Comme je vous l'ai dit dans l'article intitulé Grrrr.........!!! on a "suicidé" deux de mes blogs, celui de "Personne" (sic), et celui de "Raminagobis" alias Ramina.
Heureusement pour le second, j'ai conservé une copie de mes articles que je peux réediter ici, dans une nouvelle Catégorie.
Le blog avait pour sujet "le chat dans la littérature et dans l'art" et consistait en une compilation de poèmes, textes, citations, reproduction de peinture etc.., toujours sur le thème du chat.
La nouvelle catégorie sera donc consacrée aux Chats.
Et je commence par un poème de Jacques Sternberg : "Les esclaves"
Les esclaves
Au commencement, Dieu créa le chat à son image.
Et bien entendu, il trouva que c'était bien. Et c'était bien, d'ailleurs. Mais le chat était paresseux. Il ne voulait rien faire. Alors, plus tard, après quelques millénaires, Dieu créa l'homme. Uniquement dans le but de servir le chat, De lui servir d'esclave jusqu'à la fin des temps.
Au chat, il avait donné l’indolence et la lucidité; A l'homme, il donna la névrose, le don du bricolage et la passion du travail. L'homme s'en donna à coeur joie. Au cours des siècles, il édifia toute une civilisation basée sur l’invention, La production et la consommation intensive. Civilisation qui n'avait en réalité qu'un seul but secret : Offrir au chat le confort, le gîte et le couvert.
C'est dire que l’homme inventa des millions d'objets inutiles, généralement absurdes, tout cela pour produire parallèlement les quelques objets indispensables au bien-être du chat : le radiateur, le coussin, le bol, le plat à sciure, le pêcheur breton, le tapis, la moquette, le panier d'osier, et peut-être aussi la radio puisque les chats aiment la musique.
Mais, de tout cela, les hommes ne savent rien.
A leurs souhaits. Bénis soient-ils.
Et ils croient l’être.
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes des chats.
Extrait des Contes Glacés de Sternberg, réédités cette année chez Mijade.
Un autre texte de Jacques Sternberg, où l'on reconnait son goût pour la science-fiction:
LES CHATS
(188 contes à régler)
On s'était si souvent demandé, et depuis longtemps, à quoi les chats pouvaient bien penser. Tapis au plus profond de leur solitude, enroulés autour de leur chaleur, comme rejetés dans une autre dimension, distants, méprisants, ils avaient l'air de penser, certes. Mais à quoi ? Les hommes ne l'apprirent qu'assez tard. Au XXIe siècle seulement.
Au début de ce siècle, en effet, on constata avec quelque étonnement que plus aucun chat ne miaulait. Les chats s'étaient tus.
On n'en fit pas un drame. En fin de compte, les chats n'avaient jamais été tellement bavards : sans doute ne trouvaient-ils vraiment plus rien à dire à présent.
Puis, plus tard, on releva un autre fait.
Plus singulier celui-là beaucoup plus singulier : les chats ne mouraient plus.
Quelques-uns mouraient évidemment par accident, écrasés par un véhicule, le plus souvent; ou emportés en bas âge par quelque maladie purement pernicieuse. Mais les autres évitaient la mort, lui échappaient, comme si cette fatale échéance n'avait plus existé pour eux.
Cette énigme, personne ne la perça jamais.
Leur secret était simple, pourtant. Les chats depuis qu'ils vivaient sur terre, n'étaient jamais sortis de leur indolence native pour accomplir, comme les hommes, mille petits tours savants. Ils avaient toujours laissé les hommes s'occuper de leur sort, leur procurer la nourriture, le confort et la chaleur artificielle. Eux, libérés de tout, avaient toujours vécu dans une sorte d'hibernation idéale, bien dosée, parfaitement mise au point, ne songeant qu'à mieux se concentrer, douillettement lovés dans leur bien-être.
Les chats avaient eu beaucoup de temps pour penser. Ils avaient beaucoup pensé. Mais alors que les hommes pensaient à tort et à travers, au superflu de préférence, les chats, eux, n'avaient pensé qu'à l'essentiel, sans cesse, sans se laisser distraire. Ils n'avaient médité, inlassablement, au cours des siècles, qu'un seul problème.
Et à force d'y penser, ils l'avaient résolu.
Jacques Sternberg, publié en 1974 dans Contes glacés, Marabout, épuisé.
Chemin faisant, j'ai trouvé cette vidéo
Jacques Sternberg (1923-2006) romancier, pamphlétaire, essayiste, journaliste et chroniqueur, préfacier, est l'auteur de romans et de nouvelles touchant à la science-fiction et au fantastique.
Jacques Sternberg commence à écrire dès l'âge de 19 ans en 1941. Il se tourne vite vers le fantastique et la science-fiction. Ses débuts seront difficiles.
En 1953, il publie son premier livre, La Géométrie dans l'impossible chez Eric Losfeld.
En 1962, avec Jodorowsky, Topor et Arrabal il participe à la fondation de Panique.

Avec 1 089 textes répertoriés à ce jour, Jacques Sternberg peut se targuer d'être le nouvelliste le plus prolifique du XXe siècle. .
Il fit beaucoup dans les années 1970 pour la diffusion et la reconnaissance de la nouvelle. Depuis toujours, il ne cesse de militer pour le genre de la nouvelle :
« Écrire un roman de plus de 250 pages est à la portée de n'importe quel écrivain plus ou moins doué […] Mais écrire 270 contes, généralement brefs, c'est une autre histoire. Ce n'est plus une question de cadence, mais d'inspiration, cela demande 270 idées. »
préface aux Contes glacés
« ...je ne vibre vraiment qu'en écrivant des nouvelles - avec chutes et sujets bien précis - et je naufrage généralement au cours d'un roman. D'ailleurs, je n'en lis presque jamais, je m'y ennuie. Même en dessous de trois cents pages, je les trouve presque toujours épuisants, interminables, et si souvent radotés par d'autres. »
Nouvelles Nouvelles, n° 23, été 1991, p. 40
« Après avoir publié une vingtaine de romans généralement étirés en une suite d'épuisantes anecdotes, il écrivit un jour un recueil de nouvelles sans se rendre compte qu'il s'attaquait à un genre qui supportait mal le manque absolu d'imagination et la prolixité dans le vide. »
Contes griffus, p. 134
Il y fait également preuve d'un sens de l'humour indéniable :
« Le dernier survivant de l'humanité est assis dans un fauteuil. On frappe à la porte. »
« Quand les énormes insectes venus d'autre part virent pour la première fois des hommes de la Terre, ils notèrent, stupéfaits et très effrayés : ce sont d'énormes insectes. »
Contes brefs
Grand amateur de voile légère, barreur confirmé, Jacques Sternberg était propriétaire d'un Zef (minuscule - 3,60 m - dériveur de promenade), puis d'un Sunfish (dériveur à coque plastique) avec lequel il accomplissait de longues randonnées, y compris par mauvais temps, mais détestait la compétition et la régate autour de trois bouées... De 1974 à 1983 il vit 6 mois par an à Villers-sur-Mer (Calvados) pour assouvir ses 2 passions : écrire et naviguer.
Anarchiste dans l'âme, il a raillé impitoyablement le milieu des régatiers, des sponsors et des yachts-clubs dans son "hénaurme" roman nautico-érotico-délirant (Le navigateur) écrit en 1976 à l'apogée de la "Tabarly-mania".
La mer, ainsi vécue "au contact", de façon quasi charnelle, traverse toute son œuvre, et notamment le plus célèbre de ses romans Sophie, la mer et la nuit.
En ce qui concerne ses déplacements terrestres, on ne peut non plus passer sous silence son amour exclusif du Vélosolex avec lequel il affirme avoir parcouru plus de 300 000 km et dont il fait un éloge complet dans un chapitre de Vivre en survivant : démission, démerde, dérive.
Source: Wikipedia