Adolf Wölfli
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Impressionant, ce Wölfli avec ses 25.000 pages d'écriture, de partitions et de dessins, on a du mal à y croire. Et pourtant..!!!
Dessinateur, écrivain, poète, compositeur, musicien, mathématicien, collagiste et chanteur, le schizophrène de la Waldau ne manquait pas de dons.
Il démarrait plutôt mal dans la vie avec un prénom "Adolf" que le monde apprendrait bientôt à honnir.
Mais n'était pas un "Adolf" destructeur, nuisible, près à faire sauter la planète.
Non, lui c'était au contraire un constructeur de mondes. Et pour commencer le sien: Il a en effet réinventé sa vie et le monde en se construisant un univers propre.
Il fut ainsi le créateur d'une mythologie individuelle tout à fait exceptionnelle.
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Quant on sait qu'il interessa Rainer Maria Rilke et Lou Andréas-Salomé, on commence à comprendre pourquoi on le présente comme un Artiste majeur du XXe siècle.
Pour André Breton, c’est là « une des trois ou quatre œuvres capitales du XXe siècle ».
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Dès sa naissancce, Adolf se démarque en arrivant un 29 Février (bien qu'il lui arrive d'écrire qu'il est né le 1er mars 1864).
Il est le cadet de 7 frères dont 2 mourront tôt.
Son père, modeste tailleur de pierre gaspille son maigre pécule dans l'alcool et la débauche et abandonne sa femme et ses enfants alors qu'Adolf n'a que 7 ans.
Sa mère ne peut assumer les charges de la famille que pendant 2 ans. Adolf et sa mère sont pris en charge par la commune de Schangnau, mais la mère meurt en 1873.
Adolf est alors placé dans différentes familles de paysans où il travaille comme valet de ferme dans des conditions très difficiles et humiliantes.
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En 1890, Adolf Wölfli est condamné à deux ans d'incarcération à la prison de St. Johannsen pour tentative (échouée) de viol sur mineures de 14 et 5 ans.
Après sa détention, Wölfli sombre dans la solitude.
En 1895, après une autre tentative de viol, il est définitivement interné à l’hôpital psychiatrique de la Waldau à Berne, pour appréciation de ses facultés mentales, où il est diagnostiqué schizophrène (dementia paranoides).
Il y demeure jusqu'à sa mort, en 1930.
L'année de son admission à l’hôpital de la Waldau, Wölfli rédige une courte autobiographie de 19 pages qui constitue une base de comparaison précieuse avec l’autofiction qu’il écrira plus tard.
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Dès 1899, Wölfli commence son oeuvre si particulière où il narre l’épopée de St Adolf II.
Il y réinvente son passé, puis projette un avenir utopique où St Adolf II colonise l’univers jusqu’aux confins de l’espace, empire démesuré qui oblige Wölfli à augmenter le système numérique de plusieurs unités dont la plus élevée se nomme colère.
Pour célébrer cet avènement, dessins, récits en prose, poèmes, calculs mathématiques, collages et portées de musique dialoguent en un foisonnement majestueux de 25 000 pages.
Le psychiatre Morgenthaler s’intéresse à son œuvre et lui consacre un ouvrage en 1921: "Un Malade mental en tant qu’artiste".
Plusieurs artistes et collectionneurs s’intéressent de son vivant à son œuvre.
Redécouvert par Jean Dubuffet en 1945, cet œuvre monumental jouit d’une reconnaissance internationale, bien au-delà de l’art brut.
Le 10 septembre 1921, Rilke envoie à Lou Andreas Salomé l'ouvrage de Morgenthaler consacré à Adolf Wölfli
Rainer Maria Rilke
Lettre du 10 septembre 1921
Ma chère Lou,
Le moment serait venu, depuis combien de temps ! de t'écrire une lettre mais ceci n'en sera pas une, pas encore, je tiens avant tout, aujourd'hui, à te faire parvenir le plus rapidement possible un livre qui, cette dernière semaine, a requis presque exclusivement mon attention : dans son genre, il a sa place parmi les éléments essentiels de ta documentation, et il te sera plus proche et profitable qu'à personne ; j'ai hâte de le savoir entre tes mains.
Ci-joint ce que « Koelsch » en a écrit dans le "Neue Zürcher Zeitung". Cela t'en donnera un avant-goût. Mais le livre dépasse l'attente suscitée par son compte-rendu.
Tu peux imaginer à quel point je me suis senti concerné moi aussi.
Manifestement, il est, pour éveiller de façon décisive la plus irrésistible des énergies artistiques, celle créatrice d'ordre, deux sortes de dispositions intérieures : ou la conscience d'une surabondance, ou l'effondrement total de l'individu, producteur, à son tour, d'une autre surabondance.
Et combien profonde est l'innocence de tous ces processus, des « manquements » provoqués par la fuite au paradis avant la huitième année (celle de l'expulsion), puis l'innocence de la maladie et la façon dont elle trouve en elle-même son remède :
le cas de Wölfli aidera à recueillir de nouvelles informations sur les sources du travail créateur ;
il contribue aussi à affermir l'idée remarquable et manifestement de plus en plus répandue que nombre de symptômes de maladie (ainsi que Morgenthaler l'entrevoit) mériteraient d'être étayés, dans la mesure où ils créent le rythme grâce auquel la nature humaine cherche à reconquérir pour elle-même ce qu'on lui avait aliéné pour en tirer de nouvelles consonances.
Enfin, lis, lis.
Lou lui répond douze jours plus tard.
Lou Andreas-Salomé
Lettre du 22 septembre
Le livre sur Wölfli de la "Waldau".
Sache-le: approcher de tels êtres, les voir, apprendre à les comprendre est mon plus cher désir!
Mais la psychanalyse ne peut s'intéresser qu'aux malades qu'elle tient pour guérissables, c'est-à-dire aux névrosés ;
et les seuls asiles d'aliénés qui puissent entrer en ligne de compte, justement, la "Waldau" et le "Burghölzli" zurichois (où la psychanalyse a beaucoup appris du temps où Bleuler lui était encore tout acquis).
Actuellement, Prinzhorn à Heidelberg serait (depuis quelques années) une autre source.
Ce qui a dû te fasciner, c'est aussi, je présume, le fait que l'impulsion qui contraint le créateur à l'oeuvre se retrouve de façon très nette chez le schizophrène, avec ceci d'incompréhensible qu'en lui l'élément actif et l'élément passif, la vision et la mise en forme ne font qu'un, qu'il ne peut pas plus maîtriser son élan créateur que la révélation elle-même : l'un et l'autre, en effet, se produisent encore de façon indistincte derrière tout ce que la conscience dissocie en sujet et réalité.
Si, chez un W., faute d'une participation de la conscience, la force créatrice d'ordre est entachée de confusion, l'artiste, lui, apparaît plus lié quant au contenu - lié aux réseaux de ses souvenirs (y compris les plus infantiles, les plus lointains) qui ne prennent que grâce au symbole une valeur générale, son travail de synthèse ne leur permettant pas de se dissoudre dans l'inconscient (ce pourquoi l'analyse ne peut pénétrer au-delà d'eux et ne fait que longer, en quelque sorte, l'individu).
Ce qu'il y a d'infiniment émouvant, poignant, chez le psychotique, c'est que cet incurable nous communique encore quelque chose qui nous dépasse (dans la mesure où nous nous efforçons, comme on le fait depuis une décennie environ, de comprendre son dialecte) ; c'est qu'il met à nu pour nous ce qu'aucune conduite saine ne pourrait jamais mettre à nu, et qui n'en est pas moins d'une importance infinie, parce que au-delà de l'individualité (en la tournant en quelque sorte), on touche de nouveau à la réalité objective.
C'est ainsi que j'avais toujours vu les choses, et c'est dans ce même sens que progresse depuis longtemps la psychanalyse: chez le psychotique comme chez l'artiste, le cercle à l'intérieur duquel l'individu et le tout, le sujet et l'objet, sont d'ordinaire opposés, se referme.
Texte de Adolf Wölfli:
LA CREATION DE DIEU LE PERE TOUT PUISSANT, 1913.
En l'an 3671 avant la naissance du Christ. Eternité, an 1.
Issus du néant pur et absolu, un nombre gigantesque d'esprits tout puissants et Dieu le Saint Esprit planaient dans l'espace majestueux de l'éternité infinie et sans limite, dans toutes les directions célestes imaginables, sans trouver prise ni appui, et la Sainte Vierge Marie, la déesse omnipotente, omnisciente, omnisage et omniclémente, dans toute sa miséricorde, sa bonté et sa justice, était enceinte.
Alors le plus grand et le plus puissant de ces esprits, le dieu Orphée prit la parole : qu'une étoile soit sur laquelle nous puissions tous trouver gîte et couvert. Et cela fut ainsi qu'il l'avait ordonné. Une planète appelée Terre : un désert brut et vide. Et les ténèbres régnaient aussi loin que leurs regards pouvaient porter, et tous les esprits planaient au-dessus des eaux. Mais voici qu'ils arrivèrent sur terre ferme.
Le dieu Orphée dit alors: que la lumière soit. Et la lumière fut. Loin au-dessus d'eux, un soleil éclatant envoya ses rayons brûlants sur la Terre. Et à peine quelques heures s'étaient-elles écoulées ce dernier se coucha après une seconde divine parole toute puissante, et un nombre gigantesque d'étoiles scintillantes et brillantes de lumière, avec lune, comète et ténèbres, s'arrêtèrent ou tournèrent au firmament bleu.
Et à nouveau, sur une parole toute puissante et majestueuse de ce dernier, une flore, une culture et une végétation merveilleuse et vierge, d'une extrême diversité, apparurent autour de tous les esprits ainsi qu'au-dessus du globe terrestre et de tous les innombrables astres tournant, comme il se doit, sur l'orbite qui leur avait été assigné, avec par endroits des jardins paradisiaques on ne peut plus luxuriants et fastueux, traversés de toutes sortes de génies divers et de congrégattions, de poissons, d'oiseaux, de reptiles et d'amphibies et d'autres animaux, apprivoisés, sauvages et féroces, de sources, de ruisseaux, de rivières, de cascades, de parois rocheuses, de montagnes de toutes sortes, de chaînes glaciaires et même de labyrinthes, de vallées, de plaines géantes et de puissantes forêts vierges, etcetera, etcetera, avec des palais géants luxueux, pratiques, confortables et on ne peut plus élégants, de même des tours géantes, des ponts géants, des bateaux, des fontaines, etcetera, etcetera.
Et voici que la sainte, toute puissante et omnipotente déesse Sainte Marie mit au monde un charmant et ravissant marmot d'une très grande intelligence dans un de ses grands palais géants et fastueux, qu'elle appela Dieu le père tout puissant.
Le marmot, semblable à nul autre, grandit rapidement en puissance et en force, comme nulle âme ne l'avait encore fait jusqu'à cette heure. Et se succédèrent alors rapidement les oeuvres divines et les miracles les plus vastes et divers dont les effets ne passeront ou ne disparaîtront jamais, depuis l'heure de leur naissance jusqu'à la fin de l'éternité infinie et sans limites.
Tout ce que Dieu le père tout puissant ordonne et commande par la puissance de son verbe majestueux - que cela soit - naît à l'instant dans une information fidèle à la nature, éminemment élégante, fastueuse, pratique et confortable, et nulle créature, bonne ou mauvaise, n'ose résister ou défier sa volonté divine et ses ordres.
Suite aux expériences innombrables, diverses et strictement personnelles que j'ai faites et vécues, je soussigné, suis profondément et véritablement convaincu des affirmations ci-dessus.
A l'heure qu'il est, je suis un terrible et effroyable malheureux accident, et devant mon enfant bien aimé à moi et devant Dieu, le Saint Esprit, je dis que nulle force humaine terrestre et nulle science terrestre ne peut me sauver et me délivrer d'aucune manière de cette funeste damnation, moi-même bien moins encore. Dieu le père tout puissant n'oubliera pas son cher enfant, St Adolf, et tiendra la belle promesse qu'il m'a faite un jour, de me réveiller d'entre les morts.
Aussi, gloire, honneur, louange et reconnaissance à Dieu le père tout puissant, maître et créateur de tous les mondes, et de tout ce qui s'y trouve, au siècle des siècles, Amen, amen. Que cela soit.
Signé St Adolf, avec l'expression de sa haute considération.
Tous les Esprits cités ci-devant prirent chacun une véritable forme humaine et se multiplièrent avec leurs meilleures moitiés, de génération en génération, jusqu'à ce jour.
Oui, même jusqu'à la fin de l'infinie éternité. Eh, oui, les tout premiers arrière grands pères ou aïeuls s'appellent comme suit :
1. Le Dieu Orphée,
2. Le Dieu Zion,
3. Le Dieu Oberon,
4. Le Dieu Zohrn,
5. Le Dieu Oron
et 6. Le Dieu Murfrison.
La famille de Dieu le père tout puissant, qui a créé tous les mondes avec tout ce qu'ils comprennent et contiennent, se compose aujourd'hui de 7 générations :
1. L'aïeul,
2. L'arrière grand père,
3. Le grand-père,
4. Le père ou notre Dieu et père terrestre et céleste, Créateur, Seigneur et Guide de toute chose bonne et mauvaise ici bas et au-delà, aux siècles des siècles amen.
5. Jésus-Christ, le Seigneur qui fut crucifié sur le Golgota, à Jérusalem.
6. Son fils, le Christ, lequel, Dieu véritable et authentique, règne sur le Christ Quarantt, ainsi que sur de nombreux astres qui gravitent autour de re dernier.
Et la toute dernière génération : les 9 charmants et ravissants enfants tout puissants et d'une intelligence supérieure, qui s'appellent comme suit.
Signé Doufi.
Son Excellence divine, le prince régnant Adalbert de Dieu le père de l'univers céleste, dans la grande planète Terre de la mer de l'Ouest.
2. Ses 8 soeurs, la sainte et puissante déesse, sa majesté la princesse régnante sainte Marie, l'épouse bien aimée et légitime de St Adolf, né le 1er mars 1864.
3. Sa majesté divine, la princesse Amalia.
4. Sa majesté divine, la princesse Bianca.
5. Sa majesté divine, la princesse Cornelia.
6. Sa majesté divine, la princesse Flora.
7. Sa majesté divine, la princesse Guirlanda.
8. Sa majesté divine, la princesse Martha.
Et 9. Sa majesté divine, la princesse Magdalehna.
Toutes les déesses de cette souche qui ne gouvernent pas seulement notre globe terrestre, mais toute la gigantesque Création majestueuse, principalement en matière féminine, s'appellent ainsi, depuis les aïeuls jusqu'à la très chère et mienne épouse, Sainte-Marie. 1913.
En vertu de leur toute-puissance divine, les 9 enfants sont, comme leurs chers parents et ancêtres, partout et nulle part.
Tiré de "Cahier geéographique No 11, p. 501-512.
Annotation Musicale
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Finalement, son prénom lui va bien
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