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Français encore un effort ...

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FRANÇAIS, ENCORE UN EFFORT SI VOUS VOULEZ ÊTRE RÉPUBLICAINS !

De tous les textes blasphématoires et révolutionnaires du Marquis de Sade, 'Le Cinquième Dialogue de la Philosophie dans le boudoir', également connu sous le titre 'Français, encore un effort si vous voulez être républicains' est sans doute le plus violent.

Le plus actuel aussi. Sade y porte avec une fureur inégalée le brandon de la liberté dans les deux systèmes d'oppression les plus anciens de la race humaine, ceux du sceptre et de l'encensoir, si souvent associés.

C'est dans ces pages que la Philosophie dans le boudoir justifie le mieux son titre et que Sade accède le plus majestueusement au statut de philosophe.

Aucun des héritiers clandestins du 'Divin Marquis', Marx, Kropotkine. Proud'hon ni aucun autre révolutionnaire n'a relevé, ni sans doute voulu relever l'outrance dévastatrice du propos. Deux siècles plus tard en effet, la férocité et l'obscénité scandaleuses demeurent intactes et font de ces pages un matériau radioactif du langage.

Or, cette férocité et cette obscénité mêmes participent de manière essentielle à l'efficacité du propos : toute décence ne serait plus qu'un voile de plomb destiné à affaiblir le rayonnement de ces textes explosifs.
 

(Max Milo Editions)

 

 

 

Sade interrogé par des gardes nationaux

(la revolution accueillit le marquis, et chercha très vite à s'en débarasser)

 

 

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Français encore un effort... est souvent traité comme un ouvrage à part. Il fit même, on le sait, l'objet d'une publication séparée, à laquelle une préface de Maurice Blanchot donna toute son importance. Le fait est qu'il se distingue par son caractère politique et philosophique. Les quelques écrits politiques attribués à Sade ne tranchent guère sur la littérature de l'époque. Le Secrétaire de la section des Piques manie la plume et les idées à la mode révolutionnaire. Français encore un effort ... frappe en revanche par son ambition théorique et une audace extrême. Il est ainsi tentant de croire que perce là une intention qui se cache ailleurs. De plus, quand l'on s'avise de ce que le propos a de déconcertant, voire de contradictoire, et de l'étrange déplacement des premiers énoncés au service d'une redéfinition de la république, il est encore tentant de supposer que l'énigme de l'oeuvre s'éclaire par la liaison qu'elle entretient avec la Révolution. De cette liaison, il est vrai, l'on ne peut douter. L'important n'est pas que l'auteur se réclame de la Révolution et fasse entrer ses vues dans les siennes ; mais, comme peu d'autres, nul peut-être, son écrit témoigne d'un soulèvement de la pensée, d'une rupture des barrières du pensable, d'une sorte de lame de fond qui apparemment emporte tout sur son passage, toutes les positions d'autorité, les fondements du despotisme religieux, du despotisme politique. du despotisme de l'opinion, du despotisme que la société même exerce sur ses membres. Comment ne sentirait-on pas son inspiration révolutionnaire ?
(Claude Lefort)

 

Extrait:

 

Daignons éclairer un instant notre âme du saint flambeau de la philosophie : quelle autre voix que celle de la nature nous suggère les haines personnelles, les vengeances, les guerres, en un mot tous ces motifs de meurtres perpétuels ? Or, si elle nous les conseille, elle en a donc besoin. Comment donc pouvons-nous, d'après cela, nous supposer coupables envers elle, dès que nous ne faisons que suivre ses vues ?

 
    Mais en voilà plus qu'il ne faut pour convaincre tout lecteur éclairé qu'il est impossible que le meurtre puisse jamais outrager la nature.

 
    Est-il un crime en politique ? Osons avouer, au contraire, qu'il n'est malheureusement qu'un des plus grands ressorts de la politique. N'est-ce pas à force de meurtres que Rome est devenue la maîtresse du monde ? N'est-ce pas à force de meurtres que la France est libre aujourd'hui ? Il est inutile d'avertir ici qu'on ne parle que des meurtres occasionnés par la guerre, et non des atrocités commises par les factieux et les désorganisateurs; ceux-là voués à l'exécration publique, n'ont besoin que d'être rappelés pour exciter à jamais l'horreur et l'indignation générales. Quelle science humaine a plus besoin de se soutenir par le meurtre que celle qui ne tend qu'à tromper, qui n'a pour but que l'accroissement d'une nation aux dépens d'une autre ? Les guerres, uniques fruits de cette barbare politique, sont-elles autre chose que les moyens dont elle se nourrit, dont elle se fortifie, dont elle s'étaie ? et qu'est-ce que la guerre, sinon la science de détruire ? Etrange aveuglement de l'homme, qui enseigne publiquement l'art de tuer, qui récompense celui qui y réussit le mieux et qui punit celui qui, pour une cause particulière, s'est défait de son ennemi ! N'est-il pas temps de revenir sur des erreurs si barbares ?

 
    Enfin, le meurtre est-il un crime contre la société ? Qui put jamais l'imaginer raisonnablement ? Ah ! qu'importe à cette nombreuse société qu'il y ait parmi elle un membre de plus ou de moins ? Ses lois, ses moeurs, ses coutumes en seront-elles viciées ? Jamais la mort d'un individu influa-t-elle sur la masse générale ? Et après la perte de la plus grande bataille, que dis-je ? après l'extinction de la moitié du monde, de sa totalité, si l'on veut, le petit nombre d'êtres qui pourrait survivre éprouverait-il la moindre altération matérielle ? Hélas ! non. La nature entière n'en éprouverait pas davantage, et le sot orgueil de l'homme, qui croit que tout est fait pour lui, serait bien étonné, après la destruction totale de l'espèce humaine, s'il voyait que rien ne varie dans la nature et que le cours des astres n'en est seulement pas retardé.

 
    Poursuivons.

 
    Comment le meurtre doit-il être vu dans un État guerrier et républicain ? Il serait assurément du plus grand danger, ou de jeter de la défaveur sur cette action, ou de la punir. La fierté du républicain demande un peu de férocité; s'il s'amollit, si son énergie se perd, il sera bientôt subjugué. Une très singulière réflexion se présente ici, mais, comme elle est vraie malgré sa hardiesse, je la dirai. Une nation qui commence à se gouverner en république ne se soutiendra que par des vertus, parce que, pour arriver au plus, il faut toujours débuter par le moins. Mais une nation déjà vieille et corrompue qui, courageusement, secouera le joug de son gouvernement monarchique pour en adopter un républicain, ne se maintiendra que par beaucoup de crimes, car elle est déjà dans le crime. Et si elle voulait passer du crime à la vertu, c'est-à-dire d'un état violent à un état doux, elle tomberait dans une inertie dont sa ruine certaine serait bientôt le résultat.

 
    Que deviendrait l'arbre que vous transplanteriez d'un terrain plein de vigueur dans une plaine sablonneuse et sèche ? Toutes les idées intellectuelles sont tellement subordonnées à la physique de la nature que les comparaisons fournies par l'agriculture ne nous tromperont jamais en morale.

 

 

 

 

 

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T
remarque très pertinante. <br /> Bien pensé minos ! :)
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S
Une remarque me vient à l'esprit à propos de Sartre:<br /> pour lui, "l'enfer c'est les autres", mais pour les autres "l'enfer c'est Sade"<br /> Simone de Beauvoir s'est également interessée à Sade dans " faut-il brûler Sade ? "
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T
Ce texte m'a fait penser à J.P Sartre et sa conception de la condition humaine face à la nature. C'est pour cette raison que j'ai voulu te présenter quelques citations tirées de ces pièces de théâtre... :  <br /> "Le jardinier peut décider de ce qui convient aux carottes, mais nul ne peut choisir le bien des autres à leur place." (le diable et le bon dieu)<br /> Moi, j'ai les mains sales. Jusqu'aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. Et puis après ? Est-ce que tu t'imagines qu'on peut gouverner innocemment ? (Les mains sales)<br /> C'est par la violence que nous nous éduquerons (Le diable et le bon dieu)<br /> [...] on ne peut vaincre le mal que par un autre mal. (les mouches,)<br />  
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