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Le Testament du Marquis de Sade

André Breton lisant un extrait du testament du Marquis de Sade

 

 

 

 

 

 

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Le 30 janvier 1806, Donatien Alphonse François, Marquis de Sade (1740 - 1814) rédige un testament dont voici le contenu:

 

 

« Je me remets de l'exécution des clauses mentionnées ci-dessous à la piété filiale de mes enfants, désirant que les leurs agissent envers eux comme ils l'auront fait envers moi.

 

Premièrement : Voulant témoigner à demoiselle Marie-Constance Reinelle, femme de Monsieur Balthasar Quesnet, cru décédé, voulant, dis-je, témoigner à cette dame autant que mes faibles pouvoirs me le permettent, mon extrême reconnaissanco des soins et de la sincère amitié qu'elle a eue pour moi depuis le vingt-cinq août mil-sept-cent-quatre-vingt-dix jusqu'au jour de mon décès, sentimens témoignés par elle non seulement avec délicatesse et désintéressement, mais même encore avec la plus courageuse énergie, puisque sous le régime de la terreur elle me ravit à la faux révolutionnaire trop certainement suspendue sur ma tête, ainsi que chacun sait, je donne donc et lègue en raison des motifs détaillés ci-dessus à ladite dame Marie-Constance Reinelle, femme Quesnet, la somme de vingt-quatre mille livres tournois en espèces monoiyées et ayant cours en France à l'époque de mon décès, voulant et entendant que cette somme soit prélevée sur la plus libre et la plus claire partie des biens que je laisse, chargeant mes enfants de la déposer dans l'espace d'un mois à compter du jour de mon décès chez Monsieur Finot, notaire à Charenton-Saint-Maurice, que je nomme à cet effet mon exécuteur testamentaire pour, par lui, faire emploi de ladite somme de la manière la plus sûre et la plus avantageuse à Madame Quesnet et susceptible de lui composer un revenu suffisant à ses alimens et à son entretien, lequel revenu lui sera payé exactement par quartier de trois en trois mois, sera inaliénable et insaisissable par qui que ce puisse être, voulant en outre que le fond et la vente du susdit fond soit reversible à Charles Quesnet, fils de ladite dame Quesnet, lequel deviendra aux mêmes conditions propriétaire du total mais seulement à l'époque du décès de sa respectable mère.
 

Et cette volonté que j'exprime ici sur le legs laissé par moi à Madame Quesnet, dans le cas imprésumable où mes enfants chercheraient à l'éluder ou à s'y soustraire, je les prie de se souvenir qu'une somme à peu près semblable avait été promise par eux à ladite dame Quesnet en reconnaissance de ses soins pour leur père, et que cet acte-ci, ne faisant que s'accorder à leur première intention et la prévenir, le doute de leur acquiescement à mes dernières volontés ne peut même agiter un instant mon esprit, et surtout quand je réfléchis aux vertus filiales qui n'ont jamais cessé de les caractériser et leur mériter tous mes sentiments paternels.

 

Secondement : Je donne et lègue en outre à ladite dame Quesnet tous les meubles, effets, linge, habits, livres ou papiers qui seront trouvés chez moi à l'époque de mon décès, à l'exception néanmoins des papiers de mon père et désignés tels par des étiquètes placées sur les liasses, lesquels papiers seront remis à mes enfants.

 

Troisièmement : Il est également dans mes intentions et volontés dernières que le présent legs ne prive nullement Madame Marie-Constance Reinelle, femme Quesnet, de tous les droits, réclamations ou créances qu'elle peut avoir à répéter sur ma succession, à tel titre que ce puisse être.

 

Quatrièmement : Je donne et lègue à Monsieur Finot, mon exécuteur testamentaire, une bague du prix de douze cents livres pour la peine que lui donnent les soins de l'exécution de cet acte-ci.

 

Cinquièmement, enfin : Je défends absolument que mon corps soit ouvert sous quelque prétexte que ce puisse être; je demande avec la plus vive instance qu'il soit gardé quarante-huit heures dans la chambre où je décéderai, placé dans une bierre de bois qui ne sera clouée qu'au bout des quarante-huit heures prescrites ci-dessus, à l'expiration desquelles la dite bierre sera clouée. Pendant cet intervalle il sera envoyé un exprès au sieur Le Normand, marchand de bois, boulevard de l'Égalité, numéro cent un, à Versailles, pour le prier de venir lui-même, suivi d'une charette, chercher mon corps pour être transporté sous son escorte et dans ladite charette au bois de ma terre de la Malmaison, commune d'Émancé, près Épernon, où je veux qu'il soit placé, sans aucune espèce de cérémonie, dans le premier taillis fourré qui se trouve à droite dans ledit bois en y entrant du côté de l'ancien château par la grande allée qui le partage. La fosse pratiquée dans ce taillis sera ouverte par le fermier de la Malmaison sous l'inspection de Monsieur Le Normand qui ne quittera mon corps qu'après l'avoir placé dans ladite fosse; il pourra se faire accompagner dans cette cérémonie, s'il le veut, par ceux de mes parents ou amis qui, sans aucune espèce d'appareil, auront bien voulu me donner cette dernière marque d'attachement.

La fosse une fois recouverte, il sera semé dessus des glands, afin que par la suite le terrain de ladite fosse se trouvant regarni, et le taillis se retrouvant fourré comme il l'était auparavant, les traces de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre comme je me flatte que ma mémoire s'effacera de l'esprit des hommes, excepté néanmoins du petit nombre de ceux qui ont bien voulu m'aimer jusqu'au dernier moment et dont j'emporte un bien doux souvenir au tombeau.

 

 

Fait à Charenton-Saint-Maurice en état de raison et de santé ce trente janvier mil-huit-cent-six.

Signé : D.-A.-F. Sade ».

Le Testament du Marquis de Sade

Or, de ces dernières volontés, rien ne s'est accompli.
 

Non seulement son corps fut soumis à l'autopsie, mais il fut aussi inhumé à Charenton en terre consacrée.
 

Loin de s'effacer de la mémoire des hommes, sa vie, sa pensée et ses oeuvres, restent célèbres à tout jamais.


 

En Effet le Marquis de Sade meurt le 2 décembre 1814 à 74 ans.

 

Il vient de passer les onze dernières années de sa vie enfermé à Charenton dans un asile de fous.
 

Il est enterré sous une croix à son corps défendant. Sade avait en effet exigé qu'aucun symbole religieux ne "profane" sa tombe.

 

 

Quatre ans plus tard, le cimetière est remanié.

 

Le crâne du divin Marquis est déterré par le docteur Ramon, un jeune médecin qui le suivit jusqu'à sa mort. Adepte de la phrénologie, il va l'ausculter et le soupeser dans tous les sens.

 

 

 

Voici ses conclusions, citées dans "Sade", de Maurice Lever (Fayard):

 

 

« Beau développement de la voûte du crâne (théosophie, bienveillance), point de saillies exagérées derrière et au-dessus des oreilles (point de combativité - organes très développés dans le crâne de Du Guesclin); cervelet de dimensions modérées, point de distance exagérée d'une apophyse mastoïde à l'autre (point d'excés dans l'amour physique).

 

En un mot, si rien ne faisait deviner dans Sade (...) l'auteur de "Justine et de Juliette", l'inspection de sa tête me l'eût fait absoudre de l'inculpation de pareilles oeuvres; son crâne était en tous points semblable à celui d'un père de l'église. »

 

 

Une vrai pierre dans le jardin de la phrénologie !

 

 

 

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PS: La phrénologie:

 

La phrénologie est la théorie du neurologue allemand Franz Joseph Gall (1757-1828) concernant la localisation différenciée des fonctions cérébrales dans le cerveau. Il l'énonça dans son ouvrage majeur, par ailleurs novateur sur la notion de cérébralité animale, publié à partir de 1810 à Paris : Anatomie et physiologie du système nerveux en général, et du cerveau en particulier, avec des observations sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de l'homme et des animaux par la configuration de leur tête.
 

Cette théorie localise les fonctions cérébrales dans des régions précises du cerveau. Or le développement du cerveau influe sur la forme du crâne. Une capacité particulièrement développée (gaieté, causalité, bienveillance, etc.) inscrirait donc sa trace sur la « carte » qui apparaît sur le crâne phrénologique de Gall.
Gall en eut l'intuition en observant les bosses que nous avons tous au niveau de la voûte crânienne. En fait, elles se forment au moment de la petite enfance, en fonction de la façon dont l'enfant est couché.

 


Il s'attacha à valider scientifiquement son hypothèse, en constituant notamment une collection de centaines de bustes en plâtre, moulés directement sur des sujets particuliers : microcéphales, « idiots », etc.
Ses élèves et lui-même proposèrent des séries statistiques pour corréler les traits de caractère à la forme de la voûte crânienne, fondant une discipline baptisée « crânioscopie ». Ces études de céphalognomonie furent toutefois entachées de biais de sélection ou d'interprétation, que l'on peut attribuer à l'imperfection de la méthodologie de l'époque.

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