaver Messerschmidt ressemble à celui du Greco.
Après sa mort, en 1614, le peintre grec devenu espagnol s'efface des mémoires.
Il ne ressuscite qu'à la fin du XIXe siècle, mais devient vite un peintre universel.
Messerschmidt a été oublié un siècle et demi et n'est réapparu qu'il y a deux à trois décennies.
Aujourd'hui, il est exposé au Louvre, après Vienne et New York, et les trente oeuvres exposées suscitent une forte rumeur de curiosité.
Cette présentation est ainsi l’occasion de s’interroger sur sur les raisons de la longue éclipse de son œuvre avant sa réévaluation au tournant du XXe siècle
et enfin sur la signification de cette monomanie pour ces têtes que l’on a longtemps prises pour des modèles de « l’esthétique du laid ».

D'autres similitudes expliquent que leurs histoires soient si proches. Ils ont eu tous deux de leur vivant une réputation de bizarrerie ou de folie.
Leur art n'a guère de points communs avec celui de leurs contemporains.
Et surtout, ils se donnent le même but, fixer passions et sentiments à leur paroxysme, et cherchent dans la même direction, celle des déformations expressives.
Greco exagère étirement et maigreur et fait de la figure le signe presque pur d'une vertu ou d'un vice.

Messerschmidt étudie la face humaine de très près dans les instants où ses muscles sont crispés par des mimiques, des grimaces, un cri, une moue.
Ainsi obtient-il ce qu'il appelle des "têtes de caractère". On en compte 49, que son frère a cédées à un collectionneur en 1793.
Ce dernier les montre cette année-là dans un hôpital viennois, puis les revend, toujours en un seul ensemble, hélas dispersé en 1889.
Quelques-unes ne sont du reste toujours pas localisées.

 

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