CARLO ZINELLI
Carlo Zinelli naît le 2 juillet 1916, à San Giovanni Lupatoto (province de Vérone).
Son père, Alessandro est menuisier. sa mère, Caterina, née Manzini, meurt en 1918, soit deux ans après la naissance de Carlo, sixième enfant d'une fratrie de sept.
De 1922 à 1924, Carlo fréquente l'école jusqu'à la troisième élémentaire.
À l'âge de neuf ans, il quitte son village pour la petite localité de Palazzina où, pendant quelques années, il travaille dans les champs pour une famille apparentée à la sienne, ne rentrant chez lui qu'à l'occasion des fêtes.
Son ami Silvio et un petit chien auquel il est très attaché comptent parmi ses premiers compagnons de jeu; des années plus tard, la mort de ce dernier l'affectera profondément.
Le lien très étroit que Carlo entretient dès l'enfance avec la nature est rompu en 1934 lorsqu'il s'installe via Valverde, à Vérone, où il travaille à l'abattoir municipal.
Mais c'est aussi à cette époque qu'il se passionne pour la musique et se lance dans une première expérience picturale la décoration des murs de la cuisine de son logement, sur lesquels il peint une branche fleurie, avec des oiseaux, qui fait le tour de la pièce, d'après sa soeur cadette, il réalise cette décoration à partir des traces laissées sur les murs par une cordelette enduite de couleur.
En 1936, Carlo achève son service militaire. Le 5 mai 1938, il est enrôlé dans le bataillon Trento du 11e régiment du corps des chasseurs alpins puis, en mars 1939, porté « volontaire », il embarque à Naples pour prendre part à la guerre d'Espagne en tant que brancardier, semble-t-il.
Au cours de ces années, les cartes postales et les lettres qu'il adresse aux siens ou à ses amis sont émaillées de dessins ou d'esquisses qui compensent la rareté du texte écrit.
En mai 1939, soit deux mois après son arrivée en Espagne, Carlo est rapatrié pour raisons médicales et obtient une permission spéciale.
En convalescence jusqu'au 16 mai 1941, il entre ensuite à l'hôpital militaire de Vérone, le 17 juin, et il est finalement réformé le 19 décembre 1941.
Des crises d'agressivité et de terreur, qui alternent encore avec des périodes de lucidité, le ramènent périodiquement à l'hôpital psychiatrique.
Son frère Raffaello, hospitalisé lui aussi à son retour de la guerre de Crimée en 1938 et soigné pour paranoïa, meurt en cette même année 1941.
De 1941 à 1947, Carlo, aux prises avec la maladie, subit de fréquents électrochocs et des traitements d'insuline ; il peut encore travailler par intermittences et satisfait sa passion pour la musique en écoutant un gramophone à pavillon ou en allant danser avec sa soeur.
Mais à partir du 9 avril 1947, il est définitivement interné à l'hôpital psychiatrique San Giacomo alla Tomba : le diagnostic posé est une schizophrénie paranoïde. À partir de ce moment, Carlo s'isole toujours davantage.
Cette vie à l'écart du monde se poursuit sans événement apparent jusqu'en 1957, date à laquelle le sculpteur écossais Michael Noble et le professeur Morio Marini ouvrent à l'hôpital, avec l'accord du directeur, Cherubino Trabucchi, un atelier de peinture qui permet enfin à Carlo d'exprimer sa personnalité.
Au cours des années précédentes, on l'a vu à diverses reprises, dans la cour de l'hôpital, tracer des signes sur le sol ou des graffiti rudimentaires sur les murs, mais il est resté étranger à «l'école de peinture » ouverte en 1950, une première expérience menée par Marini sur la base de cours artistiques classiques dispensés par Luigi MariaVeronesi.
En revanche, dans le nouvel atelier, où Noble et Marini sont rejoints en novembre 1957 par Pino Castagna, il s'adonne à la peinture et à la sculpture avec une surprenante assiduité.
Conçue comme une activité libre et dans le plus total respect de l'expression des malades, cette expérience encourage le talent de la vingtaine de patients qui, sur les 1500 pensionnaires de l'hôpital, répondent spontanément à la proposition qui leur est faite.
Chaque mois, le petit groupe quitte l'atelier de l'hôpital pour un bref séjour à Garda, chez Noble et sa femme, Ida Borletti ; hébergés à la villa Idania, où ils peuvent peindre, modeler et cuire dans deux fours mis à leur disposition leurs modelages en terre et carreaux émaillés.
Cette expérience marque un véritable tournant dans l'existence et la vie artistique de Carlo : pendant huit heures d'affilée ou presque, il ne fait que peindre, utilisant des couleurs "a tempera" - les seules disponibles dans l'atelier pour des raisons économiques - et de grandes feuilles de papier à dessin; parmi les membres du groupe, il est le seul à remplir presque entièrement les deux faces de la feuille avec une assurance de plus en plus affirmée dans l'harmonie des couleurs et l'organisation de la composition.
Les sculptures qu'il réalise au cours de ces premières années - des têtes généralement, plus rarement des animaux, chevaux ou oiseaux - sont moins nombreuses mais tout aussi expressives.
Carlo, qui ne communique plus avec autrui, puisqu'il est enfermé dans un langage fait de néologismes incompréhensibles pour tout autre que lui, trouve ainsi un mogen d'expression qui possède en outre une valeur thérapeutique. Sa violence et son agressivité disparaissent; accommodant et calme, il s'insère désormais, même si c'est à sa manière, dans la communauté des malades.
Les réalisations des peintres de l'atelier de San Giacomo éveillent immédiatement l'intérêt de nombreuses personnalités du monde culturel et, en 1957, une présentation de leurs oeuvres, à la galerie La Cornice, à Vérone, est rédigée par Dino Buzzati ; d'autres expositions suivront, à Milan et à Rome, qui permettront de financer les activités de l'atelier mais aussi de faire connaître les oeuvres des malades à l'extérieur.
En 1963, Carlo est le seul peintre italien présent à l'exposition Insania pingens organisée par la Kunsthalle, à Berne. À cette date, critiques d'art et écrivains italiens ont déjà remarqué et commenté son oeuvre. Puis c'est au tour de jean Dubuffet, qui voit en Carlo un représentant intéressant » de l'art brut et acquiert un nombre important de ses oeuvres pour sa fondation parisienne. Elles seront par la suite offertes à la Collection de l'Art Brut de Lausanne.
Lorsque Marini (en 1961) puis Noble (en 1964) quittent l'atelier, sa direction est reprise par Vittorino Andreoli qui, en 1966, publie avec Cherubino Trabucchi et Arturo Pasa la première monographie sur Carlo pour les cahiers de la Compagnie de l'Art Brut.
La production du peintre ralentit après son transfert au nouveau siège de Marzana en 1969 et, le 27 janvier 1974, Carlo Zinelli meurt d'une pneumonie à l'hôpital de Chievo.
Biographie reprise au catalogue du Castelvecchio, 1992.